À Paris, la scène chaâbi s’apprête à vivre un moment fort. Le 19 décembre, Kamel El Harrachi au Babour Sauvage vient prolonger la série P’tit Moh et ses matelots, lancée en début d’année et déjà bien suivie. Cette soirée consacrée au chaâbi se distingue par la présence d’un artiste dont le parcours reflète une histoire familiale profondément liée à ce genre musical, entre transmission et création personnelle.
La série P’tit Moh et ses matelots, un rendez-vous musical qui prend de l’ampleur
Pensée et portée par le musicien P’tit Moh, la série a démarré en janvier avec une formation initiale en trio. Rapidement, l’envie d’inviter d’autres artistes s’est imposée, donnant naissance à une programmation évolutive. À chaque date, de nouveaux musiciens rejoignent le projet, offrant un regard renouvelé sur les musiques algériennes et sur les styles qu’elles englobent.
Après plusieurs soirées marquantes, dont celle avec Amine Tamache en novembre, le Babour Sauvage accueille désormais Kamel El Harrachi, figure incontournable du chaâbi.

Un artiste façonné par un héritage familial fort
Auteur, compositeur et interprète, Kamel El Harrachi est né au sein d’une famille ancrée dans l’histoire du chaâbi algérois. Son grand-père s’installe à Alger en 1920, devient muezzin à la Grande Mosquée, puis la famille s’établit à Belcourt avant de rejoindre El Harrach, quartier qui inspirera le nom de scène de son père, Dahmane El Harrachi.
En 1991, Kamel reprend lui aussi ce nom de scène pour préserver la mémoire paternelle. Installé à Paris depuis le début des années 1990, il contribue à l’évolution du chaâbi classique. Son premier album, Ghana Fennou, associe des titres de son père à ses propres créations, révélant une approche respectueuse et ouverte.
Il a également participé à plusieurs collaborations internationales et s’est produit sur des scènes variées, comme les Bouffes du Nord ou l’Espace François Mauriac à Sevran.
À Dzdia, il explique : « Comme vous le savez, j’ai grandi dans le milieu du chaâbi. J’accompagnais parfois mon père lors de ses compositions mais au départ je ne pensais pas suivre cette voie. Cette vocation s’est installée peu à peu.»
Kamel El Harrachi au Babour Sauvage : un concert porté par la mémoire et la création
Pour cette nouvelle date, Kamel El Harrachi rejoint P’tit Moh au banjo, entouré de Azzedine Rami à la derbouka et Halim Idres au violon. Ensemble, ils proposeront un répertoire où les œuvres de Dahmane El Harrachi côtoient les compositions de Kamel, dans une continuité naturelle entre héritage familial et expression artistique personnelle.
L’artiste confie à Dzdia : « Je ne me vois pas monter sur scène sans rendre hommage à mon père. Le public retrouvera des classiques de son répertoire, ainsi que mes propres créations. Une forme de dialogue père fils. »
Il évoque aussi la diversité musicale du pays : « L’Algérie est un pays d’une grande richesse musicale, avec des styles variés selon les régions. Pour ce qui concerne le chaâbi, je pense qu’il gardera toujours une place importante dans la musique algérienne actuelle. »
Un style porté par la transmission et une nouvelle génération
Au fil de ses concerts, Kamel El Harrachi observe l’évolution de son genre de prédilection. Il souligne notamment l’intérêt accru d’un public plus jeune et la présence de nombreuses femmes qui s’approprient le chaâbi. Selon lui :
« Il y a une relève qui arrive, mais comme pour tout, elle a besoin de soutien et de transmission. C’est de cette façon que ce style poursuivra son chemin. »
Il rappelle aussi qu’au-delà de la diaspora, le chaâbi touche un public large, sensible à sa proximité avec le quotidien et les histoires qu’il porte.
Kamel El Harrachi au Babour Sauvage, une nouvelle étape pour P’tit Moh et ses matelots
Le concert de Kamel El Harrachi s’inscrit pleinement dans l’esprit de la série P’tit Moh et ses matelots, qui propose de découvrir la richesse des musiques algériennes dans un cadre accessible et proche du public. Sur la péniche du Babour Sauvage, la voix et les compositions de l’artiste trouvent un écho direct auprès des spectateurs, dans une relation de partage et d’écoute attentive. Cette soirée ne se limite pas à un simple concert : elle marque une continuité dans le parcours de Kamel, entre hommage à son père et affirmation de son propre style, tout en illustrant le rôle du Babour comme espace de rencontre et de diffusion pour la scène musicale algérienne à Paris.
