Il y a dix ans, quelques femmes voulaient juste un endroit à elles. Pas un média, pas un projet éditorial — une page Facebook qui ressemblerait à un journal intime, loin des espaces féministes où elles se sentaient à l’étroit.
Le 5 juillet 2015, jour de fête nationale, Amel Hadjadj et ses cofondatrices lancent le Journal Féministe Algérien. Six ans plus tard, le 8 mars 2021, la structure est officiellement enregistrée comme fondation — avec des membres à Alger, Constantine, Béjaïa, Biskra, Tébessa, Adrar, Guelma, Aïn Defla et Batna. Personne ne se doutait encore de ce que ça allait devenir.
Un féminicide change tout : pourquoi le Journal Féministe Algérien est devenu un média féministe
Août 2016. Amira Merabet est immolée vive à Constantine. Elle meurt le 5 septembre. Dans les médias algériens, le traitement est catastrophique : la victime sous-entendue coupable, l’agresseur minimisé. Amel Hadjaj se rend chez la famille, rentre et écrit. Elle signe l’article de son vrai nom pour la première fois. Le lendemain, des rédactions nationales et internationales reprennent le texte en citant le JFA comme source.
Ce moment dit quelque chose d’essentiel : quand les femmes racontent elles-mêmes ce qui leur arrive, ça ne sonne pas pareil. C’est une autre histoire, littéralement.
Depuis 2019, le journal devient un relais pour les mouvements féministes qui s’organisent dans tout le pays. Puis le Covid arrive, les collectifs s’épuisent. En 2020, les membres du JFA se réunissent et posent directement la question : c’est quoi la suite ? La réponse : une organisation structurée autour de deux axes — un pôle militant de terrain, et un pôle création. C’est ce deuxième axe qui donne naissance à Rana Hna.
Rana Hna, le programme qui forme des femmes à filmer, enregistrer et écrire
Rana Hna — « nous sommes là » en darija — c’est le programme de création de contenus du JFA. Son slogan : créons nous-mêmes pour nous-mêmes. Derrière, une frustration très concrète : chaque fois que le journal faisait appel à des personnes extérieures pour produire du contenu visuel ou sonore, le regard imposé n’était pas féministe. La solution ? Former directement les militantes à devenir autonomes derrière une caméra, un micro, un clavier.
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La première édition démarre en 2020 avec douze participantes venues de plusieurs collectifs. C’est expérimental, bricolé, intense. Bahia Benchikh El Fegoun, Khadidja Markemal, Sonia Kessi, Sonia Ahnou et Rima Kerkbane les encadrent sur l’écriture, l’image et le son — souvent bénévolement. Quatre ans plus tard, en février 2024, les premières projections ont lieu : trois courts-métrages, des podcasts, quelques articles.
« L’idée était vraiment de devenir indépendante en matière de création… une fois qu’on est indépendante, on aura le luxe de vouloir faire des choses engagées, sans censure, sans contraintes. » Amel Hadjadj.
Les premières œuvres issues de Rana Hna commencent à circuler. Taazrit de Kaouther Dernouni (Arinas), Sitnah d’Asma Chalal et Khardja Tri9 d’Amal Khetab poursuivent leur parcours en festivals.
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Courts-métrages, podcasts, revue : ce que le JFA prépare pour 2025-2026
Trois courts-métrages sont actuellement en tournage. Des podcasts sont déjà en ligne. Une revue se prépare, à parution trimestrielle. Une installation radio permanente facilite l’enregistrement pour le journal et pour d’autres collectifs. Le montage des nouveaux projets est attendu pour le printemps 2026.
Ce que construit le JFA depuis dix ans, est un espace où des femmes apprennent à maîtriser les outils qui servent à raconter le monde — pour enfin raconter le leur, sans demander la permission à personne.


