Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, a présenté ce mardi son dernier ouvrage consacré aux femmes marquantes de l’histoire musulmane: « Portraits de femmes remarquables, les héroïnes de l’islam ». Une rencontre littéraire, tenue à la librairie Aïcha dans le 13e arrondissement de Paris et organisée par Dzdia, autour de ces figures féminines longtemps restées dans l’ombre.
Connaissez-vous Oum Waraka, première imame de l’islam, Oum al Darda, éminente juriste du VIIe siècle, ou encore Fatima al-Fihriya, fondatrice de la plus ancienne université du monde ? Toutes ces femmes sont au coeur du dernier ouvrage de Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris et figure centrale de l’islam en France. Un livre intitulé « Portraits de femmes remarquables, les héroïnes de l’islam ».

Mardi 7 avril 2026 au soir, le recteur se glissait dans la petite librairie Aïcha (dans le 13e arrondissement de Paris) pour rencontrer ses lectrices, répondant à l’appel de Dzdia. Une rencontre littéraire qui était l’occasion de présenter cet ouvrage mais surtout ces “héroïnes” souvent laissées “dans l’ombre”.
“J’y ai écrit tout un chapitre en disant que la femme musulmane est l’avenir de la religion d’abord et bien évidemment aussi de la République”, appuie le recteur face à son auditoire majoritairement féminin.

Une plongée à travers la vie de femmes savantes, artistes, bâtisseuses, guerrières, stratèges parfois, trop souvent reléguées aux marges d’un récit historique dominé par des figures masculines. “Par exemple, les plus grandes confréries religieuses ont été suscitées par des femmes… Citons Rabia Al Adawiyya. »
“Dans le mysticisme comme ailleurs, la femme, quand elle est dévouée, se donne totalement”, pointe Chems-Eddine Hafiz avant d’enchaîner sur une autre figure féminine plus contemporaine. “L’artiste Baya, on n’en parle pas… Cette fille qui n’avait ni scolarité ni éducation et qui est devenue pratiquement ce que Picasso voulait être. Vous imaginez ?”
“Je continue de dire que l’homme et la femme sont totalement à égalité en islam”, lance le recteur.
Égalité ? Et l’héritage dans tout ça ?
Un ouvrage d’un peu plus de 200 pages que résume le recteur simplement: “dans toutes les professions, à toutes les époques, les femmes ont joué un rôle capital. Quand on regarde les 14 derniers siècles, la civilisation islamique s’est épanouie et a rayonné dans le monde quand la femme avait toute sa place. C’est ce que je voulais transmettre avec ce livre.”
Un livre qui aborde des questions des plus épineuses de la polygamie, en passant par l’héritage. Un dernier point parfois désigné comme discriminatoire à l’égard des femmes. Sans sourciller le recteur tranche face à son public: “C’est faux quand on dit aujourd’hui que l’héritage dans le Coran est discriminatoire par rapport à la femme. D’abord la femme en islam a le droit d’utiliser son patrimoine comme elle le souhaite”, commence le recteur.
“En matière d’héritage, lorsque l’on s’arrête sur toutes les combinaisons de transmission de l’héritage, la femme obtient souvent plus que l’homme, c’est le cas notamment dans 89 situations précises.”

Dans la petite salle, les têtes hochent, les téléphones s’abaissent pour écouter. L’auteur parle d’héritage, de mémoire, d’exemples transmis aux générations futures. Le public, mêlé — étudiants, parents, curieux — pose des questions directes, parfois intimes : comment transmettre ces modèles aux jeunes aujourd’hui ? Quelle place pour ces récits dans une société française traversée par les débats identitaires ? Autant de questions auxquelles tente de répondre le livre.
La soirée s’achève dans un bruissement de pages neuves dédicacées et de poignées de main. Dehors, le 13e poursuit son rythme habituel. Dedans, quelques héroïnes viennent, le temps d’une soirée, reprendre la place qu’on leur avait trop longtemps refusée.

