De la banlieue parisienne aux cuisines des plus grandes institutions américaines, Fadaila Chaouch, alias Cheffe Dilou, s’impose comme une figure de réussite et de résilience à l’algérienne. Pâtissière française de formation, elle est aujourd’hui reconnue à l’international sous son véritable nom, celui de ses origines. Portrait d’une femme qui a trouvé sa voie en traversant l’Atlantique.
Un parcours hors norme
Un parcours aussi inattendu que remarquable… Rien ne prédestinait Fadaila Chaouch à devenir l’une des pâtissières algériennes les plus reconnues à l’international.
Originaire de Vitry-sur-Seine, en banlieue parisienne, et issue d’une famille de Tiaret, elle se destine d’abord à l’enseignement. «Initialement, je voulais être professeure des écoles», confie-t-elle. Après une licence en sciences de l’éducation, elle finit par emprunter un tout autre chemin : «J’ai décidé de tout arrêter et de passer mon diplôme de pâtissière. Ensuite, j’ai ouvert ma pâtisserie en plein cœur de Paris, place de la République. »
Formée à la pâtisserie française classique, elle part ensuite à Marseille pour développer son activité en B to B. Puis, elle prend une décision qui change tout : s’envoler vers les États-Unis.
Là-bas, les portes s’ouvrent une à une : des sénateurs, le petit-fils de Walt Disney, des studios hollywoodiens, la Fashion Week de Los Angeles. Jusqu’au coup de fil décisif :
« Le chef lié à la Maison-Blanche m’a repérée sur les réseaux sociaux. Il m’a envoyé un message pour me rencontrer. Il a goûté mes créations, puis il m’a proposé un contrat en tant que cheffe pâtissière exécutive pour sa société, en lien avec la Maison-Blanche. »
L’Algérie comme déclic identitaire
Ce qui frappe dans le parcours de Cheffe Dilou, c’est la manière dont l’expatriation l’a ramenée à elle-même. Aux États-Unis, on lui demande rapidement de proposer autre chose que de la pâtisserie française…
« On a commencé à me demander des pâtisseries algériennes en raison de mes origines. J’ai alors préparé des zlabias, des makrouts, des griwechs, mais aussi des msemens. Par la suite, j’ai mêlé les pâtisseries françaises et algériennes, notamment avec la fleur d’oranger, que j’utilise beaucoup. »
Cette approche séduit rapidement un public américain en quête de nouveauté. Mais au-delà du succès commercial, c’est une révélation personnelle.
« Le fait de m’expatrier m’a permis de me redécouvrir et de développer une part de moi que je n’osais pas explorer lorsque j’étais encore en France. »
De “Little Baby Cake” à Cheffe Dilou Chaouch : une identité retrouvée
L’anecdote autour de son nom en dit long. En France, elle se faisait appeler «Little Baby Cake»,– un nom volontairement américanisé pour paraître plus vendeur. Paradoxalement, c’est aux États-Unis qu’on lui recommande de reprendre son véritable nom.
«Aujourd’hui, on peut voir que ce choix a porté ses fruits, puisque je suis reconnue à l’international en tant que Cheffe Dilou Chaouch.»
Le griwech, pâtisserie algérienne emblématique que préparait sa mère, est devenu sa signature.. Elle l’a même revisité au Japon, en le fusionnant au Matcha, une association qui a surpris et conquis ses hôtes japonais.
Une ambassadrice de la gastronomie algérienne dans le monde
Dans la foulée, Cheffe Dilou poursuit son développement… Elle lance aujourd’hui une nouvelle gamme de pâtisseries à la fleur d’oranger, sans sucre ajouté, pensée pour allier gourmandise et équilibre. Une vision d’avenir qui reflète l’évolution de son art.
Récemment c’est à Alger qu’elle a posé ses valises. Une scène idéale pour celle qui incarne mieux que personne le mariage entre tradition culinaire algérienne et rayonnement international. Car c’est bien là le message que porte Cheffe Dilou : la table, comme la culture, est un espace universel où chacun peut se reconnaître.
La pâtisserie algérienne, entre miel, sésame et fleur d’oranger, n’est pas qu’une gourmandise, c’est une langue commune, accessible à tous.
La pâtisserie algérienne, entre miel, sésame et fleur d’oranger, constitue un patrimoine vivant. Elle mérite d’être célébrée, transmise et partagée au-delà des frontières. À l’image de Cheffe Dilou, toute une génération de chefs et d’artisans contribue aujourd’hui à la faire rayonner bien au-delà de l’Algérie.


