Le cinéma algérien figure parmi les cinématographies présentes au Festival du film arabe de Fameck 2026, avec plusieurs œuvres programmées et deux distinctions au palmarès. Route Algéricaine, de Rabah Ameur-Zaïmeche, remporte le Prix de la Presse, décerné par un jury présidé par le critique de cinéma Charles Tesson. Alea Jacarandas, de Hassen Ferhani, reçoit une mention dans la catégorie documentaire. La programmation comprend également L’Arabe, de Malek Bensmaïl, Malika, de Mounia Meddour, Première Ligne, de Merzak Allouache, et Indigènes, de Rachid Bouchareb. Au-delà des films récompensés, cette présence témoigne de la diversité des œuvres algériennes représentées dans la sélection.
Le Grand Prix revient à Irkalla, Gilgamesh’s Dream, du réalisateur irakien Mohamed Jabarah Al-Daradji. Le Prix du Documentaire distingue The Lions by the River Tigris, de Zaradasht Ahmed, tandis que Cotton Queen, de la réalisatrice soudanaise Suzannah Mirghani, remporte le Prix du Jury Jeunes et bénéficie également d’un coup de cœur du jury. Le Prix du Public est attribué à L’Étrangère, de Gaya Jiji. Trois mentions complètent le palmarès : Hijra, de Shahad Ameen, Les Femmes de la station, de Sara Ishaq, et Alea Jacarandas, de Hassen Ferhani.
« Route Algéricaine », un road-movie dans le Sahara
Le Prix de la Presse distingue Route Algéricaine, un long métrage de Rabah Ameur-Zaïmeche qui prend le Sahara algérien pour cadre. Selon le synopsis du film, Slimane, un routier âgé, fatigué et malade, et Smaïn, son rippeur, doivent acheminer une cargaison vers les profondeurs du désert. Leur mission est brutalement interrompue lorsqu’ils sont agressés et que leur camion leur est dérobé. Anna, une jeune chercheuse, et Sofiane, son compagnon de voyage, leur portent secours. Le récit se poursuit alors dans un environnement où les repères du voyage initial sont bouleversés.
Les éléments de présentation du film permettent d’envisager cette histoire au-delà du simple récit d’aventure. Le road-movie, forme narrative fondée sur le déplacement, se trouve ici confronté à l’immensité saharienne et à la rupture d’un itinéraire professionnel. La perte du camion compromet la mission des deux routiers et les place dans une situation où ils ne maîtrisent plus les conditions de leur progression. La route, initialement organisée autour du transport d’une marchandise, devient le lieu d’une confrontation avec l’imprévu.
Cette situation ouvre une piste de lecture sociale. Slimane et Smaïn sont d’abord engagés dans une activité où leur fonction est étroitement liée à l’acheminement d’une cargaison. L’interruption de leur trajet déplace l’attention vers les hommes qui accomplissent ce travail, leurs fragilités et leur capacité à faire face à une situation qui échappe à leur contrôle. Le désert ne se réduit alors pas à un paysage spectaculaire : il constitue le cadre d’une trajectoire qui ne se déroule plus selon les objectifs fixés au départ.
Le rapprochement entre le titre, Route Algéricaine, et les codes du road-movie américain invite également à interroger la manière dont le cinéaste réinvestit un genre cinématographique dans un contexte saharien. Là où la route est souvent associée à la liberté individuelle et à la conquête de nouveaux espaces, le récit décrit ici un déplacement contrarié, marqué par la vulnérabilité et la nécessité de composer avec l’imprévisible. Cette lecture s’appuie sur les éléments narratifs disponibles et ne prétend pas se substituer à une analyse du film dans son ensemble.
Né en Algérie en 1966, Rabah Ameur-Zaïmeche arrive en France en 1968 et grandit dans la cité des Bosquets, à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis. Après des études en sciences humaines, il fonde en 1999 la société Sarrazink Productions. Réalisateur, scénariste, producteur et acteur, il signe notamment Bled Number One (2006), Dernier Maquis (2008), Histoire de Judas (2015) et Terminal Sud (2019), des films également programmés à Fameck.
L’attribution du Prix de la Presse place Route Algéricaine au premier plan de la présence algérienne dans cette édition. Elle distingue un film dont le synopsis met en jeu le déplacement, le travail et la rupture d’un parcours, dans un espace saharien qui structure le récit.

Hassen Ferhani et les autres films algériens
La seconde distinction algérienne revient à Alea Jacarandas, de Hassen Ferhani, qui reçoit une mention dans la catégorie documentaire. Le prix principal de cette section est attribué à The Lions by the River Tigris, du réalisateur kurdo-norvégien originaire d’Irak Zaradasht Ahmed.
La présence de Hassen Ferhani au palmarès s’inscrit dans une programmation algérienne plus large, qui comprend également L’Arabe, de Malek Bensmaïl, Malika, de Mounia Meddour, Première Ligne, de Merzak Allouache, et Indigènes, de Rachid Bouchareb. Ces titres réunissent des cinéastes aux parcours différents et rappellent que la participation algérienne à Fameck ne se limite pas aux deux œuvres distinguées.
Le reste du palmarès fait place à des productions venues de plusieurs horizons. Hijra, de la réalisatrice saoudienne Shahad Ameen, reçoit une mention spéciale, tandis que Les Femmes de la station, de la cinéaste yéménite-écossaise Sara Ishaq, obtient une mention dans la catégorie du Prix de la Presse. Cotton Queen, de Suzannah Mirghani, est distingué par le jury jeunes, et L’Étrangère, de Gaya Jiji, remporte le Prix du Public.
Avec le Prix de la Presse décerné à Rabah Ameur-Zaïmeche et la mention attribuée à Hassen Ferhani, le cinéma algérien repart avec deux distinctions. À celles-ci s’ajoute la présence de plusieurs autres films dans la programmation, qui donne à cette édition 2026 une portée plus large pour la représentation des œuvres algériennes au sein du festival.
