Aïda Amara, journaliste et autrice, a présenté son ouvrage Avec ma tête d’arabe à la librairie Aicha lors d’une rencontre animée par Maya Zerrouki Bendimerad. L’événement, organisé le 2 décembre, a rapidement pris une dimension plus profonde que la simple dédicace. Très vite, la discussion s’est transformée en un moment de réflexion collective autour de l’identité, de la mémoire et du traumatisme.
Un livre né d’un événement bouleversant
À l’origine de ce livre se trouve un événement profondément traumatisant : les attentats du 13 novembre 2015. Rescapée et témoin de l’attaque terroriste du restaurant Le Petit Cambodge, Aïda Amara s’est rapidement tournée vers l’écriture pour tenter de panser ses blessures. « C’est à ce moment-là que je dois me rattacher à quelque chose de tangible, et que je vais fouiller dans cette histoire familiale », confie-t-elle.
Son titre, Avec ma tête d’arabe, s’impose comme une revendication contre le racisme et les amalgames. Il annonce d’emblée sa volonté de déconstruire les assignations identitaires et les préjugés. Il évoque aussi ce terme « arabe », souvent imposé en arrivant en France. L’autrice souhaite reprendre possession de ces mots qui l’enferment, une simplification violente de son identité qui place l’origine avant l’individu.

La mémoire familiale réactivée
Le 13 novembre a également rouvert une mémoire plus ancienne : celle des générations précédentes, marquées par d’autres violences, d’autres guerres et d’autres exils. Un héritage qu’Aïda Amara pensait ne jamais revivre ni transmettre malgré elle. Durant la discussion, elle évoque l’histoire de son père, un homme qui a connu la guerre d’indépendance, l’exil et les douleurs tues de l’immigration.
Ce récit devient alors un point de départ pour une plongée dans l’histoire familiale. Car si le 13 novembre 2015 constitue le choc initial, il agit aussi comme un révélateur d’un passé qui la dépasse. « J’étais censée appartenir à la première génération de ma famille qui ne verrait pas quelqu’un mourir, des fusillades, des corps qui tombent. Tout ça devait s’arrêter avec moi. Sans le vouloir, je replonge mon père dans le passé. Je culpabilise de ne pas aller bien. »
Ce passage dit tout : l’injustice de revivre une violence que les parents espéraient avoir laissée derrière eux, le poids d’être une enfant de l’après-guerre et la culpabilité de ne pas aller mieux que ceux qui ont vécu avant.
Un récit personnel aux résonances universelles
Au-delà du traumatisme et de la mémoire familiale, le livre explore également son héritage entre France et Algérie. L’autrice montre comment les expériences personnelles s’enchevêtrent avec les histoires collectives. Son récit intime résonne chez beaucoup, qui y reconnaissent leurs liens avec la famille, le passé et la transmission.
C’est cette dimension à la fois personnelle et universelle qui donne toute sa force à Avec ma tête d’arabe.

