Après un franc succès en Algérie, le film Première Ligne, dernière réalisation burlesque du très prolifique Merzak Allouache débarque en France à partir de ce mercredi. Une satire sociale qui nous plonge dans le microcosme des plages algéroises. Dzdia a rencontré l’équipe du film.
« Un Roméo et Juliette à l’Algérienne », « un film rafraîchissant avant le début de l’été ! », « une subtile satire sociale »… Déjà sortie l’été dernier en Algérie, la comédie estivale de Merzak Allouache, Première Ligne, est enfin projetée aux quatre coins de l’Hexagone à partir de ce mercredi.
De quoi concrétiser, après des mois de freins, la conquête du marché français, « deuxième plus important marché pour nos films, après le public algérien », se réjouit le réalisateur.
« Je critique une société algérienne que j’aime et que j’aimerais voir évoluer »
Dans cette comédie de mœurs, à première vue légère, on est en réalité plongé, pendant plus d’une heure et demi, dans une vraie satire sociale. Un film tourné en moins de deux semaines, en plein mois de novembre et qui a pour cadre la plage d’El Djamila (La Madrague), à quelques kilomètres d’Alger.
« Un jour ensoleillé dans le quartier de Bab el Oued, deux familles, voisines mais ennemies, se rendent à la plage au même moment et… au même endroit. C’est le début des problèmes. Mais au sein de ces deux familles ennemies il y a une fille et un garçon qui s’aiment en secret et qui profitent de l’occasion pour se retrouver… », une intrigue résumée, sourire aux lèvres, par Hichem Mesbah.
Avec un jeu de caméra embarquée, Merzak Allouache nous immerge au milieu de la cohue des plages algéroises entre conflits de ménages et batailles pour la première ligne, face à la mer.
En filigrane de cette comédie légère, le cinéaste évoque avec subtilité des thèmes « plus ou moins dramatiques ». La pollution des plages qui bordent la capitale, les micro-violences intra-familiales, le clientélisme latent, la question taboue de la tromperie dans les ménages… « Je critique en réalité une société algérienne que j’aime et que j’aimerais voir évoluer », résume Merzak Allouache avant de pondérer, « mais quand je tourne un film je ne cherche pas à faire réfléchir. Je raconte d’abord une histoire ».
Une observation fine de la société des plages algériennes
« J’ai écrit moi-même les dialogues du film (…) les acteurs du film sont des pros de l’improvisation avec toute leur expérience de la télévision. Parfois ça me plait l’improvisation… », loue Merzak Allouache tourné vers le public venu en masse lors de l’avant-première parisienne ce lundi.
« C’est faux ! », lancent hilare Idir Benaibouche et Hichem Mesbah agrippant le micro à la hâte, « Il nous disait “vas-y dis ce que tu veux de toute façon ça sera coupé au montage !” ».. « C’est une petite révolte d’acteurs ne vous inquiétez pas », balaye le réalisateur tout sourire. L’image d’une complicité et d’une ambiance de tournage « vraiment familiale », souligne ému Hichem Mesbah.
« Quelque chose m’apparaît brusquement sans savoir pourquoi… Pour ce film c’est un petit texte que j’ai lu sur les réseaux sociaux d’une femme qui se plaignait d’être sur une plage et d’avoir eu un problème avec une autre famille et c’est là que j’ai découvre le terme ‘Première ligne’… », révèle Merzak Allouache.
Une première ligne pour ne pas être gêné par les voisins dans un environnement dépeint avec un réalisme des plus frappants. « Après avoir lu cette plainte, j’ai commencé à aller observer la plage et j’ai vu beaucoup de choses qui ont alimenté mon récit. Les tissus qui bloquent la vue, ces allées étroites entre les parasoles, les femmes qui continuent à jouer leur rôle de cuisinière, qui travaillent toute la journée… Même à la plage. »
« Je suis né au bord de la mer moi, j’ai grandi dans le quartier de Notre-Dame-d’Afrique à Alger. Depuis mon enfance je regarde cette mer, je m’y baigne. C’est un ressourcement incroyable et c’est quelque chose d’important pour moi. J’ai vécu une période où on allait à la plage et on voyait des étendues de sable… Là on arrive presque plus à le voir ce sable », termine le réalisateur avec une pointe de regret.


