Comment raconter l’Algérie des années de violence, de départs et de ruptures sans écrire un livre d’histoire ? C’est l’une des questions qui a traversé la rencontre littéraire Dzdia organisée à la librairie Aïcha. À cette occasion, les autrices Katia Belkhodja et Rym Khelil ont échangé autour de leurs romans respectifs, Les Déterrées et Jeunesse à la fleur, devant un public venu nombreux écouter ces plumes venues de loin pour les retrouver.
Animée par Maya Zerrouki Bendimerad, la rencontre a mis en lumière deux parcours différents mais traversés par des préoccupations communes : la transmission, la mémoire familiale, l’exil et les traces laissées par l’histoire algérienne.
Rencontre littéraire Dzdia : deux romans qui explorent la mémoire et la transmission
Publié en 2025 aux éditions Barzakh, Jeunesse à la fleur de Rym Khelil nous ramène à Alger en 1995. Dans un contexte marqué par la décennie noire, trois adolescents du lycée technique du Ruisseau tentent de construire leur avenir malgré la peur et les pertes qui frappent leur quotidien.
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Lors de la rencontre littéraire Dzdia, elle a rappelé que cette passion a toujours coexisté avec son parcours scientifique. Le déclic est venu lorsqu’elle a décidé de se lancer dans l’écriture d’un roman, après des années à écrire sur différents sujets qui lui tenaient à cœur.
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Ingénieure de formation, diplômée de l’École nationale polytechnique d’Alger puis de l’École Centrale de Paris, Rym Khelil mène aujourd’hui une carrière dans le secteur de l’énergie en Malaisie. L’écriture occupe pourtant une place importante dans sa vie depuis l’enfance, comme elle l’explique lors de la rencontre.
Face à elle, Katia Belkhodja présentait Les Déterrées, publié aux éditions L’Encrier. Récompensée par le Prix littéraire du Gouverneur général 2025 dans la catégorie roman francophone, l’autrice retrace le destin de plusieurs générations d’une famille algérienne marquée par la colonisation, les guerres, l’exil et les silences transmis de génération en génération.
L’histoire familiale au cœur de Les Déterrées
Katia Belkhodja a expliqué que le titre de son roman renvoie à plusieurs réalités. D’un côté, il évoque le déracinement vécu par les personnages. De l’autre, il fait référence à des histoires longtemps passées sous silence.
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Son ambition était de faire ressurgir ces récits oubliés et de redonner une place à celles qui les ont traversés. Elle résume cette démarche en une phrase : « Je voulais remettre ces personnages en pleine lumière. »
L’autrice a également confié à Dzdia que le roman puise largement dans son histoire familiale. L’idée du livre remonte à son adolescence, lorsque sa mère lui avait suggéré d’écrire leur histoire. À l’époque, le projet lui paraissait immense. Cette réflexion l’a néanmoins accompagnée pendant des années avant de prendre forme durant la pandémie, à la suite d’un échange avec son futur éditeur.
« Cette histoire est restée avec moi tout au long de ma vie », a-t-elle expliqué.
Un dialogue qui a trouvé un écho auprès du public
Les échanges ont suscité de nombreuses réactions dans la salle. Parmi les personnes présentes figurait une ancienne camarade de lycée de Rym Khelil, qui avait déjà lu Jeunesse à la fleur.
Selon elle, le roman restitue avec justesse l’atmosphère de l’époque et constitue un moyen de transmission pour les jeunes générations qui n’ont pas connu cette période.
Une autre lectrice a salué la complémentarité des deux autrices. La lecture du roman de Rym Khelil lui a rappelé plusieurs souvenirs de jeunesse, tout en mettant en avant la capacité des personnages à continuer d’avancer malgré les difficultés.
Lorsque deux récits se répondent
À l’issue de la rencontre, Katia Belkhodja est revenue auprès de Dzdia sur les nombreux points communs apparus au fil de la discussion.
Elle dit avoir été frappée par la manière dont les deux ouvrages dialoguent malgré leurs approches différentes. Selon elle, cette rencontre a montré comment des expériences individuelles peuvent trouver des correspondances chez d’autres personnes.
« Ce type de rencontre permet de se sentir moins seul », a-t-elle confié.
L’autrice a également souligné que ces échanges favorisent une forme d’apaisement collectif. Partager des expériences similaires permet de prendre conscience que d’autres ont traversé des réalités comparables.
Par ailleurs, elle a particulièrement apprécié la place accordée à la jeunesse dans le roman de Rym Khelil. Elle estime que l’autrice a su montrer la capacité des jeunes à préserver des moments de joie malgré le contexte difficile de l’époque.
Raconter une période qui continue d’inspirer les écrivains
De son côté, Rym Khelil a confié à Dzdia avoir apprécié les échanges avec Katia Belkhodja ainsi que les nombreuses interventions du public.
« J’ai adoré cette convergence entre ma voix et celle de Katia », a-t-elle déclaré.
L’autrice a également insisté sur la nécessité de continuer à raconter cette période à travers la littérature. Pour elle, aucun livre ne peut résumer à lui seul l’ensemble des expériences vécues durant la décennie noire.
Elle rappelle ainsi que Jeunesse à la fleur est avant tout une fiction qui cherche à restituer un quotidien et une atmosphère. D’autres récits restent encore à écrire pour compléter cette mémoire collective.
« Il reste encore énormément d’histoires à raconter », a-t-elle souligné.
Au-delà de la présentation de deux ouvrages, la rencontre littéraire Dzdia a offert un espace d’échange autour de la mémoire, de l’exil et de la transmission. Un dialogue qui a permis aux autrices comme aux lecteurs de confronter leurs souvenirs et leurs regards sur une période qui continue d’inspirer la littérature algérienne contemporaine.

