À travers sa deuxième édition, DÉCLIC poursuit son travail d’accompagnement de jeunes artistes autour de l’art vidéo, de l’art sonore et de la performance. Le programme est pensé par l’artiste visuelle Rima Djahnin et le cinéaste et pédagogue Rafik Ouadi. Il s’étend sur près de deux ans et privilégie un temps de recherche, de réflexion et d’écriture avant la production. Cette approche permet aux participants de développer leurs projets progressivement. Ils peuvent ainsi questionner leurs pratiques, leurs intentions et les formes qu’ils souhaitent donner à leurs œuvres. La restitution de cette deuxième édition réunit sept propositions artistiques issues de ce parcours d’accompagnement.
D’une école de la deuxième chance à DÉCLIC
Présentée cette année aux Ateliers Sauvages à Alger, la deuxième édition de DÉCLIC marque une nouvelle étape dans le travail d’accompagnement mené par ses co-curateurs, Rima Djahnin et Rafik Ouadi. Le programme prolonge une expérience lancée en 2013 avec la création de Mon Autre École, fondée par le duo après son retour de Paris.
Pendant une dizaine d’années, Mon Autre École a accompagné des jeunes déscolarisés âgés de 16 à 22 ans. L’objectif était de leur permettre de reprendre un parcours scolaire et de préparer le baccalauréat. Plus de 660 jeunes ont bénéficié de cet accompagnement. Peu à peu, cette expérience pédagogique a nourri une réflexion sur les méthodes d’apprentissage et la transmission. Elle a aussi amené le duo à réfléchir à la manière d’accompagner les jeunes dans la construction de leur propre regard.
Après dix années consacrées à l’accompagnement scolaire, le duo décide de réorienter son activité vers la création. L’idée de DÉCLIC apparaît à la fin de 2021. Une première version du programme est alors élaborée en quelques semaines. La première édition débute le 25 janvier 2022.
Faire émerger le « socle »
La méthodologie du programme DÉCLIC ne commence ni par un médium ni par une technique. Les participants arrivent avec une idée, une préoccupation ou une expérience. Ils doivent d’abord la préciser et déterminer ce qu’ils souhaitent en faire.
Une première période de trois à six mois est consacrée à l’écriture. Les carnets deviennent des espaces de recherche. Textes, dessins, photographies, schémas et notes peuvent y prendre place. Cette phase doit permettre de dégager ce que l’équipe appelle le « socle ». Il s’agit de la fondation conceptuelle du projet.
Plusieurs intervenants ont pris part au programme comme : Fella Tamzali, Habiba Djahnine, Lamine Ikheteah, Giulia Fabbiano, Arezki Tahar (Kiki), ou encore Salah Badis.
L’accompagnement s’appuie notamment sur deux questions : « D’où l’artiste parle-t-il et pourquoi ? » Il s’agit de déterminer ce qui rend le projet nécessaire pour celui ou celle qui le porte. Il faut aussi trouver la bonne distance lorsque les sujets abordés touchent à la vie personnelle.
« Ce n’est pas parce qu’un processus est très réflexif qu’il doit être dépourvu d’intuition. Les deux peuvent aller ensemble » Rima Djahnine
Les œuvres de cette deuxième édition abordent ainsi des questions liées à l’enfermement, à la dépression, à la colère, à l’absence, à la dualité ou encore au rapport à soi. La démarche ne cherche pas à transformer automatiquement ces expériences en récit autobiographique. Elle vise plutôt à les transposer dans une forme artistique. Cette approche permet aussi de préserver une certaine distance avec ce qui est raconté.
De l’intention à l’image
Une fois le socle défini, le travail se déplace progressivement vers la construction visuelle. Les participants développent leur concept, puis découpent leur projet en différents « tableaux », entendus comme des scènes, des chapitres ou des étapes d’une même œuvre.
Chaque œuvre possède son propre objectif et participe à l’intention générale du projet. Le storytelling permet ensuite de réfléchir à la manière dont cette succession d’éléments sera racontée, avant le découpage technique et la préparation des tournages.
À cette étape, Rafik Ouadi intervient davantage dans la fabrication des images et la préparation technique, tandis que Rima Djahnin assure la direction artistique et l’accompagnement de la partie plastique. La méthode ne cherche toutefois pas à supprimer l’intuition. La réflexion conceptuelle et l’expérimentation restent complémentaires : l’objectif est de construire une œuvre cohérente sans enfermer les artistes dans un protocole rigide.
Le programme fait également appel à plusieurs intervenants extérieurs : artistes, cinéastes, photographes, curateurs, écrivains ou philosophes. Ces rencontres permettent aux participants de confronter leur démarche à d’autres pratiques. Elles évitent aussi que l’accompagnement repose uniquement sur les méthodes des deux responsables de DÉCLIC.
Sept œuvres, sept trajectoires
La deuxième édition réunit sept propositions aux approches et aux médiums distincts. Noussaiba Merah explore, dans Ligne de fuite, les effets de la claustration et des congestions mentales à travers l’art vidéo et la performance. De son côté, Mimi Mokkedem aborde dans Catalepsie la colère comme une émotion susceptible d’entraver le mouvement intérieur.
Avec L’Habta de Sisyphe, Sisma Aksoum revisite le mythe de Sisyphe et la question de l’absurdité répétitive. Camille Mahcene, dans Battement, présence en creux, travaille sur les rapports entre absence et présence. Célia Messaoud-Nacer interroge, quant à elle, la dualité et la construction de soi dans Jouer le je.
Leslie Chibani s’intéresse, avec L’Un seul, aux interstices de l’arrachement à soi. Enfin, Malik Ahfir déplace le travail vers l’art sonore avec Matiko. Cette pièce est construite à partir de bruits et d’atmosphères nocturnes.
Des outils pour la suite
Initialement prévu sur une durée plus courte, le parcours de cette deuxième promotion s’est finalement étendu sur près de deux ans. Ce temps supplémentaire a permis de poursuivre les recherches et la fabrication des œuvres. Il a aussi donné aux participants davantage de temps pour la postproduction. Le parcours a ainsi pu aller jusqu’à l’aboutissement des œuvres présentées aux Ateliers Sauvages.
DÉCLIC II se distingue ainsi moins par l’idée d’une exposition collective que par le processus qui la précède. Le programme accompagne une transformation progressive : une intuition devient une question, la question se précise en intention, l’intention se construit en concept, puis trouve sa traduction dans une œuvre.
L’ambition est surtout de transmettre aux participants des outils qu’ils pourront conserver après le programme. Une fois l’accompagnement terminé, ils pourront abandonner certaines étapes, en modifier l’ordre ou travailler de manière plus intuitive. Cependant, les réflexes acquis resteront utiles. Ils pourront notamment situer leur point de vue, comprendre ce qui motive une œuvre et construire sa forme à partir de cette nécessité. Ces acquis sont appelés à devenir une base de travail autonome.






