30 ans après la sortie du film La Haine, le producteur Farid Benlagha réactualise l’œuvre mythique de Mathieu Kassovitz pour l’imposer sur les planches de la Seine Musicale, à Paris, dans une comédie musicale grandiose. Fort de son succès l’an dernier, le show La Haine, jusqu’ici rien n’a changé, au casting très algérien, reprend du service pour une deuxième saison du 18 décembre 2025 au 4 janvier 2026.
Aux confins de l’Ouest-parisien au milieu de l’île Seguin, renaît un film culte vieux d’il y a 30 ans : La Haine. Sous l’impulsion du producteur algérien Farid Benlagha, le chef-d’œuvre primé à Cannes en 1995 est de nouveau la tête d’affiche de l’une des plus grandes salles de spectacles de France: la Seine Musicale. Mais cette fois, Matthieu Kassovitz et sa bande troquent l’écran de cinéma pour les planches de théâtre avec une adaptation en comédie musicale : La Haine, jusqu’ici rien n’a changé.
La nouvelle génération de La Haine
Si le spectacle tente de redonner une seconde jeunesse à ce film, qui a marqué toute une génération d’enfants d’immigrés, l’histoire reste malgré tout la même. Tout commence au lendemain d’une nuit d’émeutes dans une cité de banlieue parisienne après la mort d’un habitant du quartier, tué par la police. Pour trois jeunes du quartier – Saïd, Vinz et Hubert – les heures qui vont suivre cet évènement vont marquer un tournant dans leur vie. « Je n’étais même pas né quand le film est sorti », sourit de toutes ses dents Samy Belkessa, l’un des trois acteurs principaux de la pièce.
Jeune pousse du spectacle vivant, le comédien d’origine algérienne incarne Saïd tout au long des 2h de show, le personnage le plus remuant du spectacle, qui semble coller à la perfection au tempérament du jeune Samy. « Mon personnage est celui qui avait permis à Saïd Taghmaoui de crever l’écran en son temps et d’aller à Cannes… Mais je ne me mets pas la pression, je n’essaie pas de “faire du 100 % Saïd Taghmaoui”, je suis juste très très fier », se rassure-t-il, enfoncé dans le canapé feutré des loges, à quelques minutes du début du spectacle.
Les mains rangées dans les poches de son survêt’ de scène, la pression semble à peine l’effleurer. Derrière le rideau de scène, la salle est pourtant comble. Preuve du succès de la première saison.
Une Algerian touch des plus « logiques »
Des familles et des jeunes de tous horizons sont venus assister à ce que certaines critiques présentent comme « l’un des meilleurs spectacles de l’année ». Il faut dire que La Haine, jusqu’ici rien n’a changé a été doublement nommé au printemps dernier par l’Académie des Molières dans les catégories meilleure création visuelle et meilleure création sonore.
« Il n’y avait jamais eu, en France, de comédies musicales autour de la culture urbaine… En reprenant avec une deuxième saison, ça montre que c’est un pari réussi »
Farid Benlagha.
Un pari réussi, entre autres, grâce à la dizaine de figurants-danseurs qui, 2h durant, accompagnent le trio de tête enchaînant cascades, danses et chants à un rythme fou. Parmi cette bande de couteaux-suisses, Karim Felouki, danseur hip-hop qui incarne également avec son jeu musclé le rôle du grand-frère de Saïd. Encore un comédien d’origine algérienne qui complète le casting. Coïncidence ? « C’est vrai que l’Algérie est vraiment bien représentée dans le spectacle, mais tout simplement parce que, de base, on est l’une des populations les plus représentées dans nos quartiers », souligne-t-il.
« C’était important pour moi qu’on ait cette fidélité dans la représentation et donc cette fibre-là, cette touch-là, assez logique au vu de la sociologie de nos quartiers, et je suis très heureux d’avoir, au final, avec moi des compatriotes », justifie le producteur Farid Benlagha. « Et puis nous, les Algériens de France, on brille vraiment dans le monde du spectacle. Que ce soit le sport, la musique, la scène… », insiste Samy Belkessa.
« Alors pourquoi pas une tournée en Algérie ? Ça serait un rêve… », appuie même l’un des danseurs lors des répétitions.
La bande originale du spectacle respire elle aussi l’Algérie avec pas moins de sept artistes d’origine algérienne présents dans le disque. Djam et TiMoh, Sofiane Pamart, Doria, Nahir, Youssef Swatts. Et surtout Médine, auteur du morceau clou du spectacle : L’4mour.
« On ne vous spoil pas… Mais la fin est différente du film »
Réactualisée de fond en comble pour coller au réel de la société française de 2025, l’histoire voit aussi émerger de nouveaux personnages comme celui de Leïla, incarnée par la comédienne franco-algérienne Camila Halima Filali. « C’est vrai que c’est un personnage inédit, il manquait une femme dans La Haine et me voilà. Plus qu’un rôle féminin, c’est aussi une histoire d’amour qui est racontée, avec le personnage de Vinz », révèle la jeune comédienne.
Celle qui est aussi chanteuse et chorégraphe, est au cœur de l’un des moments forts du spectacle : un vol de plusieurs minutes au-dessus de la scène grâce à tout un système de câbles et de poulies. Le tout en chantant. Un moment suspendu dans le temps.
Enfin, c’est aussi ce double écran qui enferme les comédiens dans un flux de projections grandioses qui tape à l’œil. Énième innovation d’un show sublimé par un jeu de son et lumière qui redonne aussi toute sa fraîcheur à l’histoire. « Et c’est aussi la fin qui est différente du film… Mais ça, on ne vous le spoil pas ! », termine Karim Felouki.
Sous l’immense dôme aux écailles de verre qui couve La Seine Musicale, haut-lieu du spectacle vivant, c’est donc toute une nouvelle génération de comédiens issue de l’immigration qui éclot. Un beau clin d’œil à l’histoire sur cette île Seguin – fief de l’ancienne immense usine Renault – au passé chargé d’une mémoire ouvrière et immigrée. L’histoire de l’immigration algérienne semble donc continuer de s’écrire sur cette petite île, mais cette fois sous le feu des projecteurs.
Informations pratiques
- Saison 2 de la comédie musicale La Haine, jusqu’ici rien n’a changé
- Du 18 décembre 2025 au 4 janvier 2026
- Prix: 25 euros
- Ouverture des portes: 1h30 avant le début du spectacle
- Durée du spectacle: 2h avec entracte


