Le créateur de mode algérien Amor Guellil a présenté sa collection automne-hiver 2026-2027, intitulée Métiers d’Art. Plus qu’un défilé, l’événement propose une réflexion sur la place du patrimoine dans la création contemporaine. Il questionne également l’avenir d’une industrie de la mode encore en construction en Algérie.
Le styliste a déroulé un récit visuel nourri de voyages, de mémoire et de savoir-faire locaux. Le fil conducteur de la collection s’inspire de l’hirondelle, cet oiseau migrateur qui parcourt de longues distances avant de revenir à son point d’origine. Une métaphore qui résume la démarche du créateur : explorer le monde sans jamais rompre avec ses racines algériennes.
Sur le podium, les silhouettes évoluent avec une exubérance décorative. Les volumes affirmés dialoguent avec des matières travaillées, tandis que les couleurs incandescentes et les détails précieux composent un univers où l’élégance contemporaine se nourrit d’une mémoire collective. Certaines lignes évoquent l’esthétique japonaise ou des influences orientalistes. Toutefois, la collection reste fortement liée à l’imaginaire algérien, que le créateur revendique comme sa principale source d’inspiration.
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Métiers d’Art : Le rituel du Hammam comme source d’inspiration
Cette exploration du patrimoine prend forme à travers une série de réinterprétations du vestiaire traditionnel. Le rituel du hammam, espace de sociabilité et de transmission féminine, constitue l’un des fils rouges de la collection. Fasciné par cette cérémonie qui accompagne les grandes étapes de la vie des femmes, Amor Guellil revisite la Bniqa, cet accessoire autrefois porté dans les hammams. Il transforme également certaines parures de la mariée en pièces du quotidien, notamment en vestes structurées aux accents résolument contemporains.
D’autres références patrimoniales jalonnent le défilé. Le créateur convoque le Khoukhi, ce délicat dégradé de rose emblématique, tout en proposant une interprétation libre de la Raâcha, la célèbre épingle trembleuse associée à la Chedda de Mostaganem. Plus qu’un simple motif décoratif, cet ornement devient ici un symbole. « La Raâcha évoque la sagesse mais également une certaine légèreté. Dans notre culture populaire, lorsque la mariée ornée de Raacha bouge, elle bouge beaucoup, on prête alors à la mariée un caractère espiègle », explique le styliste, séduit par la richesse symbolique de cet objet patrimonial.
Une collection qui dialogue avec les artisans
L’un des aspects les plus aboutis de Métiers d’Art réside dans les échanges noués avec les artisans. Fidèle à l’esprit de son titre, la collection met en lumière des savoir-faire souvent relégués à l’arrière-plan. Pourtant, ils constituent l’une des bases essentielles de la création. Les accessoires et les bijoux ont ainsi été développés avec les artisanes orfèvres Linda Lakhal et Mounira Kahoul. Inspirées des parures traditionnelles algériennes, leurs créations prolongent le travail engagé par le styliste et apportent à chaque silhouette une dimension patrimoniale assumée.
La modiste et chapelière Katia Didane, fondatrice de la marque Katoushti, signe quant à elle une série de couvre-chefs qui dépassent la fonction d’accessoire. Réinventé, le chapeau devient un véritable objet d’expression, participant pleinement à la narration visuelle du défilé.
Pour Amor Guellil, cette collection est avant tout une aventure collective. Derrière chaque silhouette se dessine le travail minutieux d’artisans, d’artistes et de créateurs dont l’expertise a nourri chaque étape du projet.
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« Je n’étais pas seul à imaginer et à travailler. Nous avons créé toute cette beauté avec plusieurs intervenants qui sont des artistes d’une hauteur incroyable. Ils connaissent la complexité de chaque détail et portent une véritable admiration pour ces savoir-faire », souligne-t-il.
Cette dimension collaborative confère à la collection une portée qui dépasse le cadre du vêtement. À travers Métiers d’Art, le créateur interroge la place des métiers traditionnels dans l’économie culturelle contemporaine et leur capacité à générer de nouvelles formes de création. Le défilé apparaît alors comme un plaidoyer pour un patrimoine vivant, capable de se renouveler sans perdre son essence.
La sensibilité masculine en couture
La femme demeure au cœur de cet univers créatif, mais le vestiaire masculin occupe également une place importante. Les silhouettes proposées refusent toute hiérarchie entre les genres et explorent une masculinité sensible, élégante et expressive.
« Nous avons voulu célébrer la sensibilité intérieure de l’homme, parce qu’elle est essentielle. J’aime cette idée d’un fil conducteur qui raconte une complicité entre l’homme et la femme », explique le créateur.
Formé à l’École des Beaux-Arts d’Alger, Amor Guellil s’est imposé depuis plus d’une décennie comme l’une des figures singulières de la mode algérienne. Révélé en 2013 lors du concours Créateur des deux rives à Lyon, il poursuit depuis un travail nourri par l’héritage vestimentaire algérien et les formes contemporaines. Son engagement pour une création durable s’est également illustré à travers différents projets autour du recyclage textile et du design.
Avec Métiers d’Art automne-hiver 2026-2027, Amor Guellil livre finalement bien davantage qu’une collection de saison. Il propose une vision de la mode comme espace de transmission, de valorisation des savoir-faire et d’affirmation culturelle. Une mode qui regarde vers l’international sans détourner le regard de ceux qui, dans les ateliers, les maisons d’artisanat ou les métiers d’art, en constituent les fondations.


