Passée d’une carrière dans la finance à la transmission d’un matrimoine ancestral, Linda Louchi incarne le renouveau des traditions algériennes, avec son projet Jedda Zakia, hommage à sa grand-mère, elle invite les femmes, notamment celles de la diaspora, à redécouvrir la puissance des contes, des plantes et des rites oubliés.
Linda Louchi ne ressemble pas à la guérisseuse stéréotypée que l’on pourrait imaginer, avec ses recettes miracles et un tas de fumée Originaire de Skikda, dans l’Est algérien, elle a grandi entre la ville et les terres rurales de sa famille. Là où la mer rencontre la montagne, la nature dicte ses remèdes. C’est auprès de sa grand-mère, Zakia, et de sa grand-tante Aïcha qu’elle a appris les secrets de la médecine par les plantes et de la guérison énergétique. Ces femmes, discrètes mais respectées, soignaient le mauvais œil, accompagnaient les grossesses et transmettaient un savoir oral précieux.
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Pourtant, le chemin de Linda ne semblait pas tracé dans cette voie. Après des études en banque et assurance en France, elle fait un constat amer pendant le confinement. La diaspora s’intéresse alors massivement aux médecines alternatives, souvent vidées de leur contexte et marquées par l’appropriation culturelle. Elle décide de quitter sa carrière financière. « On a tout le nécessaire chez nous, pourquoi ne pas le mettre en avant ? » se dit-elle, amorçant ainsi un retour aux sources.
“Mon premier savoir est né dans un lieu simple et vivant : entre les mains et les paroles des anciennes de ma lignée, ces femmes médecines parmi lesquelles se tenait ma grand-mère Zakia. Elles m’ont transmis une manière d’être, de comprendre et de soigner le monde.”
De la théorie à la pratique : la naissance de Jedda Zakia
Le projet Jedda Zakia n’est pas seulement un nom, c’est une mission. En hommage à son aïeule, Linda se forme officiellement comme thérapeute et herboriste en France, bien qu’elle avoue que la vraie connaissance se trouve dans la transmission orale endémique et locale. Elle commence par éduquer via les réseaux sociaux, brisant les tabous et distinguant la médecine traditionnelle du charlatanisme.
Mais, la théorie ne suffit pas. Après quatre ans de présence sur les réseaux, Linda veut faire vivre la tradition et la culture. Elle lance alors des voyages de « tourisme culturel » spécifiquement féminins. Loin du tourisme classique, souvent centré sur les musées, ces séjours plongent les participantes dans le vif des traditions.
À Alger, elles découvrent les rites du henna et les histoires des femmes de la Casbah. En Kabylie, elles célèbrent Yennayer sur place. Bientôt, c’est vers l’Oranie que Linda souhaite emmener ses groupes.
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Un sanctuaire pour les femmes et la parole
La particularité de Jedda Zakia est son approche centrée sur le matrimoine : le projet s’adresse uniquement aux femmes. L’objectif est de favoriser un échange libre, sans regard masculin, pour renouer avec un « matrimoine » immatériel. Linda agit comme conteuse et ravive les veillées de femmes autour des contes, légendes et Bouqala pendant le mois sacré du jeûne. Ces rencontres peuvent être virtuelles ou en présentiel. Pour elle, cette transmission est vitale : « Les contes et légendes ne sont pas que des histoires. Il y a toujours une sagesse derrière, il y a toujours un enseignement. »
Si le succès est aujourd’hui au rendez-vous, le chemin a été semé d’embûches, Linda ayant d’abord été critiquée par certains antagonistes. Aujourd’hui, les mentalités ont évolué et la soif d’authenticité est réelle.
En redonnant vie à ces voix d’antan, Linda Louchi ne se contente pas de préserver le passé. Elle offre aux femmes d’aujourd’hui une boussole pour l’avenir. Entre deux récits de guérisseuses et une veillée sous les étoiles, Jedda Zakia devient plus qu’un projet. C’est un refuge où la mémoire algérienne se réinvente, se guérit et se transmet, de mère en fille, comme une promesse éternelle.
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