La scène artistique algérienne est en deuil. Biyouna, de son vrai nom Baya Bouzar, figure majeure du cinéma, du théâtre, de la musique et de la télévision, est décédée ce mardi à l’hôpital Beni Messous d’Alger, à l’âge de 73 ans. L’artiste a rendu son dernier souffle après plusieurs semaines d’hospitalisation, des suites d’un cancer du poumon contre lequel elle luttait depuis près d’une décennie.
Un parcours artistique hors du commun
Née en 1952 à Alger, Biyouna s’impose très jeune dans le paysage culturel algérien. Elle débute dans les années 1970 au sein de troupes musicales, notamment dans les chœurs de Fadhéla Dziria, et fait également partie de la troupe de sa sœur, Faïza El Djazaïria. avant de briller dans les cabarets algérois où sa voix grave et son tempérament explosif attirent tous les regards.
À seulement 19 ans, elle devient danseuse au mythique Copacabana, mais c’est en 1973 que sa notoriété explose grâce au rôle de Fatma dans La Grande Maison de Mustapha Badie, adapté du roman de Mohammed Dib. La série fait d’elle une star nationale.
Son talent polyvalent l’amène à explorer toutes les disciplines :
- Théâtre et one-woman shows, où elle excelle par son humour acéré
- Cinéma algérien, notamment dans Leila et les autres de Sid Ali Mazi
- Cinéma international, particulièrement grâce à sa collaboration avec Nadir Moknèche (Le Harem de Madame Osmane, Viva Laldjérie, Délice Paloma), où elle incarne des personnages puissants devenus cultes
- Musique, avec des albums audacieux comme Raid Zone (2001) ou Une Blonde dans la Casbah (2004)
Elle chante également aux côtés de Julien Doré dans Bergman (2011), preuve de son ouverture artistique et de son rayonnement au-delà des frontières.

Une star du petit écran qui a marqué des générations
La télévision algérienne doit aussi beaucoup à Biyouna. Sa présence charismatique et son humour décapant ont marqué des millions de téléspectateurs, notamment dans :
- Nass Mlah City (2002–2005), série culte du Ramadan ;
Nsibti Laaziza, où son personnage Barisa devient emblématique ; - De nombreuses apparitions comiques et rôles dramatiques qui réaffirment son talent de caméléon.
En France, elle se fait connaître du grand public grâce à ses rôles dans des comédies populaires telles que Il reste du jambon ? (2010), Beur sur la ville (2011), Les Trois Frères : Le Retour (2014) ou encore Neuilly sa mère, sa mère ! (2018).
Sa dernière apparition au cinéma remonte à 2018, dans Le Flic de Belleville, où elle jouait la mère d’Omar Sy. À la télévision, son ultime rôle date de 2023 dans la série Dar Lefchouch.
En 2025, sa participation à la série ramadanesque Edamma, dans laquelle elle incarnait une femme silencieuse et malade, avait profondément ému le public. Un rôle prémonitoire, salué pour sa sobriété et son intensité.
Un héritage immense
Chanteuse, danseuse, actrice, humoriste, symbole d’audace et de liberté… Biyouna était bien plus qu’une artiste : elle était une légende vivante, une femme au franc-parler redoutable et à l’énergie inépuisable. Son influence s’étend sur plusieurs générations, notamment auprès des jeunes artistes et des femmes qui voyaient en elle un modèle d’indépendance, de talent et de courage.
Quelques heures avant l’annonce de son décès, une story est apparue sur son compte Instagram, portant un message poignant dans un cœur rouge :
Biyouna
« Mon cher public, vous êtes mon cœur. Je ne vous oublierai pas même dans ma tombe. »
Une étoile s’éteint, une légende demeure
Avec la disparition de Biyouna, c’est une part de l’âme artistique algérienne qui s’en va. Son rire, sa voix, son insolence tendre, ses performances inoubliables et sa présence lumineuse continueront de résonner longtemps encore dans la mémoire collective.
L’Algérie, comme tous ceux qui l’ont aimée et admirée, perd une grande dame.
Son héritage, lui, reste éternel.
