À Alger, l’été ne s’annonce jamais par un calendrier, mais par une odeur. Celle des sardines derssa qui crépitent dans l’huile chaude, du msemen qui dore sur la plaque, des merguez qui grillent sur des braises improvisées au coin d’une rue. Une odeur qui, depuis quelques saisons, s’est enrichie d’autres parfums et saveurs venus d’ailleurs. Une géographie du goût qui dit, mieux qu’un long discours, ce qu’est devenu le palais algérien : enraciné dans ses traditions, mais avide de découvertes.
C’est cette mosaïque que l’Algiers Street Food Festival a mis en scène, édition après édition, s’imposant comme l’un des rendez-vous incontournables du calendrier festif de la capitale. Du 11 au 15 juin, le Parc Ecoloh des Sablettes a accueilli sa nouvelle édition, plus de 200 exposants, quinze concerts et plus de 38 000 m² entièrement dédiés à la rencontre entre gastronomie, culture urbaine et divertissement en plein air.
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Une mosaïque de saveurs et de rythmes aux Sablettes
Sous les lumières chaudes et le soleil cuisant de la promenade des Sablettes, la foule s’est massée entre les stands au rythme des effluves qui se croisaient. Des familles installées sur les bancs aux adolescents aux becs sucrés, en passant par les groupes réunis devant les écrans lors des soirées de Coupe du monde. Aux Sablettes, chacun a trouvé sa place dans cette grande tablée à ciel ouvert. Les enfants y étaient rois.
Les cuisines du monde s’y sont côtoyées sans complexe. La street food algérienne; bourek doré, chlita généreuse, kesra farcie a partagé l’espace avec les sushis, les paellas, les pizzas ou encore les burgers. Les saveurs méditerranéennes, italiennes ou asiatiques se mêlaient ainsi aux parfums plus locaux.
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Symbole de cette nouvelle ère gourmande, l’engouement massif de la génération Z pour le bubble tea, devenu en quelques saisons un incontournable de la street food en Algérie. Une tendance notamment portée par la vague K-pop.
Le festival ne s’est pas résumé à l’assiette. Pensé comme « un grand mix de food, de culture, de musique et de hafla », selon le credo affiché par les organisateurs, l’événement a proposé une programmation artistique dense. Chazil, Harf, le groupe DRP Choir, Twahrin ou encore DJ Chabla se sont succédé sur scène, transformant chaque soirée en une véritable fête populaire.
Parmi les invités de cette édition, la cheffe Sherazade a également profité de l’occasion pour présenter au grand public sa propre marque de pâte à tartiner, Luzia. « La street food et les Algériens, c’est une grande histoire d’amour. Ils aiment autant les spécialités de chez nous que les cuisines venues d’ailleurs », résume-t-elle avec enthousiasme.
Nabil Filali, le goût de l’exigence
Présent en tant que chef ambassadeur du festival, Nabil Filali a tenu à rappeler que la street food ne doit pas être réduite à une restauration rapide de moindre qualité. Pour lui, elle repose avant tout sur le savoir-faire de professionnels travaillant des produits nobles, dans le respect strict des normes d’hygiène. Dans le cadre d’un événement en plein air, il a insisté sur l’importance de la chaîne du froid, depuis le transport des produits jusqu’à leur conservation sur les stands. Des contrôles rigoureux ont été mis en place tout au long du festival.
Pour le chef, la société algérienne reste profondément attachée à ses traditions culinaires, tout en se montrant de plus en plus ouverte aux influences extérieures. « La jeunesse d’aujourd’hui est moderne », observe-t-il, à l’aise aussi bien avec les recettes héritées du patrimoine qu’avec les propositions venues d’ailleurs. Une ouverture qu’il cultive dans son propre travail, à la croisée de la haute gastronomie et de la cuisine de rue.
« En tant que chef, je m’amuse souvent à faire dialoguer la cuisine raffinée et la street food. J’aime prendre un plat populaire et lui appliquer des techniques contemporaines pour lui donner une nouvelle dimension. Une simple frite-omelette peut ainsi devenir une création très moderne grâce à la cuisson sous vide, au siphon ou à d’autres procédés culinaires. »
Le palais algérien, entre racines et curiosité
Le festival reste aussi, il faut bien l’avouer, une vitrine bien rodée pour les marques et leurs nouveaux lancements. Mais, c’est avant tout cette ambiance chaleureuse, où la cuisine de rue redevient un prétexte pour se rassembler, qui aura marqué les esprits. Au fil des stands, les grands classiques ont retrouvé une nouvelle jeunesse, prouvant que le consommateur algérien reste curieux et toujours prêt à expérimenter, à condition que la qualité soit au rendez-vous.
C’est précisément ce pari qu’a relevé, le temps de cinq jours, l’Algiers Street Food Festival : la cuisine s’est élevée au rang de langage universel, capable de jeter des ponts entre les générations et les cultures. Une belle manière de rappeler une réalité toute simple : au fond, nous les DZ, on aime les choses simples : manger, danser et vivre ensemble.


