Le Petit Palais ouvre ses salles à une présence inattendue : celle du Paris contemporain. À travers sa carte blanche intitulée Paname, le peintre algérien Bilal Hamdad investit les collections permanentes du musée du 17 octobre 2025 au 8 février 2026, avec une vingtaine de toiles monumentales qui capturent la vie urbaine parisienne dans toute sa complexité.
Un regard forgé entre deux rives
Né en 1987 à Sidi Bel Abbès, Bilal Hamdad se forme d’abord aux Beaux-Arts de sa ville natale avant de poursuivre son parcours en France, jusqu’à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, dont il sort diplômé en 2018. Très tôt, il développe une pratique originale : photographier la ville comme d’autres dessinent, puis transformer ces instantanés en vastes peintures à l’huile d’un réalisme troublant.
Métro, terrasses de cafés, marchés improvisés, quais bondés ou rues ordinaires deviennent ainsi le théâtre de scènes silencieuses, peuplées de figures anonymes. Livreurs, vendeurs ambulants, passants solitaires : Hamdad s’attache à celles et ceux que l’on croise sans toujours les regarder.

La solitude au cœur de la foule
Si ses tableaux frappent d’abord par leur précision presque photographique, ils révèlent surtout un sentiment diffus : celui de la solitude urbaine. Dans une ville saturée de mouvements, les personnages peints par Hamdad semblent souvent absorbés, isolés, figés dans un instant suspendu. Ce décalage entre agitation collective et intériorité individuelle constitue l’un des fils conducteurs de l’exposition.
« Le thème de la solitude est venu depuis que je suis à Paris. Je n’ai pas décidé dès le départ de travailler sur ce sujet-là, mais c’est venu au fur et à mesure. Cette question-là, elle se retrouve dans les grandes villes, et à Paris. »
Loin de toute vision pittoresque ou touristique, Paname dessine un Paris réaliste, parfois fragile, où l’anonymat devient une condition partagée. Une approche qui inscrit l’artiste dans la lignée des peintres de la modernité, attentifs à leur époque et à ses tensions.



Dialoguer avec les maîtres sans les imiter
Présentées au cœur même des collections du Petit Palais, les œuvres de Bilal Hamdad entrent en résonance directe avec celles de Courbet, Manet, Rubens ou Velázquez. L’artiste ne dissimule pas cet héritage : il le revendique et le réactive. Jeux de clair-obscur, compositions frontales, références à la nature morte ou à la peinture d’histoire surgissent au détour d’un détail, d’un reflet ou d’une posture.
Certaines citations sont explicites, d’autres plus diffuses, presque enfouies dans la pénombre. Dans Miroir des astres (2024), l’esthétique baroque affleure, tandis que Sérénité d’une ombre (2024) évoque subtilement l’univers de Manet. Ce dialogue constant entre passé et présent confère à ses toiles une profondeur remarquable : le quotidien y devient digne de la grande peinture.

Paname, une œuvre manifeste
Pièce centrale de l’exposition, la toile monumentale Paname, créée spécialement pour le Petit Palais, fait face aux Halles de Paris de Léon Lhermitte. Un siècle sépare les deux scènes de marché, mais le rapprochement est saisissant. Là où Lhermitte célébrait la foule laborieuse de la fin du XIXᵉ siècle, Hamdad montre une ville fragmentée, traversée par des flux rapides et des solitudes silencieuses.
Ce face-à-face résume l’ambition de l’exposition : montrer que la peinture demeure un outil puissant pour raconter le monde contemporain, ses fractures comme ses continuités.

Une peinture du réel, résolument contemporaine
En intégrant ses œuvres aux cimaises d’un musée historique, Bilal Hamdad ne cherche ni la provocation ni le contraste gratuit. Il propose plutôt un déplacement du regard. Livreurs, migrants, jeunes en trottinette ou vendeurs de rue accèdent ici au même statut pictural que les figures mythologiques ou bourgeoises du passé.
« J’essaie toujours de mettre en valeur la personne que je représente. Qu’il s’agisse d’un ami, d’un livreur ou de quelqu’un qui sort du métro, je les mets tous au même niveau. »
Avec Paname, Bilal Hamdad s’impose comme l’un des peintres majeurs de la vie moderne, capable de faire dialoguer l’histoire de l’art avec les réalités sociales de notre temps.Exposition Paname : Bilal Hamdad
Petit Palais – Paris
Du 17 octobre 2025 au 8 février 2026
Entrée gratuite

