Entre ruelles pavées et demeures ancestrales, la Casbah d’Alger dévoile ses trésors cachés : lieux de mémoire restaurés, sanctuaires spirituels, concept store traditionnel moderne et musées patrimoniaux à découvrir. Chaque adresse raconte un fragment d’âme algéroise. Plongée dans les lieux emblématiques qui font battre le cœur de cette médina millénaire, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Dzdia vous fait une sélection coup de cœur de cinq lieux à découvrir à la Casbah d’Alger.
1. Le mausolée de Sidi Abderrahmane Et-Thaâlibi : sanctuaire du saint patron d’Alger
Au cœur de la Basse Casbah repose Sidi Abderrahmane el Thaâlibi, figure spirituelle vénérée et protecteur d’Alger depuis sa mort en 1471. Son tombeau, initialement surmonté d’une qoubba édifiée en 1611 durant la période ottomane, fut agrandi pour devenir une mosquée en 1696. Le complexe, qui s’étend aujourd’hui sur 2 300 m², constitue l’un des monuments cultuels les plus emblématiques de la capitale algérienne et fait partie intégrante du secteur sauvegardé inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

© Abdelraouf Meraga

La chambre funéraire révèle une splendeur architecturale remarquable : mosaïques de céramique d’époque, colonnes de marbre finement travaillées et moucharabieh délicat protégeant l’entrée. Les parois portent en calligraphie des versets coraniques qui ajoutent à la dimension sacrée du lieu. Une anecdote témoigne du rayonnement de ce sanctuaire : lors de sa visite, la reine Victoria, séduite par la beauté des lieux, offrit des lustres en cristal qui illuminent encore aujourd’hui l’espace. Restauré de 2018 à 2022, ce haut lieu spirituel, complété par la medersa Thaâlibiyya construite à proximité, perpétue la mémoire d’un homme dont l’héritage imprègne toujours l’âme d’Alger.
2. Le Repère : L’authenticité marine au cœur de la Casbah
Installé au 16 rue Sidi Ramdane, Le Repère est devenu une adresse incontournable pour quiconque explore la Casbah d’Alger. Loin des prétentions gastronomiques, ce charmant établissement familial cultive une authenticité touchante qui séduit les visiteurs en quête de vraies saveurs. Sa spécialité ? Les trésors de la Méditerranée apprêtés simplement : sardines dorées et croustillantes, derssa relevée, chekchouka généreuse, sans oublier une belle sélection de poissons frais – espadon, merlan, rouget, thon – ainsi que crevettes et calmars farcis qui ravissent les palais.
L’atmosphère des lieux participe grandement à son charme : les murs arborent fièrement un patchwork kitsch et assumé de cadres anciens immortalisant des figures emblématiques de l’histoire algérienne. Cette décoration hétéroclite, loin d’être sophistiquée, crée une ambiance conviviale et chaleureuse où chacun se sent immédiatement chez soi. C’est précisément cette simplicité généreuse, cette absence d’artifice et cette sympathie débordante qui font du Repère bien plus qu’un modeste restaurant : un lieu de mémoire vivante où se transmettent, assiette après assiette, les traditions culinaires populaires de la Casbah.

3. Musée National des Arts et Traditions populaires, dit palais de Khedaouj al Amia
Installé au 9 rue Mohamed Akli Malek, ce musée occupe un édifice au passé mouvementé : ancienne zaouïa du XVᵉ siècle, palais de Yahia Rais en 1570, puis demeure de Khedaoudj El Amia, fille du Dey Hassan, avant de devenir la première mairie française d’Alger après 1830. Aujourd’hui, ces murs chargés d’histoire abritent les trésors du patrimoine algérien.
Les collections dévoilent la splendeur des costumes régionaux – caftans brodés, tenues de mariées somptueuses – ainsi qu’une riche sélection de bijoux anciens, de poteries, d’ustensiles en cuivre ciselé et d’objets du quotidien. Chaque pièce exposée témoigne de savoir-faire transmis de génération en génération, offrant aux visiteurs une immersion dans l’âme des traditions populaires algériennes où se célèbrent l’identité et la mémoire collective du pays.

4. Dar al Salam : un havre de paix spirituelle dans la Basse Casbah
Nichée près de la mosquée Ketchaoua dans la Basse Casbah, Dar al Salam – la Maison de la Paix – est une ancienne zaouïa de la confrérie alaouite, acquise en 1947 par cheikh Adda. Entièrement réhabilitée de 2019 à 2022 grâce au cheikh Khaled Bentounes, petit-fils du fondateur, avec l’expertise de l’architecte Hammou Djouahar, cette demeure historique a retrouvé sa splendeur mauresque originelle avec ses zelliges aux motifs anciens, ses colonnes en tuf, ses stucs délicats, ses escaliers en ardoise et ses boiseries finement ciselées.
Aujourd’hui gérée par Yasmine Bentounes, Dar al Salam rayonne comme un espace culturel et spirituel où se croisent traditions et création contemporaine. Le rez-de-chaussée accueille Alamat, une librairie-galerie baignée de lumière naturelle grâce à une verrière surplombant la citerne, proposant des ouvrages historiques, philosophiques et littéraires. Les étages supérieurs s’animent régulièrement d’expositions artistiques, de conférences et d’ateliers, tandis que les veillées spirituelles marquent les célébrations cultuelles comme le Mouloud. La zaouïa conserve également une mémoire précieuse : celle d’avoir accueilli dans son école coranique le jeune Petit Omar, futur héros national de la révolution algérienne.
5. Znika : le concept store
Dans le dédale de la Casbah d’Alger, on y trouve Znika, une nouvelle adresse pour la promotion de l’artisanat algérien à travers une sélection d’objets chargés de sens et de mémoire. Ce concept store singulier rassemble les trésors d’une culture vivante : disques vinyles des légendes du chaâbi qui ont bercé les générations, créations artisanales tressées en raphia, pièces de dinanderie ciselées à l’ancienne. Il vous propose également ces fameux shanghaï bleus, vêtements de travail devenus emblèmes populaires. Les étagères accueillent également miroirs au charme rétro et des ouvrages retraçant l’épopée de la capitale.
Parmi les pépites, on découvre El Ghechache, ce jeu de culture générale qui transforme la culture algérienne en moment ludique et convivial. Chez Znika, chaque objet devient porteur d’histoire, pont jeté entre les racines profondes et l’expression contemporaine. Plus qu’une boutique, c’est un condensé d’identité algérienne que l’on emporte avec soi, comme une parcelle d’âme algéroise à conserver précieusement.

