Le monde catholique célèbre aujourd’hui les « Augustins » en hommage au penseur et théologien saint Augustin décédé le 28 aout 430 à Hippone (l’actuelle Annaba) où il était évêque. Pour l’occasion, l’écrivaine Lylia Nezar dévoile les contours de son dernier roman: « saint Augustin, fils de Numidie: une histoire d’Amour et de Grâce ». Un livre qui redonne voix à « l’innommée », la concubine cachée qui a rythmé la vie du théologien.
Connaissez-vous la vie amoureuse de saint Augustin d’Hippone, Père de l’Église ? Savez-vous qu’avant sa vie de moine ascète sur les collines d’Annaba, il a vécu un concubinage des plus passionnels ? C’est ce secret que vient dévoiler l’écrivaine Lylia Nezar dans son dernier roman historique : “Saint Augustin, fils de Numidie: une histoire d’Amour et de Grâce”.
Paru en avril dernier à l’occasion de la visite du pape Léon XIV en Algérie, l’ouvrage a même été remis en main propre au souverain pontife. Un geste présenté comme un cadeau de bienvenue sur la terre de son maître spirituel.
Un roman qui redonne une place à « l’innommée »
Le livre nous plonge dans la vie intime de l’illustre penseur chrétien qui a passé plus de 15 années aux côtés d’une femme mystérieuse : « l’innommée ». Il l’a aimée et a eu avec elle un fils avant de devenir évêque d’Hippone, l’actuelle Annaba, en 395. Il y est mort le 28 août 430.
“J’avais souffert qu’on éloigna de moi cette femme que j’entretenais parce qu’elle était comme un obstacle à mon mariage… Mais je n’avais pu l’arracher à mon coeur, où elle était si fortement attachée, sans le déchirer, et cette plaie saignait encore” – extrait des Confessions, unique trace de l’existence de “l’Innommée” dans les écrits de saint Augustin.
Dans son œuvre majeure « Les Confessions » – repentir métaphysique qui a révolutionné la face du christianisme – saint Augustin lui-même mentionne brièvement cette femme fermement “attachée” à son cœur sans toutefois l’identifier. Pourtant, cette compagne de longue date est restée absente des récits consacrés à sa vie. Lylia Nezar choisit donc de lui accorder une place centrale dans son roman.

“Avant sa conversion au christianisme à l’âge de 33 ans, il a été le conjoint de cette femme. Ils ont eu un fils, le seul fils qu’a eu saint Augustin et pourtant cette femme a été effacée des grands textes… J’ai essayé de recréer cette relation et je voulais aussi dépouiller l’icône, le saint pour le mettre à hauteur d’homme, le raconter en miroir par rapport à elle. C’est un regard inédit”, commence Lylia Nezar.
Saint Augustin, un séducteur repenti ?
L’écrivaine, originaire d’Annaba – la ville où vécut, prêcha et mourut saint Augustin – offre aussi un voyage temporel habile dans son écriture entre l’Algérie contemporaine et l’Algérie antique.
Mais c’est surtout cette exploration historique de l’Afrique romaine du IVe siècle qui guide le roman. Un voyage entre Thagaste (aujourd’hui Souk Ahras), ville natale du penseur numide et la cité d’Hippone (Annaba) où il monte au ciel le 28 août 430 après avoir écrit de nombreuses œuvres considérables sur la foi, tel que Confessions ou La Cité de DIeu. Aujourd’hui la Basilique d’Annaba, sur les hauteurs de la ville, porte son nom.

Un roman d’amour qui permet à tout un chacun de se réapproprier saint Augustin à travers les yeux de sa concubine. Si Augustin a parfois connu des «périodes d’égarement» avant de se tourner vers Dieu, la relation qu’il entretenait avec cette femme reposait davantage sur « un amour juste, celui d’un amant sincère, d’un père qui reconnaît son enfant alors même que la loi romaine ne l’obligeait guère à le faire », insiste Lylia Nezar.
Cette approche contraste avec certains récits populaires qui présentent saint Augustin comme un homme irresponsable et « coureur de jupons » dans les cours de Carthage et de Milan. Il y aurait mené une vie consacrée aux plaisirs charnels. Toutefois, Lylia Nezar s’appuie sur les sources historiques et académiques disponibles pour nuancer ce portrait. Selon elle, son « égarement » dans le faste des capitales impériales n’aurait duré que quelques mois, dès son installation à l’âge de 17 ans. Un moment de frivolité relativement court pour cet homme qui consacra surtout son existance à la repentance et l’aide envers les plus démunis.
“Avec le pape, la boucle était bouclée”
Référencé dès sa publication par l’Eglise catholique d’Algérie, l’ouvrage a été offert au Pape Léon XIV, augustinien convaincu, en clôture de sa visite de trois jours en Algérie fin avril 2026.
« Je suis le fils de saint Augustin », avait lancé le Pape Léon XIV depuis le balcon de la basilique saint-Pierre, au moment de son élection en mai 2025.
“Une fille d’Annaba, une arrière-petite-fille de saint Augustin même, offre le livre de saint Augustin, à Hippone, au pape augustinien: la boucle était bouclée !”, termine tout sourire Lylia Nezar.




