Twahrin appartient à cette nouvelle génération qui regarde vers le patrimoine sans chercher à le muséifier. Leur terrain de jeu est celui du raï de l’âge d’or, notamment des années 1980-1990. Ils reprennent ces morceaux que l’on reconnaît dès les premières notes, tout en les abordant avec la fraîcheur de jeunes musiciens. C’est peut-être là que réside leur charme. Digne héritier du « raï ancien », le groupe Twahrin fait revivre sur scène les grands classiques du genre avec une énergie généreuse et instinctive.
Fondé en 2024 par trois frères, Adel, Imad et Issam Ben Missoum, avec leur ami d’enfance Issam Kassa Baghdouch, le groupe est originaire d’Oran El Bahia. Dzdia les a rencontrés lors de leur passage à Alger, à l’occasion de l’Été en musique, où ils ont partagé la scène avec le talentueux Amine Dehane. Tous sont réunis par un même amour : le raï populaire, brut et vivant.

De l’écoute aux premières scènes
Les trois frères n’ont pas suivi un parcours académique classique. Leur apprentissage s’est essentiellement construit par l’écoute, la pratique et la fréquentation des musiciens. En 2024, ils décident de transformer cette pratique familiale en véritable projet collectif et créent Twahrin avec l’envie d’aller directement à la rencontre du public.
Le choix du raï ancien n’est pas anodin. Pour ces jeunes musiciens, il était difficile de monter directement sur scène avec des compositions originales alors que le public ne les connaissait pas encore. Les reprises ont donc constitué un premier langage commun. C’est ainsi que Twahrin a construit son rapport à la scène. Le groupe choisit ses morceaux en fonction de ses propres affinités, mais aussi des demandes du public. Les messages reçus sur Instagram deviennent parfois de véritables indications de programmation : une chanson demandée, un souvenir partagé, un titre que quelqu’un aimerait entendre à nouveau.
« Dès les premières scènes, quelque chose de magique s’est produit, qui nous a permis de continuer sur scène, d’apprendre, de nous améliorer et d’avancer avec plaisir. Notre répertoire puise dans le patrimoine, mais nous voulons aussi le faire vivre dans un nouveau monde. » – Issam Ben Missoum, alias Issam Martino, fondateur de Twahrin.
Voir cette publication sur Instagram
Twahrin, un état d’esprit
Avant même d’être un nom de groupe, Twahrin est une manière d’être.
Les membres du groupe expliquent que Twahrin ne renvoie pas simplement à Wahran, Oran. Le terme évoque davantage un état d’esprit, un mood, une atmosphère, un groove particulier propre à la ville et à son imaginaire. Twahrin devient ainsi un mindset : un mélange de spleen et d’exaltation, une manière singulière de se laisser porter par la musique, les souvenirs, les nuits et les émotions. Une sensation difficile à définir, mais que l’on reconnaît immédiatement lorsqu’elle s’installe.
Car chez Twahrin, la nostalgie n’est jamais très loin de la fête. Le groupe puise largement dans le raï ancien, dans ces chansons qui ont accompagné plusieurs générations et qui continuent de circuler dans les mémoires. Leur répertoire fonctionne comme une passerelle entre ceux qui ont grandi avec ces morceaux et une génération plus jeune qui les redécouvre autrement.
Leur playlist raconte à elle seule une partie de cette histoire. Cheb Khaled occupe une place importante, avec notamment Hadi Chira Nebghiha, La Liberté, Mal Hbibti et Diri Ki Tebghi. Mais les influences vont bien au-delà du « King ». On retrouve Cheb Hasni, figure incontournable du raï sentimental, avec Rabta El Henna, Darou Esshour et Chab Rassi Fi Wahran Echaba, ce dernier étant également associé dans leur répertoire aux univers de Khaled et de Cheikha Djénia.
Voir cette publication sur Instagram
Le groupe revisite aussi Haba Numérique de Cheb Redouane, ou encore Khalti Fatima d’Ahmed Zargui Abbassi.
Le répertoire ouvre également une place aux voix féminines et aux figures plus anciennes, avec Gatlek Ziziya, associé à Cheikha Lwachma Tmouchentia, ainsi que Khalouni Nechki L Rab de Yacine Abbassi.
Cette sélection dit beaucoup de Twahrin : ils ne cherchent pas à reproduire une seule époque du raï, mais à faire circuler une mémoire musicale, en passant d’un artiste à l’autre, d’une génération à l’autre et d’une émotion à l’autre.
C’est là que le groupe semble particulièrement à son aise : dans cette zone où le concert cesse d’être une simple prestation pour devenir un moment collectif.
La nostalgie se transforme en fête. Le patrimoine devient matière vivante. Et les chansons, même anciennes, retrouvent une nouvelle jeunesse. Il y a quelque chose de profondément authentique dans leur démarche. Ils ne prétendent pas réinventer le raï. Ils commencent par l’écouter, le jouer, le partager et le transmettre.
Et c’est peut-être précisément de cette simplicité que peut naître quelque chose de nouveau.
Parce qu’au-delà des reprises, il y a déjà une identité qui se dessine.
Un son. Une génération. Et surtout, cet étrange état d’esprit que leur nom résume si bien : Twahrin, un peu de spleen, beaucoup d’ivresse et tout le raï d’Oran dans le cœur.


