Avec les œuvres du peintre Hamsi Boubeker, la Grande Mosquée de Paris a fêté un Yennayer 2976 tout en couleurs, le week-end du 17 et 18 janvier 2026. Une immersion dans la culture amazigh à travers cinq espaces thématiques, entre tableaux naïfs de villages kabyles, contes illustrés et expressions artistiques en tous genres.
«Pendant deux jours, j’ai laissé les clés de la Mosquée de Paris à notre frère Hamsi Boubeker ! », se réjouit le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, au milieu du public venu garnir la salle Émir Abdelkader.
Le monument sacré niché au cœur du 5e arrondissement de Paris était à la fête, le week-end du 17 et 18 janvier 2026, à l’occasion de la célébration du nouvel an amazigh, Yennayer 2976. Une nouvelle année célébrée à travers les oeuvres du peintre et illustrateur kabyle Hamsi Boubeker. Une exposition éphémère articulée en cinq espaces pour faire vivre de manière plurielle, la culture amazigh.


1 – La Terre est mon village ou la fête de Yennayer en tableaux
Les visiteurs ont d’abord pu apprécier une série de toiles au style très naïf, pâte de Hamsi Boubeker. Des oeuvres issues de la collection La Terre est mon village. Un ensemble de tableaux qui chantent, par leurs couleurs, le bouillonnement de la vie villageoise du peintre dans les hauteurs de Babors, à Béjaïa.




« Ca va du mariage aux cueillettes, à la solidarité du quotidien…», passe en revue l’artiste-peintre qui a mis un point d’orgue dans ses œuvres sur des scènes de joies illustrant la fête de Yennayer.
« L’art que je porte aujourd’hui est une vitrine qui peut créer des ponts entre les générations », assure-t-il. De l’autre côté de la salle, à proximité des tables remplies de bonbons, se faufilent quelques enfants habillés en tenues berbères.
2 – Le langage secret des motifs tissés
Des écrins de couleurs qui offrent une place centrale à la femme kabyle. Tout comme les tableaux de la collection Paroles tissées et Motifs tissés, le deuxième espace de l’exposition. Des oeuvres qui s’attachent aux symboles ancestraux des femmes amazighes. « Ces motifs étaient tracés sur nos poteries et nos murs et ils étaient aussi un langage secret », rappelle Hamsi Boubeker.



« Quand on rentrait dans une maison kabyle et qu’on voyait des motifs sur le mur, c’était un message secret entre les femmes. Celle qui recevait ses cousines ou d’autres villageoises leur parlait à travers ces signes. Elle leur disait si elle était heureuse ou non, si son mari la battait… », explique-t-il.
3 – Un hommage au poète errant Si Mohand ou M’hand
Un Yennayer qui était aussi l’occasion de mettre en valeur l’une des figures les plus emblématiques de la poésie kabyle : Si-Mohand ou M’hand. Surnommé le poète errant, cette figure des plus contestataires a perpétué l’héritage artistique amazigh jusqu’à sa mort en 1905, dans une Algérie alors sous occupation française.
En artiste touche-à-tout (entre chant, musique, peinture et contes), Hamsi Boubeker lui a rendu hommage à travers quelques poèmes et extraits de son livre Empreintes – Hommage à Si Mohand ou M’hand, illustré de graphismes berbères (Éditions Le Flambeau, 1994).
4 – Des contes pour transmettre l’amazighité aux plus jeunes
L’artiste de 73 ans a également offert un espace aux enfants. Avec l’ojectif de « leur transmettre la culture des contes amazighs, de cette tradition orale ». « Je voulais sauvegarder ces histoires que ma grand-mère me racontait », révèle-t-il.
Le récit légendaire de Vava Inouva en premier lieu. Ce célèbre conte traditionnel kabyle, rendu mondialement connu par la chanson d’Idir. L’histoire d’une petite fille qui sauve son père d’un ogre affamé. Une histoire transposée en dessin animé par l’artiste et projetée en continu dans la salle.
5 – Les Mains de l’Espoir, une oeuvre pour la paix
Une célébration ouverte sur le monde également avec Les Mains de l’Espoir, un projet international en faveur de la paix. Un ensemble de calques de mains de personnalités qui se sont illustrés en faveur de « l’édification d’un monde plus harmonieux ». « Comme le Pape François, Yasser Arafat, le docteur Mukwege et d’autres prix Nobel », précise Hamsi Boubeker.


Toutes ces mains vont ensuite être réinstallées sur les murs de la station de métro Lemonnier à Bruxelles. Une station déjà couverte des précédents dessins de mains recueillis par le peintre algérien. Lui qui est installé en Belgique depuis plus de 40 ans.
Une œuvre des plus symboliques autour « de la paix, de la fraternité et du vivre-ensemble ». Des concepts que l’artiste kabyle n’a cessé de répéter tel un mantra dans l’enceinte sacrée de la Mosquée de Paris.


