
Comment une soirée peut-elle ramener tout un public vers une mémoire collective parfois mise de côté ? Ce jeudi 13 novembre, le Babour Sauvage a accueilli un moment fort porté par Hocine Boukella, alias Cheikh Sidi Bémol, qui a offert au public un voyage musical unique autour des chants marins kabyles. La salle était pleine, l’ambiance chaleureuse et une symbiose entre l’artiste et le public immédiate, comme si chacun retrouvait des histoires familières.
Les chants marins kabyles au cœur d’un hommage
Depuis plusieurs années, Cheikh Sidi Bémol explore et réunit les chants marins kabyles, un répertoire rare mais très présent dans la mémoire collective de la Kabylie. À Dzdia, il confie : “Le concert était incroyable. Il y avait beaucoup de monde, ils chantaient avec moi et connaissaient toutes les chansons. Ce soir, j’avais vraiment l’impression d’être entouré de marins kabyles”.
Ces chants abordent des thèmes universels que le public reconnaît immédiatement : la mer, les liens humains, l’amour ou encore la survie. “Certains morceaux remontent au 18ème siècle”, explique-t-il à Dzdia. “Pourtant, ils parlent de choses que tout le monde comprend. Ces chansons ne vieillissent pas”.
Un véritable travail d’adaptation
Le répertoire présenté par Cheikh Sidi Bémol existe grâce à un long travail mené avec le poète kabyle Ameziane Kezzar, qui a collaboré à la recherche, à la traduction et surtout à l’adaptation des textes.
“On a travaillé ensemble sur les chants maritimes kabyles, sur les chansons de pêcheurs et de marins”, confie l’artiste à Dzdia. “Ameziane a aussi adapté en kabyle des chansons françaises, américaines ou anglaises. Ce n’était pas juste de la traduction. Il a vraiment donné à ces textes un esprit kabyle. Le public s’y est retrouvé tout de suite, pour lui c’est devenu un patrimoine”.
Ce travail d’adaptation permet aux chants marins kabyles de circuler à nouveau, portés déjà par un livre à 2 tomes.
Quand la musique rencontre le dessin
Dans ce projet, Cheikh Sidi Bémol relie ses deux passions : la musique et le dessin. Inspiré par les récits marins, il a réalisé des illustrations qui accompagnent les chansons dans deux tomes consacrés aux chants marins kabyles. Pendant le concert, ces dessins projetés créent un univers visuel qui prolonge les histoires chantées.





“J’ai toujours eu deux passions : la musique et le dessin”, explique-t-il à Dzdia. “J’étais heureux de travailler sur ces albums car on a publié des livres avec les textes en kabyle et en français, les partitions et surtout les dessins. Ça m’a permis de revenir au dessin et d’illustrer chaque morceau”.
Pour lui, le lien entre les deux arts est évident : “Quand je fais une chanson ou un dessin, j’essaie toujours de résumer une histoire ou une idée en quelques minutes ou en une seule image”.
Un vaste répertoire dédié aux chants marins kabyles
Le projet s’est construit sur plusieurs années.
“Le répertoire a été publié en plusieurs étapes”, raconte-t-il à Dzdia. “Il y avait autour de quarante chansons. On a sorti un premier tome en 2007, puis un deuxième en 2013. On voulait faire un troisième mais on n’a pas eu le temps. Peut-être qu’un jour ça se fera, ou que quelqu’un reprendra le relais”.Ces recueils constituent aujourd’hui une ressource précieuse pour comprendre la place des chants marins kabyles dans l’histoire culturelle universelle.
