L’âme des marins kabyles a pris de nouveau possession du pont craquant du Babour Sauvage, vendredi 13 février 2026, lors d’un spectacle musical, aux allures d’odyssée, naré et chanté par Cheikh Sidi Bémol. Un voyage immersif en lumière et en sons, à travers les ports de Kabylie, qui continue de faire chavirer son public depuis près de vingt ans.
Des légendes du monde marin qui jaillissent comme des échos du fond d’une taverne ! Voilà une vingtaine d’années que Cheikh Sidi Bémol redonne vie à ces histoires le temps d’un concert. A la manière d’un conteur de légendes, le chanteur rock-gourbi a de nouveau plongé le Babour Sauvage – cette péniche amarrée sur la Seine, en plein coeur du Parc de la Villette – dans l’histoire fantastique de ses Chants Marins Kabyles (Izlan Ibahriyen).

Accompagné par un jeu de lumières et d’animations immersives, il nous invite à une longue traversée… Sur le rythme de sa guitare électrique, on y découvre une autre Kabylie, celle “des pêcheurs et des marins”.
« Je veux mettre en lumière ces chants marins peu connus du grand public. On relie toujours la Kabylie à la montagne… Alors qu’on a tout cet univers marin dans notre folklore. Il ne faut pas l’oublier », lâche le chanteur, l’oeil à l’horizon
Une ode aux écumeurs des mers
Aux côtés de son acolyte Abdenour Djemaï et son banjo lumineux, Sidi Bémol fait découvrir, près de 2h durant, “des personnages pittoresques”, pirates de légende et monstres marins à l’accent kabyle. Comme Moh Cachalot “ce plongeur qui se transforma en cachalot après avoir été épris d’amour pour une baleine”.

Ou encore l’histoire d’Uberri, cet homme sans un sous, au destin funeste, qui en vient à parier sa dent en or à la table de jeu d’une taverne malfamée. Un ensemble de chansons adaptées en langue kabyle et devenues presque des classiques de son répertoire avec le temps.
Transmettre la culture aux enfants
“J’ai eu la chance de rencontrer un grand poète Ameziane Kezzar qui travaillait aussi sur ces légendes. Et on a travaillé ensemble. Lui sur les textes, pour les adapter à la culture kabyle, et moi sur la musique et les dessins”, révèle Cheikh Sidi Bémol.

Une série de chansons compilées dans les albums Izlan Ibahriyen I et II (Chants des marins kabyles. Vol I et II). Deux ouvrages comportant des traductions en langue française, des partitions musicales complètes et des illustrations.


Les mêmes illustrations animés et projetés tout au long du concert, sous les yeux rêveurs des enfants et des couples, bercés par le tangage du Babour Sauvage. Comme une mémoire partagée qui fait de la péniche un port d’attache.
Une mère confie, émue : « c’est important pour moi de transmettre cette culture à mes enfants… surtout en France, c’est difficile… alors ça me touche de voir que ça leur plaît ».
Puis Cheikh Sidi Bémol termine en fendant l’air d’un riff sec aux rythmes d’El Muziga repris en choeur. La nuit bascule. “Ressers moi un coup!”, entonne un homme, seul mais souriant, au comptoir… Quand le Babour Sauvage prend des airs de refuge bohème.


