Dans le cadre du 71e anniversaire de la Révolution du 1er novembre 1954, le Centre Culturel Algérien de Paris a offert, du 10 au 13 novembre 2025, une carte blanche à l’un des visages les plus emblématiques du cinéma algérien : Ahmed Bedjaoui. Producteur, écrivain, professeur d’université et critique reconnu, celui que le public surnomme affectueusement « Monsieur Cinéma » a conçu un programme exceptionnel, dans un esprit à la fois critique et didactique.

Un parcours dédié au cinéma algérien
Diplômé de l’IDHEC, figure majeure de la RTA dans les années 1970-1980, animateur du mythique Télé Ciné Club pendant près de vingt ans, auteur et critique prolifique, Ahmed Bedjaoui a consacré sa vie entière à défendre et faire rayonner le cinéma algérien. Son engagement lui a valu de nombreuses distinctions, dont la prestigieuse médaille Federico Fellini de l’UNESCO.
Un choix de films guidé par l’émotion
Interrogé par Dzdia sur la sélection, Ahmed Bedjaoui explique avoir privilégié des œuvres « de cœur », capables de toucher le public par leur force narrative. La programmation s’est ouverte sur le documentaire Ciné-Guerrillas : Scènes des archives Labudović de Mila Turajlić, présenté en présence de la réalisatrice. Un film profondément émouvant, construit à partir d’images inédites tournées au cœur de la Guerre de libération algérienne.
La soirée s’est poursuivie avec deux œuvres aux tonalités contrastées avec Le Puits de Lotfi Bouchouchi, un drame intense et profondément humain et Tahia ya Didou de Mohamed Zinet, joyau du cinéma algérien, mêlant poésie, humour et regard tendre sur Alger.
« Un mélange de gravité, d’humour, mais aussi d’espoir, porté par une jeunesse prête à reprendre le flambeau », confie Bedjaoui.
Le cycle s’est prolongé avec London River de Rachid Bouchareb, que Bedjaoui considère comme l’un des films les plus subtils du réalisateur. Le drame rapproche deux parents que tout oppose, dans une quête poignante après les attentats de Londres en 2005.
Enfin, la rétrospective s’est clôturée avec Vivre au Paradis de Boualem Guerdjou, en présence de l’actrice Fadila Belkebla. Le film revient sur la vie des immigrés algériens dans les bidonvilles de Nanterre au début des années 1960, au moment où l’Histoire bascule vers l’indépendance. Pour Ahmed Bedjaoui, terminer sur ce film résonne particulièrement :
« Il est essentiel de rappeler ce que la diaspora algérienne a apporté à la pensée universelle, et de ne jamais oublier le 17 octobre. »
Avec « Visions d’Algérie », Ahmed Bedjaoui a proposé plus qu’une simple rétrospective : un voyage à travers les images qui ont raconté, filmé et porté l’Algérie. Un hommage vibrant à un peuple, à son combat et à son cinéma, qui continue d’inspirer les nouvelles générations.
