Il suffit d’évoquer son nom pour que toute une époque reprenne vie. Dans les cafés populaires d’Alger, dans les rues de la Casbah ou lors de soirées familiales, Amar Ezzahi a captivé des générations dès les premières notes. Sa voix marquait les esprits et son approche du Chaâbi créait un lien fort avec le public. Aujourd’hui, revenir sur son parcours pour lui rendre hommage permet de mieux comprendre l’ampleur de son influence.
Un parcours façonné par le Chaâbi
Né le 1er janvier 1941 à Iboudraren, dans la région de Beni Yenni, Amar Ezzahi grandit dans un environnement où la musique accompagne chaque moment du quotidien. Dans les années 60, il découvre le Chaâbi grâce à Boudjemaâ El Ankis. Cette rencontre déclenche chez lui un profond désir d’apprentissage. Il progresse seul, puis compose ses premiers morceaux.
En 1964, il commence une longue collaboration avec le musicien Kaddour Bachtoubdji, qui lui transmet plusieurs qasida. Deux ans plus tard, il enregistre ses premiers titres, dont Ya Djahel Leshab et Ya El Adraâ. Les années 70 renforcent sa visibilité grâce à plusieurs 45 tours, ainsi qu’à des passages à la radio et à la télévision.
Amar Ezzahi : une présence rare sur scène mais très attendue
Considéré comme l’un des grands interprètes du Chaâbi, Amar Ezzahi refuse pourtant la lumière. Réservé et discret, il préfère les fêtes familiales où il retrouve un public fidèle. Ses apparitions officielles restent donc limitées. L’un de ses moments forts reste le récital du 10 février 1987 à la salle Ibn Khaldoun à Alger.
Les enregistrements de ses concerts sont difficiles à retrouver. Pourtant, quelques captations subsistent grâce aux admirateurs, notamment celles du Théâtre National Algérien en 1976 ou d’une soirée du Mawlid al Nabawi en 1972. Cette rareté, ajoutée à son refus de la médiatisation, renforce encore sa légende.
Une discographie précieuse
Plusieurs titres ont forgé sa notoriété et restent profondément liés à son nom. Parmi eux figurent Katbetli Kiya, Zinouba, Esmaa Nousik Ya Inssan ou El Haraz. D’autres morceaux comme Sali Trach, El Djafi, Yel Meknin Ezzine, Yal Adra ou Aadrouni Yahli continuent d’être écoutés. Sa musique circulait déjà largement avant l’ère numérique, portée par les enregistrements réalisés et partagés par ses fans.
Un hommage populaire et durable
Le 30 novembre 2016, Amar Ezzahi s’éteint à son domicile à Alger, à l’âge de 75 ans. Quelques heures après l’annonce de son décès, des foules se rassemblent devant sa maison. Leur présence souligne l’immense affection du public. Le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, vient également saluer sa mémoire.
Ses funérailles, organisées le 1er décembre au cimetière El Kettar, réunissent une marée humaine. Il y repose près d’El Hadj M’Hamed El Anka, autre grande figure du Chaâbi. Quelques jours plus tard, un hommage lui est consacré à l’Institut du monde arabe à Paris, avec des performances d’Abdelkader Chaou et Kamel Aziz.
Amar Ezzahi : une empreinte qui perdure
Artiste sobre et détaché de la notoriété, Amar Ezzahi a construit une relation directe avec son public. Il vivait la musique sans détour, loin de la vie mondaine. Pourtant, son œuvre continue de circuler dans les cafés, les foyers et les salles de musique algériennes.
Grâce à sa maîtrise de la mandole et à son style immédiatement reconnaissable, il occupe aujourd’hui une place essentielle dans l’histoire culturelle algérienne. Ses chansons restent des repères, que l’on écoute encore avec le même plaisir.
