Au deuxième jour de son voyage historique en Algérie, le pape Léon XIV est arrivé ce mardi à Annaba pour visiter la ville où vécut, prêcha et mourut son “père spirituel” : Saint Augustin d’Hippone. Débauché repenti, devenu Père de l’Eglise et philosophe de référence… Plongée dans le parcours tumultueux d’un Numide qui a révolutionné le christianisme.
401 après J.-C Dans l’antique Hippone, actuelle Annaba, un homme achève l’œuvre d’une vie. Un écrit philosophique révolutionnaire qui va bousculer la face du monde. Le récit d’une vie d’égarement, marquée par les erreurs de jeunesse et «la corruption charnelle de l’âme ». Les fameuses Confessions de Saint Augustin d’Hippone. Une autobiographie spirituelle et la vision d’une repentance dont la porte n’est jamais fermée. Plus de 1 600 ans après, elle influence encore jusqu’au souverain pontife, Léon XIV.

« Je suis le fils de saint Augustin », avait lancé le Pape Léon XIV depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, au moment de son élection en mai 2025.
En visite ce mardi 14 avril 2026 au sein de la basilique d’Annaba qui porte le nom de son «père spirituel», Léon XIV est devenu le premier Pape à se rendre en Algérie. Un voyage historique pour marcher sur les traces d’un saint, enfant du pays, qui a révolutionné l’Eglise chrétienne.
Une vie de «luxure» et une sexualité débridée avant une révélation
Aujourd’hui saint – fêté le 28 août dans les églises d’Occident – Augustin a longtemps connu des «périodes d’égarement» avant de se tourner vers Dieu. Issu d’une famille de petits exploitants agricoles de Thagaste (l’ancienne Souk Ahras), il est né d’un père païen et d’une mère chrétienne (Sainte Monique). Aurelius Augustinus, de son vrai nom, mène alors une folle jeunesse.

À Carthage puis à Milan, il mène une vie de luxure, loin de l’image d’un homme détaché des plaisirs charnels. Adolescent, il vole dans le verger du voisin pour le plaisir, enchaîne les concubines et se rend à la messe pour y draguer les filles (les Confessions III, 3).
Rhéteur au sommet des honneurs à Milan, riche capitale impériale romaine, il continue ses frasques. Le tout alors même qu’il est mari et père, n’arrivant plus à distinguer l’amour véritable du plaisir. Dans ses écrits, il se décrit comme un « esclave de la luxure ». Une vie avec laquelle il rompt totalement en août 386 à l’écoute d’une voix venue d’ailleurs. Un épisode qui va bouleverser son destin.
Un moine repenti qui retourne sur sa terre natale
Au mois d’août 386, sous le figuier d’un jardin de Milan, alors qu’Augustin se morfond dans le regret de ses errements. Il entend une voix – divine selon lui – qui prend les accents de celle d’un enfant. Une voix qui l’incite à trouver dans un verset de Saint Paul le chemin de la « vie parfaite ».
« Pas d’orgies ni de beuveries, pas de débauche ni de jalousie ; mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ et n’ayez pas souci de la chair pour en satisfaire les convoitises » (Romains 13, 13-14).
Cette révélation le pousse à se faire baptiser. Il quitte l’Italie et retourne en Afrique, à Thagaste (actuelle Souk Ahras). La région est alors une province romaine : la Numidie.
Devenu moine, imprégné d’écrits philosophiques, entre stoïcisme et théorie néo-platonicienne, il fonde un cercle de prière et de réflexion en quête de Vérité. A la tête de cette communauté contemplative, il se hisse dans la hiérarchie des prêtres, au point de devenir même en 395 évêque à Hippone (actuelle Annaba).
Dans le cercle très fermé des quatre Pères de l’Eglise latine
Il se livre alors à ce moment au combat de sa vie : écrire sur les déviations de la foi chrétienne. Déviations qui ont miné sa jeunesse et dont il n’a cessé de méditer pour bâtir une métaphysique de la consolation.
Il écrit Confessions, La Trinité puis La Cité de Dieu, des œuvres majeures de la foi chrétienne appuyées par près de 500 sermons et petits traités de théologie morale sur le mensonge, le jeûne, le culte des morts, etc.

Il meurt en 430, pendant le siège de sa ville d’Hippone par les Vandales. Canonisé en 1298, il est, avec Ambroise de Milan, Jérôme de Stridon et Grégoire le Grand, l’un des quatre premiers Pères de l’Église latine à se voir conférer le titre honorifique de docteur de l’Église. Aujourd’hui la Basilique d’Annaba porte son nom.


