Il y a des soirées où les mots ne sont pas seulement dits, mais transmis.
Autour de son livre D’origine Algérienne, Iyasoony a engagé une conversation dense sur l’exil, la transmission et la reconquête culturelle, de l’Algérie de la décennie noire à la France d’aujourd’hui. La rencontre, animée par Maya Zerrouki Bendimerad, fondatrice du média culturel algérien Dzdia, s’est tenue à la Librairie Aïcha le 17 décembre dernier.


©Limia Semai pour Dzdia

D’origine Algérienne de Iyasoony : Une parole née d’une génération marquée
Au fil de la discussion, Iyasoony est revenu sur un point fondateur : être né pendant la décennie noire, avec ce que cela implique de peur, d’instabilité et de traumatismes. D’ailleurs, dans son livre, cette période n’est pas un décor lointain : elle pèse sur les trajectoires, sur les silences, sur la manière dont une génération apprend à se construire. Iyas Begriche nous partage avec émotion ce passage pour évoquer ce souvenir.
« Je suis né en 1996, pendant une période très compliquée.
Iyasoony dans D’origine Algérienne
On appelait ça la décennie noire.
Une époque où chaque jour était une victoire.
Chaque retour à la maison, un soulagement.
…
Je suis né à un moment où l’Algérie comptait ses morts chaque soir.
Et pourtant, ce jour-là, elle m’a compté parmi les vivants. »
Arriver en France, puis tenir
Aussi, l’auteur a raconté sa venue en France et les obstacles rencontrés en tant qu’Algérien. Entre les démarches, la fatigue de devoir prouver, expliquer, recommencer. Sans chercher l’effet, il met des mots sur une expérience partagée par beaucoup. D’un côté, l’écart entre le départ imaginé et de l’autre, la réalité concrète de l’installation.
Se reconnecter pour mieux transmettre
Le cœur du livre, et de la rencontre, s’est joué ailleurs. Dans ce mouvement volontaire de retour vers soi. Iyas Begriche a expliqué comment il a cherché, de façon active, à se reconnecter à sa culture depuis un autre pays, comme on reconstruit une maison intérieure loin de la maison d’origine. L’objectif, aujourd’hui, est clair : faire circuler cette matière, la rendre utile, la transmettre.
D’origine Algérienne : La Ghorba, au-delà du mot pour Iyasoony
Enfin, la soirée a remis au centre un terme qui dit plus qu’une distance géographique : la ghôrba. Non pas seulement “être loin”, mais vivre l’éloignement, ses contradictions, ses douleurs, ses élans aussi. D’ailleurs, dans cette librairie pensée comme un pont entre les langues et les héritages, le sujet trouvait naturellement sa place.
Faire récit pour ne pas disparaître
À la Librairie Aïcha, ce 17 décembre, il ne s’agissait pas seulement de présenter un livre. En effet, la rencontre a dessiné une ligne plus large : celle d’une génération qui refuse de laisser sa mémoire se dissoudre, et qui choisit d’en faire un récit, un outil, une passerelle. Une soirée à l’image du lieu qui l’accueillait : un espace où la culture ne se commente pas, elle se construit.

