La chanson algérienne est en deuil. L’artiste Abdelmadjid Meskoud est décédé ce 14 mai 2026 à Alger, après un long combat contre la maladie. Son nom reste lié à l’un des titres les plus marquants du répertoire populaire algérien, « Ya Dzayer Ya El Assima ». Sortie à la fin des années 1980, cette chanson a traversé les générations et continue d’occuper une place particulière dans la mémoire collective.
Avec sa disparition, le public algérien perd une figure majeure du chaâbi. Abdelmadjid Meskoud avait su imposer un style reconnaissable, porté par une écriture simple, des récits du quotidien et une forte proximité avec son public. Son parcours, construit loin des écoles de musique, témoigne aussi d’un chemin artistique forgé par le travail et la scène.
Abdelmadjid Meskoud, Wlid Belouizdad
Né le 31 mars 1953 dans le quartier d’El Hamma à Belcourt, aujourd’hui Belouizdad, Abdelmadjid Meskoud découvre très tôt la musique. Dès 1969, il commence à jouer de la guitare tout en s’intéressant au théâtre. Il rejoint d’abord la troupe Mohamed Touri, dirigée par Mohamed Tahar Benhamla, puis la Troupe du Théâtre Populaire animée par Hassan El-Hassani.
Autodidacte, il construit progressivement son univers musical. Son passage à Béchar durant le service national lui permet également de perfectionner son sens du rythme et du chant. Malgré quelques apparitions à la télévision, Abdelmadjid Meskoud reste longtemps un artiste de quartier. À cette époque, il anime surtout des fêtes et des mariages.
« Ya Dzayer Ya El Assima », sa chanson testament
La carrière d’Abdelmadjid Meskoud prend une autre dimension en 1989 avec « Ya Dzayer Ya El Assima ». Le titre rencontre alors un immense succès en Algérie. Pourtant, le chanteur interprétait déjà cette chanson lors de fêtes depuis 1987.
L’histoire du morceau est liée à la destruction de son quartier natal d’El Hamma. Très marqué par la démolition de sa maison familiale, l’artiste transforme cette douleur en texte musical. Au fil du temps, le poème évolue pour devenir « Ya Dzayer Ya El Assima », aujourd’hui considéré comme l’un des grands classiques de la chanson algérienne.
Cette œuvre a largement contribué à faire connaître Abdelmadjid Meskoud auprès du grand public. Elle reste aussi l’un des titres les plus associés à Alger et à la mémoire populaire de la capitale.
Abdelmadjid Meskoud et l’orchestre El Gusto
Abdelmadjid Meskoud a également marqué le public par son passage au sein de l’orchestre El Gusto, créé par la réalisatrice Safinez Bousbia. Ce projet réunissait, le temps d’un concert puis d’une tournée mondiale, des musiciens chaâbi algériens et pieds-noirs autour du patrimoine musical algérois. Sous la direction d’El Hadi El Anka, fils du maître du chaâbi El Hadj M’Hamed El Anka, l’orchestre comptait notamment Robert Castel, Ahmed Bernaoui, Luc Cherki ou encore Abdelkader Chercham. Abdelmadjid Meskoud y occupait aussi le rôle de maître de cérémonie.
Un parcours marqué par le chaâbi et de nombreuses influences
Au fil de sa carrière, Abdelmadjid Meskoud s’impose comme une figure reconnue du chaâbi. Son orchestre, créé en 1984, réunit plusieurs musiciens, dont Krimo Ben Allaoua, Hakim Ben El-Djouzi, Zouhir Djemaï, Redouane Ben El-Djouzi, Ahmed Berrour et Abdelkader Dali.
L’artiste écoutait également de nombreux chanteurs français comme Jacques Brel, Édith Piaf, Georges Brassens ou encore Léo Ferré. Il exprimait aussi son admiration pour des figures majeures du patrimoine musical algérien, notamment Cheikh El Hasnaoui et El Hadj M’Hamed El Anka.
Grâce à cette diversité d’influences, Abdelmadjid Meskoud a apporté un nouveau souffle à la chanson chaâbi durant les années 1990.

