Comment une histoire continue-t-elle de se raconter lorsque les images changent ? C’est la question que pose Katia Kameli avec Le Roman algérien (Et l’histoire se répète), présenté à l’Église Saint-Blaise dans le cadre des Rencontres d’Arles et de la Saison Méditerranée, jusqu’au 4 octobre 2026. Pour Dzdia, l’artiste nous invite à découvrir ce nouveau chapitre d’une recherche menée depuis dix ans autour de la mémoire visuelle de l’Algérie.
Le Roman algérien, une recherche menée depuis 2016
Depuis 2016, Katia Kameli développe Le Roman algérien, un projet qui explore la manière dont les images racontent l’histoire. Photographies, films, cartes postales, œuvres d’art : chaque support devient un point de départ pour interroger la mémoire collective.
Le premier chapitre s’intéressait au kiosque aux images, un espace public d’Alger où circulaient différents supports visuels. En 2017, l’artiste invitait la philosophe Marie-José Mondzain à porter son regard sur plusieurs images liées à l’histoire du pays. Le troisième chapitre, présenté en 2019, suivait la philosophe à Alger pendant le Hirak, à la rencontre de la photographe Louiza Ammi, et sur les traces d’Assia Djebar à Cherchell.
Pour ce quatrième chapitre, Katia Kameli explique dans un entretien avec Dzdia que le film et la figure d’Assia Djebar traversaient déjà son travail : « La Nouba des femmes du Mont Chenoua d’Assia Djebar n’est pas apparue soudainement avec ce quatrième chapitre. » Selon elle, la découverte du tapuscrit du film, transmis par Sawsan Noweir, a déclenché cette nouvelle étape de sa recherche.
Assia Djebar, une œuvre fondatrice pour Katia Kameli
Réalisé en 1977, La Nouba des femmes du Mont Chenoua occupe une place importante dans le parcours de Katia Kameli. Le film invente déjà, souligne l’artiste, une forme de récit éclaté et polyphonique qui laisse place aux voix et aux mémoires des femmes du Chenoua, plutôt qu’à une histoire officielle.
Consacrer un chapitre entier au film d’Assia Djebar constitue, pour Katia Kameli, une façon de rendre hommage à un geste artistique qui continue d’éclairer sa pratique. Elle confie vouloir aussi réinscrire cette œuvre, parfois moins visible que le travail littéraire de la réalisatrice, dans une histoire plus large des cinéastes algériens ayant choisi la fragmentation comme outil de résistance.
Dans Le Roman algérien (Et l’histoire se répète), les femmes occupent donc une place centrale, à la fois narratrices, témoins et créatrices du récit. Cette approche fait écho au travail d’Assia Djebar, qui avait déjà donné une place majeure aux voix féminines dans son film.
Une dimension personnelle inédite
Pour ce chapitre, Katia Kameli s’inscrit elle-même dans l’histoire qu’elle raconte, une évolution notable dans sa pratique. Elle précise que sa méthode s’était jusque-là construite en retrait, laissant les archives et les récits des autres occuper l’espace principal.
Ce déplacement passe par la présence de sa fille dans le film, qui rejoue la scène de la grotte du film d’Assia Djebar. « Elle devient ainsi une forme d’alter ego, mais un alter ego silencieux », explique l’artiste. Sa fille apparaît à l’image, tandis que Katia Kameli prend en charge le récit en voix off, faisant se rencontrer trois temporalités : celle de Djebar, la sienne, et celle qui s’ouvre avec sa fille.
Ce dispositif crée ainsi un décalage volontaire : le corps que l’on voit n’est pas celui qui parle. Selon l’artiste, cette mise en scène montre comment le récit collectif et le récit familial se façonnent l’un l’autre, et se répondent tout au long du film.
Le Roman algérien, une œuvre à vivre plutôt qu’à expliquer
Présenter Le Roman algérien à l’Église Saint-Blaise ouvre la pièce à un public international, qui ne connaît pas forcément l’histoire de l’Algérie en détail. Cette situation intéresse particulièrement l’artiste. Plutôt que de chercher à convaincre ou à instruire, elle espère, confie-t-elle, que l’œuvre puisse d’abord être une expérience qui invite chacun à ralentir et à regarder autrement.
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Le titre Et l’histoire se répète porte d’ailleurs une tension volontaire : la répétition apparaît à la fois comme un fardeau et comme une possibilité de transmettre. Ce que Katia Kameli aimerait que le public retienne, ce n’est donc pas un récit unique de l’Algérie, mais l’idée que toute mémoire collective se construit à partir de fragments, de silences et de figures que l’on choisit de faire revivre.
Katia Kameli, une artiste attentive aux récits et à la mémoire collective
Née en 1973 à Clermont-Ferrand, Katia Kameli développe depuis plusieurs années une pratique qui interroge les récits, les images et la mémoire, à travers le film, l’installation et la vidéo. Elle se définit d’ailleurs, dans son échange avec Dzdia, comme une traductrice, non pas seulement d’une langue à l’autre, mais aussi d’une strate d’histoire à une autre.
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L’artiste ne travaille cependant jamais dans l’urgence. Chaque projet part d’un événement historique ou culturel précis, qu’elle explore avant de lui donner une forme plastique.
Les prochains projets de Katia Kameli
Parallèlement au Roman algérien, Katia Kameli a inauguré le 5 septembre une exposition personnelle à la galerie Traits Libres à Paris, intitulée We haven’t felt anything from the love. Ce projet textile et céramique s’inspire du poème de Majnoun et Leila.
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Du 23 septembre au 11 novembre, l’artiste présentera également The Canticle of the Birds à la galerie Taymour Grahne à Dubaï.
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Ces deux expositions prolongent, selon l’artiste, une même recherche sur la traduction des récits : d’un côté les céramiques berbères et la poésie persane, de l’autre la migration et la transmission.
Le Roman algérien (Et l’histoire se répète) reste ainsi visible jusqu’au 4 octobre 2026 à l’Église Saint-Blaise, dans le cadre des Rencontres d’Arles et de la Saison Méditerranée.
Découvrir l’exposition de Katia Kameli aux Rencontres d’Arles


