L’année 2026 est l’année du Raï. Du moins pour l’historienne Naïma Yahi et la chanteuse Samira Brahmia. Après une exposition sur le Raï à l’Institut du Monde arabe de Tourcoing, une tournée des instituts français en Algérie ainsi qu’une exposition qui se tient jusqu’au 20 septembre au château de Saint-Ouen avant de rejoindre la Seine Saint-Denis dans le cadre de la Saison Méditerranée. Naïma Yahi participe à l’organisation du 40ème anniversaire du festival de Raï à Bobigny le 2 octobre 2026. A cette occasion, ces deux spécialistes reviennent sur ce chant aussi traditionnel que moderne.
Le Raï est souvent imaginé comme une simple musique de fête. Peu importe qu’on y parle des difficultés à grandir, de la violence de la vie ou d’un cœur brisé. Tant que la derbouka est martelée, beaucoup continueront de danser sans se poser de questions. Pourtant, le Raï ne se résume pas aux chansons de fête. Il raconte aussi des sentiments, des histoires et des parcours. Depuis 2022, il est reconnu comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

Le Raï comme simple divertissement
Naïma Yahi, historienne spécialisée dans l’immigration maghrébine et docteur en histoire culturelle, explique que le raï « est le patrimoine de l’ouest algérien de langue populaire qui nous raconte avec sincérité et liberté ». Il est né au début du XXe siècle et prend alors la forme d’un chant porté par les cheikhs, qui racontent la vie et la poésie de leur époque. L’amour, la mort, la liberté ou encore la résistance nourrissent leurs textes. Samira Brahmia souligne ainsi que le Raï porte en lui des témoignages et la mémoire de plusieurs époques.
Une musique pour se réconcilier
Naïma Yahi replace l’évolution de la perception du Raï dans une histoire familiale et générationnelle. Elle montre ainsi comment le genre musical accompagne plusieurs générations.
Elle explique que, dans les années 1980, apparaît ce que l’on appelle la « génération beur ». Celle-ci grandit avec les grandes voix du Moyen-Orient, comme Fairuz, Oum Kalthoum ou Abdel Halim Hafez, mais aussi avec les « chants de l’exil ». Dans le même temps, le Raï gagne progressivement l’espace public en France. Il devient alors un marqueur social et politique pour les enfants d’immigrés et leurs familles.

Ainsi, le genre musical raconte leur histoire tout en célébrant l’amour et la vie. Il contribue aussi à renouer avec la culture de leurs parents. Dès lors, le Raï devient une source de fierté. Il permet à cette jeunesse de trouver sa place dans l’espace public français et devient l’un des symboles des quartiers populaires où elle grandit.
Le tournant des années 80
Les années 1980 riment aussi avec la désormais célèbre « Marche des Beurs », organisée en 1983 pour l’égalité et contre le racisme. Elle illustre la volonté d’une partie de la jeunesse de défendre un monde plus juste et plus libre. La musique accompagne alors ce mouvement et devient sa bande-son.
Trois ans plus tard, du 22 au 26 janvier 1986, le premier festival de Raï de France est organisé à la Maison de la culture de Bobigny (MC93). Le projet naît de la collaboration entre son directeur, Michel Levy, et le militant associatif algérien Mohamed Maïz. Il réunit Cheikha Remitti, figure du Raï oranais, ainsi que Cheb Khaled, Cheb Mami, Cheba Fadela et Cheb Sahraoui devant près de 1 200 spectateurs.

Raï comme synonyme du « blues » algérien
Le Raï porte ainsi une histoire mouvementée, mais aussi une manière particulière de raconter les émotions et les expériences de la vie. Naïma Yahi et Samira Brahmia lui reconnaissent une identité musicale forte.
Samira Brahmia rapproche notamment le Raï du blues. Elle souligne leur intérêt commun pour les amours impossibles, les histoires personnelles et une écriture chargée d’émotions. De son côté, Naïma Yahi décrit le Raï comme une musique « d’écorché vif ».
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Continuer de se réinventer
Samira Brahmia, tout comme Naïma Yahi, met en avant le fait que le Raï doit continuer de se transmettre. Une transmission à laquelle elles participent elles-mêmes, notamment lorsque Samira raconte qu’elle a co-écrit des chansons de Raï en langue française au sein d’un établissement de Bobigny. De même, à travers divers événements, notamment la nuit du Raï organisée dans le cadre des Nuits de Fourvière à Lyon, à laquelle Naïma Yahi a participé à l’organisation, elles contribuent à transmettre le Raï et leur passion comme élément central du patrimoine.
Une transmission qui a encore de beaux événements devant elle. À l’occasion du 40ème anniversaire du festival du Raï de Bobigny, le 2 octobre à venir, Naïma Yahi et son équipe organisent le spectacle musical Opéraï Volume 1 avec en tête d’affiche des artistes reconnues comme Samira Brahmia, Meziane Amiche ou encore Sheikha Hajela pour chanter des titres de PopRaï indémodables des années 80 à aujourd’hui. Lors de cette soirée qui se tiendra à la MC93, Naïma Yahi continuera de parler du Raï et de son rapport à la musique sur fond d’archives. Enfin, la soirée se terminera en after à la salle du Canal 93 avec un mix porté par DJ Kim.


