Dans son nouveau livre Les Griffes de l’Écrivain, Amin Zaoui dissèque l’Algérie et bouscule les codes classiques de l’autobiographie. Il y entraîne le lecteur dans un voyage au cœur du rêve des Algériens.
« C’est un livre sur l’imaginaire, sur la société algérienne et sur le rêve des Algériens », résume l’auteur de 68 ans. Paru cet été aux éditions Dalimen, cet essai revisite l’autobiographie à travers le regard d’un « écrivain-citoyen, ancré dans le réel ».
Femmes, chats, oliviers et littérature
Sous-titré Femmes, chats, oliviers et littérature, le livre explore la pluralité linguistique, culturelle et sonore de l’Algérie. En près de 300 pages, Amin Zaoui déroule un parcours nourri de rêves et de réflexions. Le récit s’ouvre sur son enfance à Msirda, dans l’ouest du pays. Il y évoque sa peur de la rentrée scolaire et son admiration pour l’élevage de chevaux de son père.

L’écrivain quitte ensuite l’intime pour embrasser la grande Histoire. Il célèbre le pays des Amazighs, « descendants d’un arbre généalogique noble, celui de Massinissa, de Jugurtha, du roi savant Yuba II et de Dyhia ».
Entre mémoire, fierté et actualité
Dans ce livre sur l’Algérie, Amin Zaoui met aussi en avant une forme d’empowerment à l’algérienne. Il loue « la ténacité de l’homme amazigh » et dénonce la figure du hagar, « l’humiliateur ». Ce thème le conduit à évoquer des faits récents, notamment l’élan de solidarité nationale autour de la boxeuse Imane Khelif, injustement accusée d’être un homme durant l’été 2024.
Un miroir de la société algérienne
L’ancien chroniqueur littéraire ne ménage pas le lecteur. Il pointe le rapport complexe des Algériens à eux-mêmes :
« L’Algérien vit dans une plainte permanente, dans une tension continue, mécontent de tout. De lui-même, des autres, du monde. »
Amin Zaoui s’interroge aussi sur la place des femmes dans la culture contemporaine. Il déplore que certaines autrices soient ignorées malgré leur succès. « Sarah Rivens draine des milliers de lecteurs, alors que les portes de son pays lui sont fermées », écrit-il.
« Dans l’imaginaire algérien, le livre est perçu comme un luxe ou un divertissement. Il n’est pas considéré comme une priorité nationale citoyenne. »
Le rêve comme acte de résistance
Les Griffes de l’Écrivain réunit mémoire, actualité et imaginaire pour dresser un portrait lucide, mais porteur d’espoir. Amin Zaoui y dessine une Algérie rêvée, vivante et plurielle :
« Une société qui ne rêve pas est une société morte », affirme-t-il.
Pour lui, rêver reste une manière de préserver à la fois la mémoire et l’espoir :
« Le rêve, l’imagination, est un moyen extraordinaire pour sauvegarder la mémoire, mais aussi pour sauvegarder l’espoir. »
