À Alger, les soirées ramadanesques ont trouvé, cette année, un nouvel épicentre. Depuis le 20 février et jusqu’au 17 mars 2026, la Sqifa de l’Hôtel El Djazair (anciennement Saint George) se transforme chaque nuit, dès 21 h, en véritable laboratoire artistique. “One Love” ne se résume pas seulement à une succession de concerts, le concept s’impose comme une dynamique en mouvement, une vision qui prend forme soir après soir.
À l’initiative du projet, Ahmed Djamil Ghouli, aka Djam, auteur-compositeur-interprète. Depuis le début des années 2000, il façonne une signature musicale où le reggae, le chaâbi, le gnawi et des sonorités actuelles comme le zenqaoui se croisent. Ces esthétiques ne relèvent ni de l’effet ni de la posture. Elles constituent l’ADN d’un artiste attentif à ses racines autant qu’aux dynamiques actuelles. À travers sa structure Zdendel Prod, il consolide une démarche indépendante et cohérente.
« Depuis 2004, j’ai croisé sur ma route des artistes, des collaborateurs, des amis, en Algérie et ailleurs. De ces rencontres est née l’envie de créer un rendez-vous fédérateur : réunir, le temps d’un mois, toutes ces trajectoires qui ont façonné mon parcours. Ceux qui montent sur scène ne sont pas seulement des invités professionnels, ce sont d’abord des proches, des compagnons de route, les membres d’une même communauté créative. » Djam
Cette déclaration éclaire la matrice du projet. “One Love” se conçoit comme une famille élargie et transgénérationnelle. L’amitié y nourrit la création. La scène devient un espace de retrouvailles, mais aussi d’expérimentation.
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Une programmation riche, éclectique et transversale
La force de “One Love” repose sur une diversité pleinement assumée. Autour de Djam se déploie un arc artistique qui traverse styles et générations. On y retrouve TiMoh, son frère et acolyte, Nassim Dendana, Tikoubaouine, Chazil, Mouh Milano, Fianso, Mok Saïb, Ali Amran, ainsi que Camélia Jordana. Cette dernière se produit pour la première fois en Algérie en tant que chanteuse-interprète, après y être venue comme actrice.
Des rencontres inédites jalonnent la programmation. Abderrahmane El Kobbi avec un chaâbi fidèle à ses codes et à son héritage, tandis que Jamsine, accompagnée d’Urar El Khalat, propose un échange entre nouvelle génération et héritage musical. Ali Amran apporte quant à lui la puissance d’un rock d’expression kabyle.
Les jeunes talents ne sont pas en reste. Anis Saïdi et Akram Arfi (Alhan wa Chabab 2025) illustrent cette volonté de transmission. Chaque soirée devient ainsi un carrefour. Musiques sahariennes, influences urbaines et répertoires populaires s’y croisent.
Sur scène, Djam confirme sa présence et sa maîtrise. À ses côtés, TiMoh impose une complicité évidente. L’intensité est immédiate. Elle traverse la salle sans artifice. Le duo ne se contente pas d’enchaîner les titres. Il construit une progression et installe un dialogue constant avec le public. Chaque refrain se transforme en chœur collectif.
Le travail du son mérite une attention particulière. Avec Dj R-one aux platines, le sampling, loin d’être un ornement purement esthétique, se transforme en véritable outil narratif. Lorsque surgissent des fragments de Sidi Yahia, des mythiques Noujoum Caff ou encore un clin d’œil à Nouar de Cheikha Rimitti, il ne s’agit pas d’un effet nostalgique. Ces références sont intégrées, retravaillées, réinscrites dans une architecture contemporaine. Elles deviennent matière vivante, passerelle entre mémoire populaire et pulsations actuelles.
Le concert de Djam & TiMoh est précédé par Hocine Teklit. L’artiste touareg explore des nuances musicales multiples. Sa prestation affirme une identité clairement assumée. Entouré de musiciens d’une sublime justesse, il construit un dialogue organique où chaque instrument trouve sa place sans jamais empiéter sur l’autre.
À cette diversité musicale s’ajoute une programmation humoristique étoffée. Samia Orosemane se produit, précédée d’Eddie CuDi. Khaled Benaissa et Krimo Derradji complètent l’affiche. Cette alternance entre stand-up et concerts crée un rythme accessible. Elle attire un public familial en quête d’expériences culturelles complètes.
La présence de Ryad Aberkane en maître de cérémonie aux côtés de Yanis Aroun constitue une valeur ajoutée indéniable. Par son aisance et son sens du tempo, il assure la fluidité des enchaînements. Il imprime également une tonalité élégante à l’ensemble. Ainsi, il renforce la cohérence du projet.
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Une vision artistique qui dénote
Dans un paysage culturel souvent fragmenté, “One Love” se distingue par sa cohérence. La direction artistique portée par Djam privilégie les affinités humaines et la fidélité aux collaborations anciennes. Elle recherche également un équilibre naturel entre patrimoine et modernité. Chaque soir, invités et surprises se succèdent. L’atmosphère demeure imprévisible, mais maîtrisée.
One Love esquisse les contours d’un rendez-vous appelé à durer. L’ambition dépasse l’édition en cours. Il s’agit d’élargir la « famille », de renforcer les passerelles entre disciplines et d’ouvrir davantage la scène à l’international. Parallèlement, le projet consolide son inscription dans le paysage culturel algérien.
Plus qu’un événement musical, One Love affirme une position claire. Celle d’une scène algérienne confiante et plurielle. Une scène capable d’articuler héritage et création actuelle dans un même élan collectif.
