Reconnu comme l’un des pionniers de la danse jazz en France, le chorégraphe d’origine algérienne Raza Hammadi célèbre cette année le 45e anniversaire de sa compagnie de danse, le Ballet Jazz Art. Celui qui a fait danser Madonna dans les années 1980 exporte aujourd’hui son savoir-faire à l’international. Mais il n‘oublie pas pour autant ses racines, entre tournées en Algérie et formations auprès des jeunes danseurs du pays. Dzdia l’a rencontré.
La chanteuse Madonna, l’actrice Stéphane Audran ou encore Betty Catroux, la muse chérie d’Yves Saint Laurent… Le chorégraphe d’origine algérienne, Raza Hammadi, ne compte plus les personnalités célèbres qui ont fait appel à ses services.
Mais, pionnier du style jazz en France, ce danseur s’est surtout construit une réputation de professeur émérite… Davantage que celle de « chorégraphe des stars ». Une réputation affirmée en l’espace de plus de quarante années de carrière.
Directeur artistique et enseignant au sein de la compagnie Ballet Jazz Art, aux côtés de son frère Ahmed, Raza Hammadi s’est imposé comme une figure incontournable de la danse jazz. Par son style, et son pouvoir de transmission qui ont dépassé les frontières de la France, où il enseigne.
Une tournée en Algérie autour de la peintre Baya
Globe Trotter de la danse, Raza Hammadi ne cesse de faire voyager le ballet et ses propres oeuvres à l’international. Opéra de Budapest en Hongrie, Ballet Opéra de Göteborg en Suède, Théâtre National de Tunis, Opéra de Vienne en Autriche, Opéra de Naples en Italie…
A l’aune des 45 ans du Ballet Jazz Art, dont il est le directeur artistique, “c’est une tournée en Algérie qui s’impose”, lance-t-il.
Après une prochaine sortie en mars au conservatoire de Villejuif (en Île de France), la troupe de Raza Hammadi s’envolera donc en Algérie. Au programme, un spectacle (organisé par le Ministère algérien de l’éducation) autour de la célèbre peintre Baya.
“Dans ce spectacle on mettra en avant la place qu’occupe la musique dans les tableaux de Baya et toute cette gamme de couleurs qui lui est propre”, révèle-t-il.
Le chorégraphe, originaire de Guémar, n’en est pas à sa première sortie en Algérie avec le Ballet Jazz Art. Forte de son statut de pionnière parmi les compagnies privées de danse dans l’Hexagone (créée en 1981), elle ne cesse d’attirer les curieux. Dans les esprits du public notamment, cette apparition remarquée lors de la 11e édition du Festival de danse contemporaine d’Alger, au printemps 2023.
“J’ai monté plein d’écoles à l’étranger et me suis dis… Mince, et l’Algérie alors ?”
Arrivé dans les bidonvilles de Nanterre (en Île de France) avec ses frères (tous danseurs) dans les années 1960, le jeune Raza Hammadi en a fait du chemin depuis. Suffisamment pour regarder en arrière et rendre à son pays d’origine “sans rien attendre en retour”. “J’ai monté plein d’écoles à l’étranger. En Hongrie, en Italie, à La Réunion, en Espagne… Et à la fin je me suis dis ‘mince, et l’Algérie alors?’”, se rappelle-t-il.
Une introspection des plus fructueuses. Depuis, une dizaine de jeunes danseurs algériens sont passés par la case formation dans son école, à l’espace Pléïade (dans le 14e arrondissement de Paris). Le tout pour s’imprégner de son style et se former “aux exigences des chorégraphies contemporaines professionnelles”, appuie Raza Hammadi. Un programme en cours depuis 2022 et qui offre même, en bout de course, un diplôme d’Etat.
“En terme de formation à la danse, en Algérie, on s’appuie encore beaucoup sur ce que j’appelle ‘le traditionnel’. On est pas encore passé à des formes contemporaines dans le domaine de la danse”, regrette-il comme pour afficher l’ambition de son prochain chantier
Un déclic survenu lors du décès de sa mère raconte-t-il. “J’ai perdu ma mère et je l’ai ramenée en Algérie et me suis dis, ‘c’est le moment de faire quelque chose pour mon pays’ », avait-il révélé au Quotidien d’Oran, il y a quelques années.
La cérémonie des derniers Jeux Méditerranéens en point d’orgue
Comme pour rattraper ce vide, le chorégraphe avait même réussi à glisser l’une de ses représentations dans la cérémonie d’ouverture des Jeux Méditerranéens, à Oran, en 2022. Trois minutes de show devant le président Abdelmadjid Tebboune.
Une consécration pour celui qui, à 65 ans, ne cesse de porter le flambeau de la danse jazz, “cette discipline mère du hip-hop, souvent oubliée”. Un héritage légué par les grands noms du genre, le légendaire danseur américain Matt Mattox en premier. Héritage qu’il espère donc bien perpétuer en Algérie.

