Après plus de trois décennies à la radio, Meriem Guemache n’a rien perdu de sa passion pour la transmission culturelle. Journaliste, productrice et écrivaine, cette voix emblématique de la Chaîne 3 poursuit aujourd’hui son aventure littéraire auprès des plus jeunes.
Son nouveau titre, Lotfi à Ghardaïa, paru en 2025 aux éditions Casbah dans la collection Kounouz Bladi, confirme son engagement à faire découvrir la richesse du patrimoine algérien. Cette fois, elle le fait à travers les yeux d’un enfant curieux.
Un atlas littéraire à hauteur d’enfant
Depuis son premier livre jeunesse, Lotfi à la Casbah d’Alger (2017), puis Lotfi au palais de Khdaoudj El Amia (2018) et Lotfi au mausolée mauritanien, Meriem construit un véritable atlas littéraire du pays.
Chaque volume invite les lecteurs à explorer une région différente. Ils y découvrent son histoire, ses légendes et son art de vivre.
Avec Lotfi à Ghardaïa, elle emmène cette fois les enfants au cœur du M’zab, vallée classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le récit plonge les jeunes lecteurs dans un univers architectural et humain d’une rare beauté.
« Mon but est de faire connaître notre patrimoine aux enfants. Et croyez-moi, même les adultes aiment se plonger dans ces lectures qui les ramènent à leur enfance », souligne-t-elle.
Un voyage initiatique au cœur du M’zab
Dans cette nouvelle aventure, Lotfi et sa sœur Lina accompagnent leurs parents dans un voyage immersif. Leur guide, Aïssa, est un habitant de la vallée.
À travers eux, le lecteur découvre l’organisation singulière des sept cités mozabites : Ghardaïa, Mélika, Beni Isguen, Bounoura, El Atteuf, Berriane et Guerrara. Chacune d’elles est construite selon une logique communautaire harmonieuse. La mosquée trône au sommet, tandis que le marché s’étend en contrebas.
L’ouvrage, illustré par Mohamed Kechida, allie précision documentaire et poésie visuelle.
Les scènes de marché regorgent de détails : tapis, dattes et kachabias traduisent l’ingéniosité d’un artisanat ancestral.
À El Atteuf, le plus ancien des ksour, les enfants découvrent le mausolée d’Ammi Brahim. Son architecture inspira Le Corbusier pour la chapelle de Ronchamp.
Ils visitent aussi le Souk Lalla Achaoui à Beni Isguen, où la vente à la criée se perpétue encore.
De plus, le livre abonde de traditions vivantes : le port du haïk, la séguia — système d’irrigation vieux de sept siècles — ou encore le plat typique Ouchou issufer, un couscous aux herbes et à la viande de chameau, partagé en fin de journée.
Combler un vide dans la littérature jeunesse
Ce quatrième tome s’inscrit dans la continuité d’une démarche initiée par Guemache il y a près d’une décennie. Elle souhaite combler un vide dans la littérature jeunesse algérienne.
« Quand j’étais petite, on lisait Le Petit Chaperon rouge ou Blanche-Neige, mais rien qui nous ressemblait », se souvient-elle.
Le déclic viendra plus tard, lorsqu’une éditrice lui propose un défi : écrire des histoires où les enfants algériens peuvent se reconnaître.
Depuis, le petit Lotfi est devenu son compagnon de route, et celui de milliers de jeunes lecteurs.
« Dans les écoles, les enfants m’en parlent avec enthousiasme. À travers Lotfi, ils découvrent leur pays et ses trésors », confie-t-elle.
L’écriture comme acte de transmission
Pour Meriem, écrire pour la jeunesse relève d’une mission culturelle et citoyenne.
« Faire découvrir notre patrimoine aux enfants, c’est leur donner les racines de demain », affirme-t-elle.
L’écriture devient alors un acte de transmission. C’est aussi une manière « d’habiter son pays » et d’en préserver la mémoire.
Chaque récit est conçu comme un voyage pédagogique. Un glossaire complète les histoires, expliquant les termes locaux, les éléments architecturaux ou les vêtements traditionnels. Ainsi, l’expérience de lecture devient à la fois ludique et enrichissante.
Un livre d’éveil à la diversité culturelle
Loin d’être un simple livre pour enfants, Lotfi à Ghardaïa est un outil d’éveil à la diversité du patrimoine algérien.
Le ton enjoué, les dialogues vivants et les illustrations chatoyantes le rendent accessible à tous. Pourtant, il transmet des savoirs précis sur les coutumes, les langues et les savoir-faire du Sahara.
Le M’zab, terre de sagesse et d’équilibre, apparaît comme un modèle d’organisation humaine et de respect de l’environnement.
Une écriture entre mémoire et avenir
Avec Lotfi à Ghardaïa, Guemache signe un nouvel hommage à la richesse plurielle du pays et à la force de la transmission orale.
Son personnage, petit explorateur infatigable, poursuit sa route vers d’autres contrées.
« J’avance pas à pas, avec ce petit bonhomme de dix ans. Mon rêve, c’est de parcourir toute l’Algérie avec lui », confie-t-elle.
Par son écriture fluide et bienveillante, Meriem Guemache rappelle qu’un livre peut être à la fois un voyage, une leçon d’histoire et une promesse d’avenir.
