Il y a 9 ans jour pour jour décédait Mohamed Tahar Fergani, monument de la musique malouf de Constantine. Il était l’une des plus grandes voix de la chanson classique algérienne.
La nouvelle avait eu l’effet d’une onde de choc. Le mercredi 7 décembre 2016, un voile de deuil recouvrait le quartier de Sidi Mabrouk, à Constantine. Toute la fine fleur de la musique andalouse se réunissait en hommage au maître du malouf, parti avec les honneurs au bout d’une carrière couronnée de succès. A l’âge de 88 ans, “Le Rossignol de Constantine”, Mohamed Tahar Fergani, s’est éteint des suites d’une longue maladie. Il était l’un des derniers grands maîtres du malouf de sa génération.
Ses titres phares comme El Boughi, Ana Lamdalel, Ya Dhalma ou Damai Yadjri, ont marqué des générations d’Algériens. Encore aujourd’hui, le chanteur et violoniste constantinois possède l’un des répertoires les plus emblématiques de la musique arabo-andalouse.
Près de 70 ans de carrière et des centaines de morceaux enregistrés
Né en 1928 à Constantine, “ville du malouf”, le « Rossignol » s’est quelque peu cherché avant d’incarner le genre musical caractéristique de sa ville natale. Son doigté agile au fhel (flûte de roseau) puis à l’archer l’ont fait s’illustrer, d’abord, dans les styles charqui et hawzi.
Mais sous l’impulsion de son père, Cheikh Hamou Fergani, grand maître malouf de son temps, le jeune Mohamed Tahar cède et s’installe finalement dans le registre qui fera sa légende. Le début d’une carrière longue de 70 ans, marquée par des centaines de morceaux.
Une voix intemporelle
Ses capacités vocales extraordinaires lui permettaient de réaliser des grands écarts vertigineux au chant, jusqu’à quatre octaves ! Une prouesse des plus rares qui lui a valu son surnom de « Rossignol de Constantine ».
Avec sa voix chaude et d’une puissante mélancolie, El Hadj Med Tahar Fergani était l’ambassadeur phare du malouf constantinois à l’international. Exportant le genre à travers des concerts grandioses en Europe et dans le monde arabe.
Dans les mémoires, une représentation donnée au siège de l’Unesco (à Paris) en 2008, pour son 80e anniversaire. Le tout, aux côtés de son fils aîné Salim Fergani. Un vibrant hommage pour celui qui aura laissé une marque indélébile dans l’histoire de la musique arabo-andalouse.
« Sa mémoire restera immortelle »
Chez les Fergani, on est initié au malouf dès la petite enfance. Son père (Cheikh Hamou Fergani), sa sœur (Zhor Fergani), ses fils (Salim et Mourad Fergani), son petit-fils (Adlen Fergani)… Tous ont marqué l’histoire de ce style transmis de génération en génération.
Aujourd’hui, pour rendre hommage au plus illustre des Fergani, Constantine baptise écoles et théâtres à son nom. Mais c’est surtout par la voix de ses fils, Salim et Mourad Fergani, et de son petit-fils, Adlen Fergani, que la mémoire du “Rossignol’ perdure. « Sa mémoire restera immortelle”, glissait même sur scène le chanteur Adlen Fergani, à l’occasion d’un concert en hommage à son défunt grand-père, en décembre 2018.
