Figure marquante de l’histoire algérienne, Omar Racim demeure pourtant largement méconnu du grand public. C’est pour réparer cet oubli qu’une conférence lui a été consacrée le 22 avril dernier, dans le cadre des « Mercredis du Savoir ». Elle était animée par son petit-neveu, le Dr Abderrahman Ali Khodja, fils du peintre Ali Khodja, à la Grande Mosquée de Paris.
Cette conférence a offert au public une immersion riche et nuancée dans le parcours d’un homme aux multiples talents, à la croisée de l’art, de la spiritualité et de l’engagement politique.
Un héritage familial au cœur d’un destin artistique
À la suite de cette conférence, Dzdia a rencontré le Dr Abderrahman Ali Khodja. Lors de cet entretien, il a accepté de se confier. Il a partagé avec nous un regard à la fois personnel, historique et engagé sur cette figure majeure de la culture algérienne. Le conférencier a également tenu à préciser son lien avec le sujet :
« Je suis chirurgien-dentiste de formation et passionné par l’histoire ancienne du vieil Alger et par ses personnages et je suis également le petit-neveu des frères Omar et Mohammed Racim », a-t-il confié, soulignant ainsi une transmission à la fois familiale et culturelle.
Issu d’une lignée d’artisans et d’artistes algérois, Omar Racim a grandi dans un environnement propice à l’éveil artistique. Son grand-père, calligraphe miniaturiste, avait ouvert un atelier marquant pour toute une génération. Son père et son oncle excellaient également dans la calligraphie, la miniature et la sculpture sur bois.
« Il a été bercé dans un monde culturel », rappelle le Dr Ali Khodja, insistant sur l’influence déterminante de cet héritage.

Un artiste aux multiples facettes
Au fil de la conférence, Omar Racim apparaît comme une personnalité plurielle. Il est à la fois homme politique engagé, peintre miniaturiste, homme de culte et même musicologue. Cette diversité témoigne d’une grande richesse intellectuelle et d’une curiosité rare.
Mais c’est surtout dans le domaine artistique qu’il s’illustre. Contrairement à une simple reproduction des styles anciens, Racim a su insuffler une véritable modernité à son art.
« Il a révolutionné par ses couleurs chatoyantes et sa calligraphie. Il n’a absolument pas repris ce qui se faisait auparavant », explique le conférencier.
Son œuvre se distingue ainsi par l’intensité de ses couleurs et la finesse de ses compositions, devenues aujourd’hui sa signature.
Un engagement politique fort et courageux
Au-delà de l’artiste, la conférence a aussi mis en lumière l’homme engagé. Défenseur des idées nationalistes et du panarabisme, Omar Racim a milité activement pour l’indépendance de l’Algérie. Cet engagement lui a coûté une condamnation à mort en raison de ses activités politiques et de ses liens avec le FLN.
Malgré les épreuves, il poursuivit son combat par la plume. « Il a continué le combat par ses écrits, ses revues et ses livres », précise Abderrahman Ali Khodja, évoquant cependant les difficultés rencontrées pour publier ses travaux, souvent freinés par des obstacles administratifs et financiers. Tragiquement, il n’a pas vécu assez longtemps pour voir l’indépendance de son pays se concrétiser.
Une œuvre rare et un héritage fragile
Si l’importance de son travail est aujourd’hui reconnue, ses œuvres restent difficilement accessibles.
« Malheureusement, il y a peu d’œuvres d’Omar Racim dans les musées […] la majorité se trouve dans des collections privées », regrette le conférencier.
Quelques pièces sont néanmoins conservées à Alger, notamment au musée des Antiquités.
La transmission de cet art perdure toutefois à travers l’enseignement de la calligraphie, notamment à l’École des Beaux-Arts d’Alger, perpétuant ainsi une tradition que Racim a contribué à enrichir.

Deux frères, deux révolutions artistiques
La conférence a également permis d’évoquer la relation artistique entre Omar Racim et son frère, Mohammed Racim, autre grande figure de la miniature algérienne. Si tous deux ont marqué leur discipline, leurs approches diffèrent sensiblement.
« Mohammed Racim est le premier à avoir utilisé la perspective dans la miniature », souligne Abderrahman Ali Khodja, rappelant l’ampleur de cette innovation à l’échelle internationale.
Redonner sa place à une figure oubliée
Cette conférence s’est imposée comme un moment de transmission et de réhabilitation. À travers un récit mêlant histoire, art et mémoire familiale, Dr Abderrahman Ali Khodja a su redonner vie à une figure injustement reléguée dans l’ombre.
« J’ai été très heureux de cette conférence. C’est malheureux qu’il soit pratiquement méconnu dans son propre pays », a-t-il déclaré avec émotion.
Un constat qui résonne comme un appel à redécouvrir et valoriser l’héritage d’Omar Racim, dont l’œuvre et le parcours méritent pleinement de retrouver leur place dans la mémoire collective.





