2,7 millions de mètres carrés de jardins à travers le monde, une centaine de prix à son palmarès… Kamel Louafi est l’un des paysagistes algériens les plus influents à l’international. Le 9 avril 2026, il présentait au Centre Culturel Algérien de Paris son documentaire Le Vol du Jardinier Nomade, lors d’une soirée à la découverte de ses « hectares de paradis ». Reportage.
«Tout le monde s’identifie dans un jardin. Les jardins nous font apprécier notre propre pays, notre prochain. J’ai notamment dit : si le monde était un jardin, il n’y aurait pas de guerre.» Avec ses mots, le paysagiste Kamel Louafi paraît résumer toute la philosophie qui guide son travail.
Né à Batna et installé à Berlin, cet architecte paysagiste de renommée mondiale a été célébré le jeudi 9 avril 2026 au Centre Culturel Algérien de Paris.
Lors d’une soirée organisée par l’association Les amis de Salama, Kamel Louafi a fait découvrir une œuvre encore trop méconnue. Devant un public curieux, le documentaire Le Vol du Jardinier Nomade — réalisé par Jan Trottnow et co-conçu par Kamel Louafi lui-même — a été projeté pour la première fois dans ce cadre.
Biskra, Abu Dhabi, Berlin… Les jardins de Kamel Louafi
Disponible sur YouTube, le film dresse le portrait d’un homme de 73 ans qui a façonné des jardins aux quatre coins du monde. Parmi ses réalisations : les jardins de l’Exposition universelle EXPO 2000 à Hanovre, la mosquée Cheikh Zayed à Abu Dhabi, le parc Ziban Palmeraie à Biskra, ou encore le jardin islamique oriental des Jardins du monde à Berlin.
Aujourd’hui retraité, Kamel Louafi n’a pourtant pas posé ses crayons. Comme il le confie lui-même : «Aujourd’hui je ne fais que des expositions, des conférences, j’écris des livres et surtout, je transmets le savoir aux étudiants.»
Pourquoi cette projection, pourquoi maintenant ?
C’est Hassina Hadj Sahraoui, présidente de l’association Les amis de Salama, qui est à l’initiative de cette soirée. La rencontre avec Kamel Louafi remonte au Salon du Livre d’Alger. Ainsi, elle découvre l’étendue de son œuvre lors d’une vente-dédicace. «J’ai été émerveillée et surtout très fière de voir qu’un Algérien soit reconnu mondialement», confie-t-elle.
«Je me suis immédiatement dit qu’il fallait que tous les Algériens puissent découvrir ses travaux.»
Un sentiment largement partagé. Malgré une carrière internationale exceptionnelle — plus de 90 projets remportés, 15 livres publiés en arabe, en français, en allemand et en anglais, ainsi que plusieurs documentaires —, Kamel Louafi reste méconnu du grand public algérien.
Lui-même en sourit, à travers une anecdote révélatrice : « Ma mère m’appelait Kamel j’naini (jardinier), pas architecte. »

Une œuvre qui dépasse les frontières et les générations
La projection du Vol du Jardinier Nomade a également soulevé une question plus profonde : celle de la place du paysagiste algérien dans le monde et de la transmission d’un savoir-faire unique. Car ce qui distingue Louafi des autres, c’est sa capacité à fusionner Orient et Occident, poésie et technique.
«La dimension poétique de mes créations a pris une énorme place dans mon travail puisque c’est ce qui me différencie des autres», explique-t-il. «J’ai gagné 90 à 100 projets dans ma carrière et les grandes différenciations avec mes concurrents résidaient dans ma capacité à être poétique, diversifié et exotique.»
L’avenir du métier semble aussi le passionner. Il évoque notamment les recherches en cours sur des jardins non allergisants en Europe.
>Un message d’espoir porté par un homme qui résume son œuvre en une phrase : « J’aimerais qu’on retienne de mon documentaire que le jardin est un luxe. »
Le Vol du Jardinier Nomade est disponible sur YouTube. Ne passez pas à côté.

