Du 23 septembre au 10 octobre, DzFest investit Londres, Manchester et Cardiff pour sa quatrième édition. Organisé par l’association Culturama, le festival place cette année le patrimoine et la décolonisation au centre de sa programmation. Blousa, tatouages faciaux, musique arabo-andalouse, cinéma, bendir, textile et artisanat deviennent autant de portes d’entrée pour interroger la transmission des cultures algériennes. Le festival s’intéresse aussi aux récits qui les accompagnent.
Cette nouvelle édition est placée sous le thème « Heritage & Decolonisation », soit « Patrimoine et décolonisation ». Un choix qui permet à Culturama d’aborder le patrimoine algérien autrement que par le seul registre de la célébration. La programmation cherche à questionner les récits hérités, les formes de représentation de la culture algérienne. Elle s’intéresse aussi aux conditions dans lesquelles certaines pratiques sont conservées, transformées ou réappropriées.
Le festival entend ainsi faire du patrimoine un objet de discussion autant qu’un objet artistique.
«Beaucoup d’entre nous ont appris à croire que l’Occident a la meilleure légitimité, le meilleur regard, le meilleur point de vue, et c’est cela, la colonisation de l’esprit. Avec DzFest, nous remettons en question ces idées eurocentrées et nous racontons nos histoires de notre propre point de vue, car nous ne sommes pas une note de bas de page dans le récit des autres. » explique Rachida Lamri, fondatrice de Culturama
La blousa comme point de départ
Le premier grand rendez-vous est consacré à la blousa. Le vendredi 25 septembre, la P21 Gallery à Londres accueillera une exposition accompagnée d’une rencontre consacrée à l’histoire de ce vêtement associé notamment à Tlemcen et Oran.
Avec « Decolonising the Blousa: History of an Algerian Garment », DzFest s’intéresse à un vêtement qui dépasse la seule question vestimentaire. Son histoire renvoie aux transformations sociales, aux identités régionales et aux savoir-faire. Elle interroge également les différentes manières dont un patrimoine peut être défini et représenté.
«Les grandes marques de mode puisent régulièrement dans les cultures du Sud global, nos motifs, nos vêtements, notre savoir-faire, et les présentent comme leur propre inspiration, sans aucune mention d’origine ni bénéfice pour ceux qui les ont créés. Mais le problème n’est pas seulement extérieur» développe Rachida Lamri à Dzdia.

La rencontre réunira la spécialiste de la mode et du design Nada Koreish, le chercheur et auteur Iyas Bergriche et le designer Karim Bouziane. Les échanges porteront notamment sur les trajectoires de la blousa et ses transformations contemporaines. Ils aborderont aussi les questions d’appropriation culturelle, de préservation et de reconnaissance internationale.
Le même rendez-vous accueillera ArtFest, un espace consacré au textile, à la mode, au design et à l’artisanat contemporain. Des créateurs et artisans algériens et nord-africains installés au Royaume-Uni et ailleurs y seront réunis.
L’idée est moins de figer le patrimoine que de montrer ce qu’il devient lorsqu’il circule, se transforme et rencontre de nouveaux publics.
Du cinéma aux oucham, une mémoire en mouvement
Le cinéma occupe également une place importante dans cette édition. Le 27 septembre, le Ciné Lumière accueillera l’avant-première britannique d’Algiers, premier long métrage de Chakib Taleb-Bendiab, avec Meriem Medjkane, Nabil Asli et Hichem Mesbah. La projection sera suivie d’un échange avec le réalisateur et la critique de cinéma Linda Marric.
Le film, présenté dans le cadre du festival comme un récit décolonial, permet à DzFest d’aborder autrement les relations de l’Algérie avec la France. Il le fait à travers une œuvre de fiction contemporaine.
Quelques jours plus tard, le 2 octobre à Palestine House, la chercheuse Yasmine Boudiaf consacrera une session aux oucham, ces tatouages faciaux traditionnellement portés par des femmes en Afrique du Nord. La rencontre s’intéressera à leur histoire, leur symbolique et leur disparition progressive.

Cependant, DzFest ne s’arrête pas à la documentation. La chercheuse abordera également les possibilités offertes par les outils numériques, notamment l’intelligence artificielle, pour contribuer à l’archivage de ces mémoires. Elle posera aussi la question de la protection des données et de l’exploitation des patrimoines autochtones.
Cette articulation entre mémoire et technologie constitue l’un des axes intéressants de cette édition : comment documenter une pratique sans la réduire à une pièce de musée ?
Le programme cinématographique se prolongera avec une sélection de courts métrages choisis par le curateur LHARA Film, réunissant Boualem a tout entendu de 2025, Ta Marbouta de 2023 et Ta3ezrit de 2024. Ces œuvres témoignent du travail d’une nouvelle génération de cinéastes algériens. Elles abordent la mémoire et les représentations de la société contemporaine.
La programmation comprend également une masterclass autour du bendir, animée par le percussionniste algérien Samir Nacer. L’atelier permettra d’explorer l’histoire et les rythmes de cet instrument central dans de nombreuses pratiques musicales, festives et spirituelles algériennes.
De la musique arabo-andalouse à Londres
Le 3 octobre, l’University of East London accueillera l’un des rendez-vous universitaires majeurs de cette édition : une conférence consacrée au patrimoine musical andalou de l’Algérie.
La rencontre réunira notamment le Dr Salvatore Morra, spécialiste du malouf, la Dre Latefa Guemar et le Dr Redha Benabdallah, chercheur et musicologue. Elle sera modérée par Hicham Yezza, analyste à la BBC.
La conférence entend revenir sur les différentes traditions musicales algériennes associées à l’héritage andalou, notamment les écoles de Sanaa, de Tlemcen et du Malouf.
Au-delà de l’histoire musicale, le rendez-vous pose la question des récits qui ont accompagné la transmission de ces répertoires. Une performance solo de kwitra, interprétée par Redha Benabdallah, complétera la rencontre.
La musique sera également au cœur de la clôture du festival. Le 10 octobre, à St James’s Piccadilly, l’Association de musique algérienne de Londres, AMAL, donnera un concert sous la direction de la mezzo-soprano Rachida Lamri. Le programme réunira notamment des noubas arabo-andalouses et des airs issus du répertoire algérien.

Avec DzFest 2026, Culturama dessine ainsi un parcours où les objets patrimoniaux ne sont pas séparés des débats qui les entourent. Un vêtement, un tatouage, un instrument, une musique ou un film deviennent autant de matières pour parler de transmission, d’identité, de mémoire et de représentation.
Cette quatrième édition fait surtout le choix de confronter le patrimoine algérien à des espaces différents : galerie, université, salle de cinéma, lieu associatif et scène musicale. Ainsi, la culture algérienne sort des cadres strictement folkloriques pour prendre place dans des discussions contemporaines sur la mémoire, la création et la décolonisation.


