La musique électronique méditerranéenne a trouvé son point de rencontre à Alger avec la MEMC 2026. Installée au Jardin d’Essai du Hamma, face à la baie d’Alger, la Mediterranean Electronic Music Conference a réuni artistes, producteurs, DJs, créateurs visuels et professionnels de la culture autour d’une même ambition : faire entendre une voix méditerranéenne dans les musiques électroniques mondiales. Du 21 au 23 mai, la MEMC a transformé ce vaste écrin de verdure en espace de création, de réflexion et de fête.
Portée par Floodz Agency, la conférence s’est développée avec le soutien du ministère de la Culture et des Arts ainsi qu’en partenariat avec la Délégation de l’Union européenne en Algérie. L’objectif était clair : créer des passerelles durables entre les scènes d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Le Jardin d’Essai : Un cadre idyllique
Le cadre n’était pas anodin. Fondé en 1832, le Jardin d’Essai du Hamma portait déjà, dans ses allées centenaires, une idée de la rencontre entre les époques. La scénographie soignée, la direction artistique cohérente, les installations visuelles ont fait le reste. Le site accueillait ainsi une proposition culturelle loin des formats standardisés. Réunir patrimoine historique et création électronique contemporaine dans un même espace, c’était déjà poser une intention : ici, la tradition et l’innovation ne s’opposent pas. Elles se parlent, elles se cherchent et elles se trouvent.
« Cet événement apporte un souffle nouveau au paysage culturel algérien. La musique électronique, lorsqu’elle est portée avec sens et sensibilité, possède une véritable force émotionnelle. Les DJs d’aujourd’hui construisent des passerelles entre patrimoine et modernité, entre traditions musicales et sonorités contemporaines. Pendant ces trois jours, j’ai eu l’impression d’évoluer dans une bulle vertueuse » Safy Boutella
Une conférence de l’industrie, pas seulement un festival
Ce qui distingue la MEMC d’un événement électronique ordinaire dans le paysage algérien, c’est précisément sa vocation de plateforme professionnelle structurée. Panels, sets, masterclasses, sessions de networking : chaque format a été pensé pour créer des conditions concrètes d’échange, de collaboration et de développement économique entre les acteurs des industries musicales des deux rives. La conférence entend aussi accompagner les artistes et les producteurs dans leurs parcours. Elle veut créer des connexions concrètes entre les marchés européens, nord-africains et moyen-orientaux.
« Le but de cette conférence est de connecter les deux rives de la Méditerranée, de transmettre notre patrimoine musical à travers les langages de la musique électronique. Autre point important, montrer que l’Algérie possède une scène créative riche, vivante et pleinement ouverte sur le monde. » Arslane Boutemen, project manager de MEMC
Des conférences à la hauteur de l’évènement
Le volet conférences s’est ouvert sur ce qui constitue peut-être la question centrale de l’événement : que devient un héritage musical quand il traverse les machines ? Le premier panel, Préserver la tradition par l’innovation électronique, a réuni des figures dont les trajectoires y répondent de façon concrète. Modéré par Karim Tidjani, il a accueilli le compositeur Safy Boutella, présent tout au long de l’événement, incarnant à lui seul cette continuité vivante entre mémoire algérienne et écriture contemporaine. Un pont tendu entre l’Afrique du Nord et les esthétiques occidentales qu’il construit depuis des décennies.
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De son côté, Sofiane Saidi a raconté sa propre rencontre avec l’électronique. Ainsi, il a pu raconter comment cette musique a transformé sa relation au répertoire Raï qui l’a formé. Idriss D. quant à lui a posé les termes avec franchise : ses origines algériennes ne sont pas un ornement dans ses productions, elles en sont la colonne vertébrale. A.K.M – 3abdelkader, l’un des fondateurs de l’Algerian Techno Movement (ATM), est revenu sur son expérience avec le label El Kemia
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Les autres panels ont abordé plusieurs sujets, notamment la visibilité des scènes underground, le branding, la gestion de carrière ou encore l’évolution rapide du secteur musical. L’intelligence artificielle, l’économie du streaming et le tourisme sonore ont aussi nourri les discussions.
Les échanges ont réuni des intervenants algériens comme Walid Triki, Rslane, Fael Raw, Amine Ali, AKM, Chakib L., FNKY, Hichem Salhi ou Upsilo9ic. Des artistes et professionnels étrangers étaient également présents. On peut citer Baloo depuis l’Arabie saoudite, Silvia DCS4 depuis Barcelone et Timo Maas depuis l’Allemagne.
Enfin, une masterclass de production musicale est venue clore ce volet. Ainsi, elle a pu offrir aux plus jeunes un accès direct aux outils et méthodes de la création contemporaine.
Des univers sonores pour une nouvelle scène algérienne
Les sets avaient leur propre grammaire. Sofiane Saidi a ouvert le bal des sessions. Notre prince du raï 2.0, visionnaire, a convoqué d’abord les sonorités qui l’ont construit, avant de les faire glisser imperceptiblement vers des territoires électroniques. Un geste artistique qui valait bien des discours sur l’identité et la modernité. Must Rousnam a ensuite pris le relais pour proposer sa vibe. Il a proposé une traversée sonore avec son album Aswat Biladi (Les sons de mon pays). Du ahalil au achwiq en passant par le hawzi et du trab-raï, reformatés, réinjectés dans des architectures électroniques qui leur donnaient une nouvelle vie. Avec Fael Raw & AKM, on a glissé vers un registre plus brut.
Au fil des sets, le Jardin d’Essai s’est laissé traverser par des performances qui brassaient large sans jamais perdre leur fil. Entre deep house, tradi-electronic, bass music, ambient, ou encore fusions expérimentales. Ce que le MEMC a réussi là, c’est précisément ce que les festivals électroniques ratent parfois. C’est-à-dire défendre une scène plurielle, mouvante, connectée à ses réalités locales sans s’y enfermer. Le tout en œuvrant à la démocratisation de la musique électro et à la déconstruction des clichés autour de cette pratique.
Dans un contexte où les espaces dédiés aux cultures électroniques restent encore rares en Algérie, cette première édition a fonctionné comme un signal. La preuve qu’une scène locale existe, capable de tenir une conversation exigeante avec les dynamiques internationales. Et fait important à retenir, elle n’a rien à sacrifier de sa singularité pour y prendre part.
Prochaine escale : Alicante
La Mediterranean Electronic Music Conference ne s’arrête pas aux rives algéroises. Après avoir posé ses bases au Jardin d’Essai du Hamma, la conférence annonce sa prochaine édition à Alicante. Elle se déroulera les 26, 27 et 28 septembre prochain. Cette nouvelle rencontre sera en partenariat avec l’IFA FIRA Alacant, principal parc des expositions de la province d’Alicante. Même ambition, autre rive, nouveaux interlocuteurs. La Méditerranée électronique a trouvé son rendez-vous.

