Au Salon des Miroirs, les regards se figent dès les premières silhouettes : pour son défilé à la Fashion Week de Paris, Massinissa Askeur fait un choix audacieux. Il revisite des pièces emblématiques du vestiaire algérien, connues de tous et souvent perçues comme intouchables.Dans la salle, l’attention est immédiate. Les coupes interpellent, les références se reconnaissent, mais quelque chose change. Le créateur le sait. Il joue avec cette tension, sans chercher à l’atténuer
« Ça, c’est la robe kabyle revisitée. Ça devient presque un blasphème d’y toucher, non ? Mais je vais quand même essayer », glisse-t-il à Dzdia.
Massinissa Askeur à la Fashion Week de Paris : Un défilé entre héritage vestimentaire et nouvelles lignes
Présentée dans le cadre de la Fashion Week de Paris, du 2 au 10 mars, la collection 2026 s’appuie sur des pièces fortes. Karakou, caftan ou encore melhfa chaoui composent la base du défilé.
Très vite, les silhouettes révèlent un travail de transformation. Les volumes évoluent. Les lignes se structurent autrement. Des influences inspirées de la Rome antique viennent compléter l’ensemble, créant un dialogue visuel inattendu.
Le créateur revendique cette approche « Les stylistes, et même les artistes, doivent s’approprier leur culture et leur identité, puis travailler dessus », explique-t-il à Dzdia.
Certaines pièces puisent aussi dans des références plus localisées, notamment dans les régions des Aurès, que le créateur évoque comme source d’inspiration pour plusieurs silhouettes.
Un pari assumé sur des pièces emblématiques
Toucher à des vêtements aussi identifiés implique une prise de risque. Massinissa Askeur ne l’ignore pas. Il en parle ouvertement, en marge du défilé.
« Cela fait longtemps que je voulais travailler sur la robe kabyle. C’était risqué, parce qu’elle représente beaucoup. En la revisitant, je ne savais pas quelle réaction cela allait provoquer. Ensuite, c’est le public qui juge », confie-t-il à Dzdia.
Ce positionnement donne au défilé une dimension particulière. Chaque silhouette devient une proposition, soumise directement au regard du public.
Une réflexion plus large sur la création
Au-delà du podium, le styliste développe une réflexion sur la manière d’aborder le vestiaire algérien aujourd’hui. Il insiste sur la nécessité d’un travail de fond.
« Il est essentiel de faire un travail d’introspection. Il faut réfléchir aux éléments à garder, à ceux que l’on peut transformer, et à ce que l’on peut ajouter. Une chose qui ne change pas finit par disparaître », explique-t-il.
Il rappelle aussi l’étendue des références disponibles « Le karakou est une véritable icône. Il y a aussi la robe chaoui, le seroual chelka. L’Algérie est vaste. Chaque région possède ses vêtements. On a une matière très riche pour créer. »
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Un créateur entre art et mode
Avant la couture, Massinissa Askeur s’est d’abord exprimé à travers le dessin et l’art contemporain. Ses œuvres ont été exposées à l’international, du Louvre à Milan, en passant par New York et Cannes.
Aujourd’hui installé à Milan, il développe un univers qui dépasse le vêtement. Il collabore aussi sur des accessoires, des bijoux aux montres suisses, avec une attention particulière portée au détail.
Mais à la Fashion Week de Paris, c’est bien le défilé qui s’impose comme point central. Une présentation où le créateur affirme une direction claire, en prenant le risque de revisiter des pièces fortement identifiées.
Avec cette collection 2026, Massinissa Askeur propose une lecture personnelle du vestiaire algérien. Et surtout, il ouvre la discussion.

