Rencontré à l’occasion de la projection de son film Héliopolis, le cinéaste Djaffar Gacem, également réalisateur de séries populaires, dont le dernier succès Fatma, nous a accordé un entretien. Dans cette entrevue, il se livre sans détour sur sa vision de l’industrie audiovisuelle algérienne. Il revient aussi sur son choix de basculer de la comédie vers des récits plus dramatiques et historiques. Enfin, il nous dévoile également en exclusivité les détails de son prochain film. Entretien.
Dzdia: Votre dernière série Fatma a été l’un des grands succès de ce mois de Ramadan 2026 (toujours disponible sur la plateforme Samira TV)… Quel est le secret derrière le succès de vos séries et notamment Fatma ?
Djaffar Gacem: Fatma raconte l’histoire d’une jeune musicienne dans l’Algérie du milieu du XIXe siècle, dans les ruelles étroites de la Casbah, du temps de la colonisation française.
C’est ma sœur, Mira Gacem Babaci, qui a écrit la série. L’écriture a pris plusieurs années. Nous avons essayé de prendre le temps nécessaire. Toute cette réflexion donne du sens au projet et renforce sa crédibilité. Quand on voit la série aujourd’hui, on comprend pourquoi ça a pris tout ce temps.
« Rien n’a été laissé au hasard. Quand on voit la série, les décors, les costumes, les accessoires ou encore les acteurs… je pense qu’on saisit l’investissement personnel »
Beaucoup de spectateurs regrettent aujourd’hui l’absence de séries en dehors de la période de Ramadan… Pourquoi souffre-t-on de ce manque ? Que se passe-t-il aujourd’hui dans le monde de l’audiovisuel algérien ?
Tout le monde me pose la même question: “mais Djaffar, pourquoi on ne fait pas ça toute l’année?” Mais cela ne dépend pas de moi. Le problème se situe surtout au niveau de la production. Les chaînes de télévision ne commandent pas beaucoup de séries en dehors du Ramadan.
“Les chaînes de télévision ne veulent pas investir beaucoup d’argent parce que ce sont les sponsors qui payent (ces séries). En dehors du Ramadan, la demande reste limitée.”
Il faut inverser la vapeur. Le public est en demande, il y a un marché. Il est temps que les chaînes commencent à prendre davantage de risques. Les producteurs aussi. Cela permettrait de créer une nouvelle dynamique pour les productions diffusées en dehors du mois de Ramadan.
On vous dit exigeant et pointilleux sur les détails… Comment contournez-vous les difficultés budgétaires et contextuelles des tournages?
J’ai appris une chose importante, c’est l’adaptation. Quand on évolue dans un milieu artistique et professionnel, il faut s’adapter, accepter certaines contraintes. On doit apprendre à travailler avec elles, positiver et faire avec.
Même si c’est au détriment de certaines séquences ou de certaines actions qu’on ne peut pas réaliser, mais on reste toujours rêveur, on reste toujours passionné pour essayer de faire le maximum avec le budget qu’on a.
Au-delà de cette question économique, inhérente aux producteurs, quel autre grand chantier devrait mobiliser les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel dans les années à venir ?
Moi, je pense que l’écriture et le scénario restent de vrais points faibles dans notre pays. On fait des ateliers comme ça, aléatoires, pour développer une idée… On réunit des plumes, des journalistes, des youtubeurs, des animateurs, des créateurs… Mais nous n’avons pas d’école de scénario.
Plus qu’un réalisateur de séries, vous êtes aussi un cinéaste. En 2021 vous avez réalisé votre premier long métrage, Héliopolis. Un prochain film est-il en préparation ?
Oui, je suis en train de finir d’écrire deux œuvres. L’une d’elles s’inscrit dans un registre historique.Je suis séduit par plein d’évènements qui ont marqué notre glorieuse histoire.
Aujourd’hui, j’ai envie de réaliser un film sur la célèbre équipe de football du FLN. Ces joueurs algériens du championnat français qui ont tout quitté en 1957-1958, et qui ont suivi l’ordre donné par le FLN. Ils ont rejoint la Tunisie afin de créer la première équipe nationale du FLN. Je trouve leur parcours extrêmement courageux.
Nous travaillons aussi sur une comédie, mais le projet est encore en développement. La comédie peut parfois être plus difficile à écrire que le drame.
Ces dernières années, votre travail s’est davantage orienté vers des œuvres historiques et dramatiques. Pourtant, vous restez très associé à la comédie. Comment expliquez-vous cette évolution ?
Cela faisait longtemps que je voulais faire un film historique en réalité, parce que je sens que j’ai ce devoir là. Et le fait que je sois réalisateur de certaines séries comiques ne me gêne pas pour participer à cet élan. Je suis réalisateur, j’ai été formé pour cela. Il ne faut pas oublier que j’ai réalisé aussi des œuvres dramatiques comme Rendez-vous avec le destin et dernièrement la série Fatma… Entre le drame et la comédie, mon coeur a toujours balancé. Quand on est passionné, inspiré, ça ne pose aucun souci !

