Médaillée d’or des Jeux de Paris 2024, la gymnaste Kaylia Nemour révèle la face cachée de son triomphe dans son livre L’Ombre de l’or (paru aux éditions Alisio). Un récit intime, sans détour, sur les nombreuses humiliations subies avant les JO et son parcours hors norme jusqu’au sacre.
Deux cents pages pour guérir. Médaillée d’or aux derniers JO à Paris et championne du monde en titre à son agrès (les barres asymétriques), la gymnaste Kaylia Nemour affiche son visage candide dans toutes les librairies en ce début de mois de décembre.
Érigée au rang de star après son épopée olympique qui a fait chavirer tout le peuple algérien, l’athlète de 18 ans révèle le revers de sa médaille dans son livre L’Ombre de l’or, paru le 4 décembre 2025 aux éditions Alisio. Au sommet de sa discipline grâce à son sacre à Paris, Kaylia Nemour dresse, à travers un récit poignant, son parcours des plus accidentés : celui d’une adolescente longtemps blessée, humiliée et sous l’emprise de ses coachs.

« Combien de fois ai-je rêvé de ce moment ? Me voir lever les bras sur le podium… L’annonce de ma victoire, et tout ce qui a suivi (…) Et pourtant, aujourd’hui, en revoyant les images, je comprends à quel point il était devenu urgent que je m’émancipe, que je prenne ma liberté », révèle Kaylia Nemour dans son livre.
Des humiliations et des punitions “jusqu’à épuisement”
« Passée par tous les états, par toutes les détresses et tous les espoirs », Kaylia Nemour met sur papier dix mois d’introspection intense passés aux côtés du journaliste sportif et co-auteur Frédéric Brindelle. Un ouvrage intime pour l’aider à tourner définitivement la page d’une « relation toxique » avec ses anciens coachs du club d’Avoine-Beaumont.
Les humiliations constantes, les larmes et les punitions « tous les jours sans exception », « jusqu’à épuisement »…
Un management jugé destructeur dont elle s’est émancipée depuis, avec l’aide notamment de sa nouvelle entraîneuse Nadia Massé, franco-algérienne comme elle.ne.
Interdit de sortir et de célébrer son titre olympique
Ses nombreuses blessures, son conflit avec la fédération française de gymnastique puis son choix, salvateur mais polémique, de concourir sous les couleurs rouge, vert et blanc avant de connaître le Graal… Tout y passe dans cet ouvrage. Et si c’est avec l’Algérie (la nationalité de son père) qu’elle glane l’or olympique, ce changement de couleurs n’a pas empêché Kaylia Nemour de connaître de nouvelles désillusions. En mémoire, la soirée de son sacre à Paris où elle est interdite de sortie par son staff alors que tout le monde fêtait sa victoire.
« Comme d’habitude, j’obéis machinalement (…) Comment moi, jeune fille de 17 ans qui aime tellement la vie, la fête, les gens, ai-je pu accepter de passer cette soirée toute seule dans ma chambre ? Alors qu’à quelques kilomètres de là, mes proches célébraient ma victoire ? » se demande la jeune gymnaste.
Chaque épisode marquant de cette séquence olympique est décortiqué par l’athlète qui se dit désormais « libre » et « métamorphosée », avec les JO de Los Angeles 2028 en ligne de mire. « Je suis motivée et pleine d’ambition pour voir briller à nouveau autour de mon cou ce précieux or, à Los Angeles. Cette fois-ci sans ombre. J’y ai droit. Maintenant je le sais. »
Le Nemour, mouvement déposé à jamais dans l’histoire
Et la jeune athlète algérienne, installée désormais du côté de Dijon, a de fortes chances de conserver son titre olympique. En témoignent ses dernières prestations aux Mondiaux de Jakarta.
Sur son agrès de prédilection, elle remporte son premier titre mondial : une prestation éblouissante lors de la finale des barres asymétriques, qui faisait d’elle la première championne du monde africaine de gymnastique artistique. De quoi marquer davantage l’histoire de la discipline pour celle qui faisait déjà partie du club très fermé des athlètes ayant donné leur nom à un mouvement.
Comme Rabah Madjer en football, quarante ans auparavant, la jeune gymnaste et son mètre soixante-six ont imposé à leur tour son nom de famille dans la liste des nouveaux gestes de sport. Celle qui est déjà l’une des plus grandes gymnastes de sa génération est d’ailleurs la seule à pouvoir réaliser le Nemour.
Viser plus haut que l’or olympique : « dominer la gymnastique mondiale »
Et comme si cela ne suffisait pas, sa médaille d’argent à la poutre remportée à Jakarta ouvre encore davantage « le champ des possibles », écrit-elle.
« Tout se bouscule dans ma tête : qu’est-ce qui me rend le plus fière, au bout du compte ? En plus de cette médaille d’or remportée à mon agrès fétiche, je repars avec cette merveilleuse deuxième place à la poutre, qui prouve que je ne suis pas uniquement la spécialiste des barres asymétriques », témoigne Nemour dans le dernier chapitre de son livre au lendemain de sa prestation de haute volée en Indonésie.
Comme un rappel à ses concurrentes, « l’ambition de dompter les autres agrès prend déjà forme » dans son jeune esprit. Et avec sa quatrième place au concours général lors des mêmes Mondiaux, l’objectif désormais de « dominer la gymnastique mondiale » ne semble pas très loin. « Et pourquoi pas aux Jeux de Los Angeles 2028 ? », s’autorise-t-elle à rêver.
De quoi prendre le flambeau d’une Simone Biles de plus en plus proche de la retraite ? Toujours est-il que, malgré les épreuves traversées, la jeune Kaylia n’est pas prête de s’arrêter. Motivée à progresser sur ses quatre agrès, poussée par sa mentor Nadia Massé dans le gymnase de Dijon et sous les yeux d’une autre Nemour : sa petite sœur Elina.
La route est donc encore longue pour celle qui se projette déjà, dans son livre, sur son après-carrière : en « communication d’influence » ou, plus loin encore de la gymnastique, en « CAP pâtisserie » pour ouvrir une « librairie-pâtisserie ». Malgré les rudes épreuves traversées et le sommet atteint lors des Jeux de Paris, la jeune Kaylia Nemour a toujours des rêves plein la tête.
