Plus de 170 ans après sa captivité au château royal d’Amboise, l’Émir Abdelkader continue de susciter admiration et réflexion. Le 13 juin 2026 a eu lieu la troisième édition de la journée « Sur les traces de l’Émir Abdelkader » . Elle a réuni historiens, universitaires, responsables religieux et personnalités publiques autour de cette figure majeure de l’histoire algérienne. Organisée par le Cercle Émir Abdelkader, la rencontre a permis de revenir sur l’héritage politique, spirituel et humaniste de celui qui demeure une référence bien au-delà des frontières de l’Algérie.
Dans ce lieu chargé d’histoire, où l’Émir Abdelkader fut retenu avec sa famille après sa reddition à l’armée française, les participants ont exploré les multiples facettes d’un homme à la fois chef militaire, penseur, érudit et défenseur du dialogue entre les peuples.
L’Émir Abdelkader, une figure toujours actuelle
Présent lors de cette journée, Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, a souligné l’importance de faire découvrir l’Émir Abdelkader aux nouvelles générations.
« Il est important aujourd’hui, surtout pour les jeunes, de lire l’Émir Abdelkader, de découvrir son histoire et de comprendre pourquoi il s’est élevé contre la colonisation », a-t-il déclaré à Dzdia.
Le recteur a également rappelé que l’Émir Abdelkader ne peut être réduit à son rôle de résistant. Selon lui, son parcours permet aussi d’aborder la spiritualité musulmane, l’histoire des relations franco-algériennes et même sa passion pour le cheval arabe.
« On peut découvrir chez lui le mysticisme musulman, la stratégie militaire, mais aussi un homme qui est toujours resté fidèle à sa parole et à ses convictions », a-t-il ajouté auprès de Dzdia.
Installé à Damas après sa libération, l’Émir Abdelkader développa une pensée nourrie par l’œuvre du grand maître soufi Ibn Arabi, qu’il admirait. Cette dimension intellectuelle et religieuse a également été approfondie par l’islamologue Boumédiène Ben Yahia et l’historien Ahmed Youssef. Au cours de leurs interventions, les deux spécialistes ont exploré plusieurs facettes de la personnalité de l’Émir Abdelkader. Ils sont notamment revenus sur son rôle de chef de résistance, sa pensée spirituelle, son œuvre intellectuelle ainsi que sa place dans l’histoire des relations franco-algériennes. Leurs analyses ont permis d’éclairer la richesse d’un parcours qui continue d’alimenter les travaux de recherche et les débats contemporains.
Une personnalité qui dépasse les frontières de l’Algérie
Pour Ségolène Royal, présidente de l’association France-Algérie, la découverte de l’Émir Abdelkader a été marquante.
« J’ai découvert toutes les facettes de ce personnage exceptionnel », a-t-elle confié au public présent.
L’ancienne ministre estime que son parcours permet également de porter un autre regard sur l’histoire commune de la France et de l’Algérie.
« Cette mémoire est importante. Elle nous aide à comprendre que le cours de l’histoire aurait pu être différent. Ainsi, les relations entre nos deux pays auraient pu suivre une autre trajectoire », a-t-elle expliqué.
Cette dimension universelle a également été évoquée par Khaled Boutaleb, petit-neveu de l’Émir Abdelkader. Selon lui, le message porté par son ancêtre conserve toute sa pertinence dans le contexte international actuel.
« Abdelkader nous interpelle encore aujourd’hui. Son action et sa pensée restent d’une grande actualité face aux tensions que connaît le monde », a-t-il déclaré à Dzdia.
Il a notamment insisté sur la capacité de l’Émir Abdelkader à dépasser les divisions pour défendre une vision fondée sur l’humanisme et l’entente entre les peuples.
« Son message de paix et d’entente entre les peuples reste essentiel. Il a su dépasser les contingences de son époque pour porter une vision qui touche à l’universel », a-t-il ajouté auprès de Dzdia.
Les liens méconnus entre l’Émir Abdelkader et la France
Parmi les interventions marquantes de cette troisième édition figurait celle de Son Altesse Royale la princesse Yasmine Murat, présidente de Rayonnement français et marraine de la Fondation Eugène-Napoléon.
Elle a rappelé plusieurs épisodes souvent méconnus de l’histoire de l’Émir Abdelkader en France, notamment sa relation avec Napoléon III.
« Peu de personnes connaissent l’amitié qui liait l’Émir Abdelkader à l’empereur Napoléon III », a-t-elle expliqué à Dzdia.
La princesse a souligné le rôle décisif joué par l’empereur dans la libération de l’Émir Abdelkader après plusieurs années de captivité à Amboise.
Elle a également rappelé la reconnaissance internationale dont bénéficia l’émir après avoir protégé des milliers de chrétiens lors des massacres de Damas en 1860.
« Cet acte humanitaire lui a valu l’estime et les distinctions de nombreux chefs d’État à travers le monde », a-t-elle indiqué.
Son intervention a également permis de mettre en lumière un aspect moins connu de l’histoire du Second Empire. Elle a rappelé que Napoléon III avait envisagé de confier à l’Émir Abdelkader un rôle majeur dans son projet de royaume arabe. En effet, un épisode qui témoigne de la considération dont bénéficiait alors l’émir auprès des plus hautes autorités françaises.
Le Cercle Émir Abdelkader poursuit son travail de transmission
Créé pour favoriser le dialogue et la coopération entre la France et l’Algérie, le Cercle Émir Abdelkader s’inspire des valeurs portées par cette figure historique. L’association réunit élus, universitaires, entrepreneurs, artistes et citoyens autour d’initiatives culturelles, éducatives et mémorielles.
Son président, Rafik Temghari, s’est félicité du succès de cette troisième édition.
« Nous avons vécu une journée riche en enseignements sur l’héritage de l’Émir Abdelkader, non seulement comme symbole de l’Algérie, mais aussi comme figure universelle », a-t-il déclaré à Dzdia.
Le responsable a également rappelé la vocation de ces rencontres annuelles.
« L’Émir mérite d’être mieux connu. Nous devons être les ambassadeurs de son message et transmettre son héritage aux générations futures », a-t-il affirmé.
À travers ses conférences, rencontres et projets de coopération, le Cercle Émir Abdelkader entend poursuivre ce travail de transmission. L’organisation souhaite ainsi contribuer au rapprochement entre la France et l’Algérie. Le tout s’appuyant sur les valeurs de dialogue, de respect et de compréhension mutuelle portées par l’émir.
Un héritage qui continue de rassembler
Au fil des conférences et des échanges organisés au château royal d’Amboise, un même constat s’est imposé. Ainsi, l’Émir Abdelkader demeure une référence pour celles et ceux qui défendent le dialogue, la connaissance et le respect mutuel.
Pour le Cercle Émir Abdelkader, cette troisième édition a confirmé l’intérêt grandissant suscité par cette personnalité historique. D’ailleurs, son parcours continue d’éclairer les débats contemporains. Plus qu’un héros national algérien, l’Émir Abdelkader apparaît aujourd’hui comme une figure de portée universelle. Ainsi, son message conserve toute sa force dans un monde confronté à de nombreux défis.





