Pendant les années qui suivent l’indépendance, Alger devient un point de rencontre pour des militants venus de plusieurs continents. Parmi eux, Elaine Mokhtefi occupe une place particulière. Américaine engagée pour la cause algérienne, elle choisit de s’installer dans la capitale en 1962 et y reste douze ans. Elaine Mokhtefi est décédée le 11 septembre 2026, à l’âge de 98 ans.
Son parcours épouse ainsi plusieurs moments de l’histoire algérienne contemporaine. De son engagement pour l’indépendance à ses années passées à Alger, Elaine Mokhtefi a gardé un lien durable avec le pays. Retour sur les étapes d’un parcours marqué par l’Algérie et par les combats politiques de son époque.
De New York à Alger
Née Elaine Klein en 1928 à New York, Elaine Mokhtefi grandit aux États-Unis. Elle prend le nom de Mokhtefi après son mariage avec l’écrivain et ancien membre de l’Armée de libération nationale Mokhtar Mokhtefi.
Elle s’installe en France pendant les années 1950. La lutte pour l’indépendance de l’Algérie devient alors l’un des axes majeurs de son engagement. En 1958, elle rencontre Frantz Fanon et Mohamed Sahnoun.
Cette rencontre joue un rôle important dans son parcours. Elaine Mokhtefi s’engage aux côtés du FLN. Elle poursuit ensuite son activité à New York, où elle travaille pour le bureau local du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et du FLN à partir de 1960.
Son engagement ne s’arrête donc pas aux frontières de l’Algérie. Elle participe au travail politique mené autour de la cause algérienne pendant les dernières années de la guerre de libération.
Puis, en 1962, l’indépendance change le cours de son histoire. Elaine Mokhtefi arrive à Alger quelques semaines après la proclamation de l’indépendance. Elle choisit d’y rester.
Douze années à Alger
À Alger, Elaine Mokhtefi devient journaliste et traductrice à l’Agence Algérie Presse Service. Elle travaille dans une jeune République qui cherche alors sa place sur la scène internationale.
Son parcours professionnel l’amène aussi à côtoyer de nombreux acteurs des luttes de libération. Alger attire alors des militants et des représentants de mouvements venus de plusieurs pays. Elaine Mokhtefi prend part à cette activité internationale. Elle devient notamment l’une des organisatrices du premier Festival panafricain d’Alger, qui se tient en 1969.
L’événement réunit des artistes, des militants et des représentants de mouvements de libération africains. Elaine Mokhtefi est chargée de l’accueil de délégations venues notamment du Mozambique, de l’Angola et d’Afrique du Sud.
Elle joue également un rôle dans l’accueil des Black Panthers américains. Leur présence à Alger s’inscrit dans cette période où la capitale algérienne devient un lieu important pour plusieurs mouvements anticoloniaux et révolutionnaires. La présence des Black Panthers figure parmi les épisodes les plus connus de son parcours algérien. Elaine Mokhtefi participe à leur accueil dans la capitale.
Pour Elaine Mokhtefi, ces années constituent une période centrale de sa vie. Elle reste à Alger jusqu’en 1974.
Elaine Mokhtefi et les Black Panthers
Son engagement auprès de la cause algérienne l’avait ainsi conduite à travailler avec des militants venus d’horizons différents. À Alger, elle se retrouve au cœur d’un réseau international lié aux luttes de libération.Cette période occupe une place importante dans le récit qu’elle fera plusieurs années plus tard. Elle y évoque notamment ses années algériennes et les personnalités qu’elle a rencontrées.
Son témoignage permet aussi de revenir sur une époque particulière de l’histoire d’Alger. La ville accueille alors des représentants de mouvements engagés dans des combats politiques et anticoloniaux.
Elaine Mokhtefi n’est donc pas seulement une observatrice de cette période. Elle y prend part à travers son travail, ses engagements et les responsabilités qui lui sont confiées.
Elaine Mokhtefi raconte Alger dans ses mémoires
Après son départ d’Algérie, Elaine Mokhtefi conserve un lien fort avec cette période. Des décennies plus tard, elle décide de raconter son expérience dans un livre.
Son récit paraît d’abord en anglais sous le titre Algiers, Third World Capital. La version française, publiée en 2019 par La Fabrique, porte le titre Alger, capitale de la révolution. De Fanon aux Black Panthers.
L’ouvrage revient sur son engagement pour l’indépendance de l’Algérie, puis sur ses années passées à Alger. Il évoque également ses rencontres avec différentes figures des luttes anticoloniales.
Avec ce livre, Elaine Mokhtefi laisse donc un témoignage personnel sur une période qu’elle a vécue de l’intérieur. Elle y raconte aussi une ville qui, après son indépendance, attire des militants venus de nombreux pays.
Une Algérienne à 98 ans
Le lien d’Elaine Mokhtefi avec l’Algérie prend une nouvelle dimension en 2025. Le président Abdelmadjid Tebboune lui accorde alors la nationalité algérienne. La décision reconnaît officiellement un attachement construit depuis son engagement aux côtés de la cause algérienne.
Elle s’est éteinte le 11 septembre 2026, à l’âge de 98 ans. Son parcours reste aujourd’hui lié à plusieurs moments de l’histoire algérienne. Il rappelle aussi la place qu’a occupée Alger, dans les années qui ont suivi l’indépendance, auprès de nombreux mouvements de libération.
À travers son engagement, son travail à l’APS et ses mémoires, Elaine Mokhtefi a laissé plusieurs traces de cette histoire. Son livre permet notamment de retrouver son regard sur ces années passées à Alger. Une manière de faire vivre le récit d’une femme qui avait choisi l’Algérie et qui, jusqu’à la fin de sa vie, a conservé un lien particulier avec le pays.


