Avec Rassa Morra, son premier roman publié aux éditions El Qobia, Ania Mezaguer met en lumière le harcèlement moral et les injustices que subissent certaines femmes dans le monde professionnel. Inspirée par son expérience de directrice des ressources humaines et les témoignages de consœurs africaines, l’écrivaine transforme des situations vécues en un récit d’autofiction qui interroge les rapports de pouvoir en entreprise.
« Cette thématique n’a jamais été discutée, n’a jamais été écrite en roman. »
C’est ce constat qui a poussé Ania Mezaguer à prendre la plume. En observant les comportements et les tensions dans le monde professionnel, elle a voulu raconter ce qui se joue derrière les portes des bureaux : les rivalités, les humiliations et les injustices souvent passées sous silence.
Le déclic est venu de son propre vécu, mais aussi des échanges avec ses consœurs africaines, notamment des femmes occupant des postes à responsabilité.
« J’ai remarqué en discutant avec mes consœurs africaines […] qu’elles subissent le harcèlement moral, qu’elles subissent justement l’injustice parce qu’elles sont des femmes cadres compétentes », explique-t-elle.

Aziyadé, une héroïne face aux injustices
Dans Rassa Morra, le lecteur suit Aziyadé, une directrice des ressources humaines confrontée aux manœuvres malveillantes de certains collègues et de son supérieur hiérarchique. Malgré son professionnalisme et son engagement, elle voit progressivement sa position fragilisée par les jeux de pouvoir, les sabotages et le harcèlement moral.
À travers cette héroïne, Ania Mezaguer rassemble plusieurs expériences pour donner un visage aux femmes qui tentent de préserver leurs valeurs dans un environnement professionnel hostile. Comme elle l’expliquait, Aziyadé est « le reflet de moi-même et celui de toutes mes consœurs DRH à travers l’Afrique ».
Le roman aborde également les dérives managériales et la place des compétences locales face à certains responsables expatriés. Au-delà de la condition féminine, l’autrice interroge ainsi l’éthique professionnelle et les mécanismes qui permettent aux comportements toxiques de perdurer, dans les entreprises publiques comme privées.

Écrire pour briser le silence
Pour Ania Mezaguer, le choix du roman permet de faire ressentir au lecteur les conséquences humaines de ces situations, au-delà d’un simple témoignage. L’évolution psychologique d’Aziyadé révèle comment les pressions professionnelles peuvent progressivement affecter l’équilibre personnel et la santé.
En racontant ces expériences, l’écrivaine souhaite provoquer une prise de conscience chez les professionnels et rappeler que le travail devrait rester un espace de respect et d’épanouissement.
« Il est temps de parler de ce qui se passe derrière les coulisses des entreprises », résume-t-elle.
Avec Rassa Morra, Ania Mezaguer donne ainsi une voix à celles et ceux qui subissent l’injustice en silence et invite à repenser les relations humaines au sein du monde professionnel.
