L’Institut du monde arabe et l’Institut français s’associent pour faire entendre, à partir du 20 décembre prochain, les contes de Mohammed Dib dans une création sonore inédite. Porté par les voix de la grande interprète de musique andalouse Lila Borsali en arabe et de la comédienne Mouna Soualem en français, ce podcast redonne souffle à une œuvre étroitement liée à la culture orale algérienne, et plus particulièrement tlemcenienne.
Des contes pour enfants, une mémoire pour tous
On connaît Mohammed Dib pour ses romans, mais on le connaît moins pour ses contes. Et pourtant, pour l’écrivain, ces récits occupent une place essentielle.
« Pour lui, la culture orale d’Algérie était très importante », rappelle sa fille, Assia Dib, présente dans ce projet. « Il a commencé à retranscrire ces contes très tôt, bien avant ses romans, et il a continué à en écrire jusqu’en 2003. »
Pensés à l’origine pour les enfants, ces textes débordent aujourd’hui largement leur cadre initial. Ils parlent d’astuce, de morale, de ruse, de justice. Ils portent une Algérie racontée à hauteur d’humain, transmise de bouche à oreille, longtemps par les femmes.

Les contes de Mohammed Dib : Une œuvre née de la parole des femmes
Mohammed Dib ne racontait pas ces contes à ses enfants. Il les écrivait. Dans ses introductions des années 1950, il expliquait déjà que ces histoires venaient d’ailleurs de la parole féminine.
« Ces contes étaient racontés par les femmes », rappelle Assia Dib dans un entretien à Dzdia. « Ma grand-mère, à Tlemcen, en racontait aussi. »
Ce détail n’en est pas un. Il dit tout d’un héritage : celui d’une culture orale algérienne, longtemps marginalisée, mais centrale dans la transmission. Le podcast s’inscrit pleinement dans cette continuité.
Deux langues, deux voix, un même héritage
La force du projet tient aussi à son choix artistique : faire cohabiter les langues. En arabe, Lila Borsali, chanteuse andalouse reconnue, donne une voix grave, incarnée, nourrie de la musicalité de la langue. En français, Mouna Soualem apporte une lecture nuancée, claire, accessible à un public plus large.
« Ce mélange des langues rend le conte très vivant », explique la comédienne Mouna Soualem. « Il y a quelque chose de léger, d’enfantin, mais toujours une morale. »
Pour Lila Borsali, l’enjeu est aussi linguistique et culturel : « Il fallait trouver une langue qui puisse être comprise par toutes les régions. »
Le hawfi de Tlemcen, fil invisible du podcast
L’un des traits marquants du podcast réside dans ses passages chantés, inspirés du hawfi, tradition vocale féminine de Tlemcen. Ce choix n’est ni décoratif ni anecdotique. Le hawfi est une poésie chantée, transmise oralement, directement liée à l’histoire des femmes tlemceniennes. Il constitue l’un des socles de la musique andalouse algérienne. « Je trouvais que ça collait naturellement avec l’univers des contes de Mohammed Dib », explique Lila Borsali.
Ces chants agissent comme des respirations, des transitions, presque des échos du passé. Ils rappellent que l’œuvre de Dib, même écrite en français, reste irriguée par cette culture orale.
Un projet intergénérationnel et diasporique
Le podcast s’adresse aux enfants, bien sûr. Mais aussi aux adultes, à celles et ceux qui ont grandi avec les livres de Mohammed Dib, ou qui l’ont découvert à l’école, parfois sans jamais avoir accès à cette partie de son œuvre.
« Si ça peut permettre à des Franco-Algériens de découvrir la littérature de Mohammed Dib, c’est tout bénéfice », souligne Mouna Soualem.
La première lecture publique, donnée à Avignon avant même l’enregistrement, avait déjà montré cette porosité : adultes et enfants, réunis autour des mêmes histoires.
Un podcast pour que la parole ne se perde pas
Avec ce podcast, l’Institut du monde arabe et l’Institut français ne proposent pas seulement une adaptation sonore. Ils offrent une réactivation : celle d’une parole ancienne, portée par des voix contemporaines, traversée par le chant, la langue et la mémoire.
À travers Lila Borsali, Mouna Soualem et le hawfi de Tlemcen, Mohammed Dib retrouve ce qu’il n’a jamais cessé d’être : un passeur. Un écrivain qui écrivait pour que la parole ne se perde pas.
Rendez-vous le 20 décembre.
