Dans son dernier roman, Amin, une fiction algérienne, (coédité par Barzakh et Elyzad) Samir Toumi met en scène un écrivain happé par les coulisses insaisissables du “système”. Une intrigue quasi-policière au plus profond des arcanes du pouvoir alors que se prépare un basculement historique pour le pays… Écrit à la veille du Hirak, l’œuvre interroge la course parfois étrange entre réalité et fiction. Dzdia a rencontré l’auteur à l’Institut du Monde Arabe, à Paris, où il présentait son livre. Entretien.

Amin, une fiction algérienne… qu’est ce qu’il faut entendre derrière ce sous-titre “une fiction algérienne” ?
L’idée derrière ce sous-titre est que le réel peut parfois dépasser la fiction. Dans la narration de ce roman, on suit un duo de personnages : l’écrivain Djamel et le mystérieux Amin. Dans leur histoire, il y a cette bataille entre la fiction et la réalité qui fait toute l’intrigue.
“Jeux de dupe et faux-semblants. Rumeurs et calomnies. Un roman à clés construit comme une partie d’échecs” – décrit le coéditeur Barzakh à l’évocation de ce roman, paru en novembre 2024 en Algérie et en novembre 2025 en France.
Djamel est un écrivain à succès en panne d’inspiration. Un soir, cet homme mystérieux du nom d’Amin le démarche pour écrire un roman sur ce qu’il appelle “le système”. Djamel, perdu, accepte le pari et s’embarque dans cette mission des plus étranges où Amin lui présente une série de profils haut-placés qui gravitent autour du pouvoir… Et c’est là que cette espèce de bataille réalité-fiction démarre. Une bataille entre ce qu’écrit l’écrivain et les faits réels.
Qui tirait les ficelles ? Comment se positionnait Amin ? Marionnette ou marionnettiste ? Et moi : de qui étais-je le jouet ? – Extrait du roman Amin, une fiction algérienne
Dans votre roman, on est plongée dans une Algérie sous tensions où un basculement historique semble se préparer… Ironie de l’histoire, vous débutez vous même l’exercice d’écriture quelques semaines seulement avant le Hirak. Coïncidence ?
J’ai commencé à écrire vraiment ce livre en fin d’année 2018, à un moment très précis de l’histoire de l’Algérie, où on sentait ce qui allait arriver. J’ai eu comme une intuition. Le sentiment que des choses allaient se passer et j’ai eu envie d’explorer tout ça. Là aussi il y a toute une réflexion autour de la course entre réel et fictif… Comment le réel a pu dépasser mon imagination. Tout l’intérêt de la littérature est là finalement.
La littérature n’est pas là pour expliquer le réel mais bien pour le questionner. Et c’est ce que je fais à travers ce roman.
Parmi les nombreuses questions que soulève cet ouvrage, il y a notamment celle de la rumeur. Pourquoi vous intéressez vous à ce sujet ?
Lorsqu’il est question du ”système”, pour reprendre ce fameux mot qu’utilise le personnage d’Amin, beaucoup de gens bouillonnent, parlent de choses totalement mystérieuses. On fantasme beaucoup sur le pouvoir…
Comment décrire le pouvoir tout en s’éloignant des fantasmes alors ?
D’abord, il y a eu énormément de travaux scientifiques sur la question du pouvoir. Des travaux qui montrent, par exemple, que c’est un microcosme. Et comme tous les microcosmes, il y a vraiment des personnages types qui se dessinent. Une série de profils qui gravitent autour du pouvoir et qui ne sont pas spécifiques à l’Algérie d’ailleurs. Ce sont ces archétypes que j’explore.
‘Toutes ces personnes sont mes amis… Toi aussi tu es mon ami. Ma maison est la tienne, ma nourriture est la tienne et ces adorables poupées sont aussi les tiennes’, a-t-il annoncé en tendant le bras vers un groupe de demoiselles alignées en brochette sur l’un des canapés… – Extrait du roman Amin, une fiction algérienne
Pour finir, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi le prénom d’Amin est écrit sans un “e” final… Il y a un message subliminal ?
Effectivement, on a l’habitude de mettre ce “e” final au prénom Amine. Je l’ai enlevé pour qu’on se rapproche de la racine première du terme. Celle de la notion d’Amana, la notion de confiance, pour nommer ce personnage mystérieux…
Informations pratiques :
Amin, une fiction algérienne de Samir Toumi
- En Algérie : édité chez Barzakh et disponible en librairie depuis le 3 décembre 2024
- En France : une coédition Barzakh-Elyzad, disponible en librairie depuis le 7 novembre 2025

