Après plusieurs années d’absence sur la scène nationale, le peintre Adlane Samet revient exposer dans son pays natal, l’Algérie. À partir du 24 avril, la Seen Art Gallery de Dély Ibrahim accueille Sucré Salé, un accrochage de toiles acryliques où la joie et l’inquiétude cohabitent, où les figures surgissent de l’inconscient avec une énergie frénétique, et où chaque couleur dit à la fois le plaisir et la blessure.
Il y a des titres qui se dégustent avant même d’être lus. Sucré Salé est de ceux-là. Deux mots, une tension, une promesse de complexité. En art comme en cuisine, l’alliance du sucre et du sel n’est pas une concession aux contraires. C’est une alchimie qui refuse le choix et invente, dans l’espace même entre les opposés, quelque chose de vrai, quelque chose d’inoubliable. C’est cette dualité qu’Adlane Samet fait sienne sur la toile. Non comme un concept posé à distance, mais comme une pulsion, une nécessité charnelle.
Un retour attendu à Alger
À partir du vendredi 24 avril 2026, la Seen Art Gallery de Dély Ibrahim accueille ce nouveau corpus de l’artiste algérien. Le vernissage ( prévu à 16 heures ) marquera également son retour en Algérie après plusieurs années d’absence sur la scène nationale. Un retour attendu, que l’artiste lui-même dit porter avec impatience. Ainsi, il retrouvera son public originel. Celui d’avant les foires internationales et les galeries étrangères, celui qui l’a vu naître artiste.
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Une trajectoire entre deux rives
Né en 1989 à Alger, formé à l’École Supérieure des Beaux-Arts de la capitale puis à l’Université de Valenciennes où il obtient un master en arts plastiques et management artistique, Adlane Samet vit et travaille aujourd’hui à Marseille, ville-seuil, ville entre deux rives, entre deux mondes, entre deux identités. Un entre-deux qui irrigue son œuvre en profondeur. Très tôt repéré et primé, il obtient le Premier Prix national de peinture Ali Maâchi dès 2014, il s’impose rapidement sur la scène internationale, exposant à Los Angeles, Bangkok, Paris, Tokyo, Amsterdam ou encore Madrid. Représenté par la Galerie Esther Woerdehoff à Paris, il participe en 2026 à Art Paris. Sa trajectoire est aussi rare que cohérente : celle d’un artiste algérien pleinement inscrit dans le circuit mondial de l’art contemporain, sans jamais renier ce qui le constitue.
Une dualité au cœur de l’œuvre
Ce qui constitue Adlane Samet, justement, c’est cette dualité fondatrice que Sucré Salé met en scène avec une acuité particulière. Derrière une personnalité en apparence calme, presque énigmatique, se déploie un univers d’une intensité rare, une fantaisie violente, explosive, résolument indocile. Ses œuvres ne résolvent pas les contradictions, elles les habitent. La joie qu’elles dégagent au premier regard révèle rapidement sa véritable nature. Une joie dramatique, qui porte en elle sa propre ombre. Le sucre n’y cache pas le sel. Il l’exalte.
L’exposition présente un ensemble de toiles acryliques habitées par un bestiaire à la fois tendre et inquiet. Créatures hybrides mi-humaines mi-animales, figures rondes gambadant dans des végétations aux mille nuances, animaux vulnérables tantôt proies tantôt prédateurs. La figure du clown, leitmotiv obsessionnel de l’univers de Samet, traverse l’accrochage comme un fil rouge. Elle est l’incarnation parfaite de cette ambivalence fondatrice : heureux et malheureux à la fois, saltimbanque et grave, miroir d’un monde qui rit jaune et pleure en couleurs.


Une écriture picturale libre et instinctive
Techniquement, Samet travaille l’acrylique avec une liberté revendiquée. Il exploite toute la spontanéité du médium, sa transparence, l’intensité de ses contrastes chromatiques, la possibilité du geste fluide, presque automatique. Sa touche est incisive, à la fois sensible et menaçante. Sa palette oscille entre rouges fiévreux et ocres terreux, entre blancs hésitants et noirs souverains. On pense parfois à la violence sourde de Goya, à la chair vibrante de Soutine, à l’urgence graphique de Basquiat. Ces filiations ne font qu’effleurer une œuvre qui s’en affranchit pour construire son propre vocabulaire : celui d’un expressionnisme oriental décomplexé, nourri autant de mémoire collective que d’inconscient personnel.
Car c’est bien de mémoire qu’il s’agit, au fond. « Je peins des humeurs », confie l’artiste. Un flux d’émotions qui se traduit par la vibration du trait, l’ondulation de la couleur, la densité du mouvement. Ses toiles convoquent l’enfance, ses peurs, ses rêves, ses fictions primitives, cet imaginaire enfoui sous les strates de la rationalité adulte et que l’art seul sait exhumer. Figuration volontairement relâchée, en rupture avec les conventions académiques : l’apparente désinvolture est en réalité le fruit d’un savoir maîtrisé, d’une pratique instinctive qui a su trouver sa nécessité.
Avec Sucré Salé, Adlane Samet affirme une position radicale : l’émotion brute comme mode de résistance aux normes esthétiques et sociales. Son œuvre, à la fois ludique et troublante, ne cherche pas à rassurer. Elle cherche à éveiller.
L’exposition est visible du 24 avril au 16 mai 2026 à la Seen Art Gallery. 156 Lotissement El Bina, Dély Ibrahim, Alger. Horaires d’ouverture : du dimanche au jeudi, 13h30–17h00, et le samedi de 13h30 à 17h00.


