Du 11 au 24 mai 2026, la région parisienne accueille la troisième édition du Decolonial Film Festival, un événement cinématographique engagé qui interroge la colonisation, le pouvoir et les formes de résistance. Bonne nouvelle pour les lecteurs de Dzdia : trois films algériens figurent au programme. On vous dit tout.
C’est quoi le Decolonial Film Festival ?
Né en 2024, le Decolonial Film Festival (DFF) est un festival de cinéma indépendant organisé chaque année en région parisienne. Il se tient au même moment que le Festival de Cannes et propose ainsi une alternative engagée au glamour de la Croisette.
Sa programmation est élaborée par un comité réunissant une quinzaine d’organisations antiracistes, diasporiques, féministes et queer. Elles sélectionnent des films illustrant l’histoire coloniale, les dynamiques de pouvoir et les mouvements de résistance.
L’objectif est clair : rendre les notions décoloniales accessibles au-delà des cercles académiques et militants. Le tout par le biais du cinéma et des échanges en salle après chaque projection. Les séances se déroulent dans plusieurs cinémas et espaces culturels à Paris et en Île-de-France. Le Luxy à Ivry-sur-Seine, le Cin’Hoche à Bagnolet, Le Trianon à Romainville, L’Écran à Saint-Denis, le Luminor et le Point Éphémère à Paris.
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Trois films algériens au programme
Cette édition 2026 comprend trois films en lien avec l’Algérie. Ils couvrent trois périodes et trois regards radicalement différents. Tout d’abord, le panafricanisme triomphant de 1969, la décennie noire des années 1990 et enfin les désillusions post-indépendance des années 1980.
Festival Panafricain d’Alger 1969 – William Klein
Vendredi 16 mai à 20h40
Un document historique majeur. En 1969, sept ans seulement après l’indépendance, Alger était une capitale mondiale du tiers-mondisme et des luttes anticoloniales. C’est dans cette ville en ébullition que le photographe et cinéaste franco-américain William Klein déploie une équipe exceptionnelle de 12 opérateurs pour immortaliser le premier Festival Culturel Panafricain. Un évènement qui a réuni 3 000 participants venus de 51 pays africains et de la diaspora, sous la présidence de Houari Boumediène.
Ce documentaire de 110 minutes, coproduit par l’Algérie, la France et l’Allemagne de l’Ouest, est souvent présenté comme le témoignage visuel le plus complet consacré à cet événement.
Le film montre notamment Nina Simone, Archie Shepp aux côtés de musiciens algériens, Miriam Makeba en répétition, ainsi qu’Amílcar Cabral, Agostinho Neto et le jeune Thomas Sankara.
L’ensemble reste fidèle au style visuel audacieux de William Klein, déjà connu pour son travail sur la photographie de rue avec New York 1954-55.
Lettre à ma sœur – Habiba Djahnine
Lundi 19 mai à 20h
Un film-lettre, film-voyage, film-poème. En 1994, Nabila Djahnine, présidente de l’association féministe Thighri N’tmetout (Cri de femmes) à Tizi Ouzou, écrit une lettre à sa sœur Habiba. Dans ce courrier, elle lui raconte l’escalade de la violence, les assassinats, les années de plomb. Le 15 février 1995, Nabila est assassinée par un groupe armé islamiste. Elle est la première militante féministe à payer de sa vie son engagement contre l’ordre patriarcal renforcé par le terrorisme.
Dix ans plus tard, Habiba Djahnine, réalisatrice algérienne et fondatrice des Rencontres Cinématographiques de Béjaïa, retourne sur les lieux pour répondre à cette lettre par un film. Elle retrouve la famille, les anciennes militantes, les vieilles villageoises de Kabylie.
Ce documentaire de 68 minutes n’est pas un portrait exhaustif : c’est un acte de deuil, de mémoire et de résistance. Un film essentiel sur la décennie noire algérienne et sur le courage des femmes qui ont tenu debout.
L’Oranais – Lyes Salem
Samedi 23 mai à 17h
Deuxième long-métrage de Lyes Salem après Mascarade, L’Oranais (2014) est une fresque qui couvre trente ans d’histoire algérienne, de la guerre d’indépendance jusqu’aux années 1980. L’idée centrale du film est à la fois simple et corrosive : la révolution ne protège pas de la trahison. À travers le parcours de deux amis que l’histoire finit par opposer, Salem met en scène l’écart entre les idéaux révolutionnaires et la réalité du pouvoir.
Le réalisateur livre également une critique acerbe des dérives du régime né après l’indépendance.
Fidèle à son style, Salem mêle sérieux du sujet et sens du burlesque, avec une efficacité rare. Le film avait été primé au Festival du film francophone d’Angoulême 2014. D’ailleurs, Salem avait reçu le Valois du meilleur acteur lors de cette édition. Aussi, il avait obtenu le Chistera du jury des jeunes au Festival de Saint-Jean-de-Luz. Un film fort, parfois inconfortable, qui méritait une seconde vie sur les écrans.
À noter dans vos agendas
Decolonial Film Festival — 3e édition Du 11 au 24 mai 2026 – Paris et Île-de-France Site officiel : www.decolonialfilmfest.com
- Festival Panafricain d’Alger 1969 – Vendredi 16 mai à 20h40
- Lettre à ma sœur – Lundi 19 mai à 20h
- L’Oranais – Samedi 23 mai à 17h

