Comment imaginer un jardin capable de tenir sur une simple table tout en racontant une vision du monde ? C’est le défi relevé par Kamel Louafi, invité à participer à Parlour Gardens : Dreams from the Rooftop, une exposition présentée au Jardin botanique de Barcelone dans le cadre de Barcelone 2026, Capitale mondiale de l’architecture UNESCO-UIA. L’architecte paysagiste algérien y dévoile Le Jardin des Arabesques, une création où le ciel, les formes géométriques et le végétal composent un paysage miniature pensé comme un espace de contemplation.
Aujourd’hui, son travail s’inscrit dans une exposition internationale qui revisite un projet historique imaginé il y a près d’un siècle.

Parlour Gardens, un projet né il y a cent ans
L’histoire de Parlour Gardens remonte au printemps 1926. À cette époque, l’architecte paysagiste Nicolau M. Rubió i Tudurí, le céramiste Josep Llorens Artigas et le peintre Raoul Dufy imaginent de petits jardins en céramique émaillée. Inspirées de l’Égypte antique ainsi que du japonisme, ces œuvres proposent une représentation condensée de la nature.
Présentés à Paris en 1927, ces jardins miniatures voyagent ensuite à Londres, en Belgique puis à New York. Au fil des années, ils deviennent une référence dans l’histoire du jardin du XXe siècle.
Près de cent ans plus tard, Parlour Gardens : Dreams from the Rooftop reprend cette idée en lui donnant une nouvelle dimension. Treize agences internationales d’architecture et de paysage ont ainsi conçu quinze nouveaux modèles en céramique. Chaque création est ensuite plantée avec des espèces adaptées au climat de sa région d’origine.
L’exposition se déploie au fil d’une promenade dans le Jardin botanique de Barcelone. Ce lieu met aussi en avant le potentiel des toitures urbaines pour accueillir davantage de biodiversité, mieux faire face aux défis climatiques et offrir de nouveaux espaces végétalisés en ville

Kamel Louafi imagine Le Jardin des Arabesques
Pour cette exposition, Kamel Louafi présente Le Jardin des Arabesques. Son projet s’appuie sur une réflexion autour des toits des bâtiments, qu’il considère comme des espaces proches du ciel, de la lune et du soleil.
À partir de cette idée, il compose une grande arabesque visible depuis les hauteurs. Vue d’en haut, elle évoque une Méduse dont les nombreuses courbes donnent une impression de mouvement. À l’inverse, les végétaux apportent calme et équilibre à l’ensemble.
Au centre du jardin prend place une étoile bleue. Elle représente à la fois une planète imaginaire et le soleil. Autour de cette composition figurent des luminaires blancs gravés d’étoiles bleues. Ces éléments symbolisent le parcours de la lune autour de cet univers imaginé par le paysagiste.
Des bancs recouverts de céramique bleue entourent ensuite les luminaires. Cette référence à l’œuvre d’Antoni Gaudí rappelle le patrimoine artistique de Barcelone tout en invitant les visiteurs à prendre le temps d’observer le jardin.
Le choix des plantations participe également à cette mise en scène. L’étoile centrale est entourée de thym serpolet (Thymus serpyllum ‘Coccineus’), tandis que les lignes extérieures accueillent du Raoulia australis. L’ensemble compose un paysage où architecture, végétation et céramique dialoguent naturellement.
Reconnu à l’échelle internationale, Kamel Louafi est né à Batna avant de poursuivre des études en architecture du paysage à l’Université technique de Berlin-Ouest. Installé en Allemagne depuis plusieurs décennies, il fonde son agence à Berlin en 1994 après avoir dirigé les jardins du Musée juif conçu par Daniel Libeskind. Ses réalisations prennent place en Allemagne, en Algérie ainsi que dans plusieurs pays du Golfe. En 2023, il reçoit la Croix fédérale du Mérite des mains du président allemand ainsi que le Grand Prix Le Geste d’Or à Paris.

Une vision du jardin ouverte à toutes les cultures
À travers Le Jardin des Arabesques, Kamel Louafi souhaite proposer une lecture universelle du jardin. Son arabesque exprime la diversité des formes et des cultures tout en évoquant l’idée d’un paradis partagé.
Selon lui, la proximité symbolique avec le ciel donne à cette création une dimension particulière. Les courbes, les couleurs et les plantes invitent chacun à porter un regard différent sur cet espace miniature. Le jardin devient alors un lieu où plusieurs références artistiques et culturelles se rencontrent autour d’un langage commun, celui du paysage.
Cette approche reflète aussi le parcours de l’architecte paysagiste. Né en Algérie puis installé en Allemagne, il développe depuis plusieurs décennies des projets où la géométrie, la sculpture et l’espace public occupent une place centrale.
Kamel Louafi parmi les grands noms du paysage international
La présence de Kamel Louafi au sein de Parlour Gardens confirme la reconnaissance dont il bénéficie sur la scène internationale. Son projet côtoie ceux de plusieurs agences venues des régions méditerranéennes, mais aussi d’Australie, d’Afrique du Sud, du Chili et de Californie.
Chaque jardin offre ainsi une interprétation différente d’un même concept imaginé en 1926. Malgré leurs approches variées, toutes ces créations montrent qu’un format réduit peut raconter un territoire, une vision du paysage et une manière de penser la ville de demain.
Avec Le Jardin des Arabesques, Kamel Louafi apporte à cette exposition une œuvre où la géométrie, les symboles célestes et le végétal se répondent avec finesse. Présentée jusqu’en octobre 2026 au Jardin botanique de Barcelone, elle rappelle également le parcours d’un créateur algérien dont les réalisations continuent de rayonner bien au-delà des frontières de son pays.





