Il y a des soirs où la scène ne sert pas seulement à chanter : elle sert à rassembler.
Ce 16 janvier, au Babour Sauvage, Brahim Tayeb a offert au public parisien un concert puissant et chaleureux, porté par une complicité immédiate avec la salle et l’énergie de P’ti Moh et ses matelots. Durant toute la soirée, la musique kabyle s’est déployée comme elle le fait lorsqu’elle est vivante : sans distance, sans décor, avec le cœur.
Un grand nom de la chanson kabyle, une âme très présente
Brahim Tayeb n’est pas un artiste qu’on “découvre” par hasard. Sa voix fait partie de ces présences qui traversent les années et continuent de tenir debout une communauté dispersée, souvent nostalgique, mais jamais figée. Chanteur kabyle reconnu, il porte un répertoire qui circule entre l’Algérie et la diaspora, entre les souvenirs d’enfance et les urgences d’aujourd’hui.
Son art est de ceux qui ne cherchent pas l’effet : il cherche le lien. Et c’est précisément ce lien qui se voyait, ce soir-là, au Babour Sauvage : une salle investie, un public qui sait ce qu’il écoute, et une émotion qui ne se force pas.
“On se connaît” : un concert comme des retrouvailles
Quelques minutes après être descendu de scène, Brahim Tayeb résume l’essentiel sans détour. Le public parisien, il ne le décrit pas comme une foule anonyme. Il parle d’un rendez-vous familier dans un entretien exclusif à Dzdia.
« Un public magnifique, je le connais. C’est un public qui me ressemble… et on se connaît, donc c’est super bien. »
Cette phrase, à elle seule, dit beaucoup : Paris n’était pas une étape, mais une rencontre renouvelée. Une salle qui répond. Des visages qui suivent les refrains. Une écoute réelle. Et, quand il le faut, de la fête.
« C’était une ambiance magnifique. Je les ai conduits à bon port. »
La formule est presque une signature : au Babour, on “embarque”. Et ce soir-là, Brahim Tayeb a tenu la barre.
Improviser, respirer : une musique qui ne se répète pas
Il aurait pu répondre “telle chanson”, “tel titre”. Il ne le fait pas. Parce que son concert ne fonctionne pas comme une démonstration. Il fonctionne comme une respiration. Pour Brahim Tayeb, la scène n’est pas un récital figé : c’est une matière vivante.
« Je n’ai pas de préférence. Ça dépend, c’est le feeling qui me conduit… J’avais prévu des titres… mais j’ai quand même improvisé aussi d’autres. »
Il le dit clairement : il avait prévu un déroulé, mais s’est autorisé à sortir du cadre, à improviser en fonction du moment.
P’ti Moh et ses matelots : un équipage au diapason
Dans cette soirée, il y avait aussi une alchimie d’équipe. Brahim Tayeb évoque P’ti Moh avec respect : sérieux, niveau, efficacité malgré le manque de temps pour répéter “comme il faut”.
« Pti Moh il est connu… pour son sérieux et sa performance. Il a été à la hauteur. »
Il insiste : ils n’ont pas eu la préparation idéale. Mais parfois, la scène ne pardonne pas. On n’a pas le choix : on y va.
Et il lâche, avec humour, une phrase qui résume parfaitement la dynamique Babour :
« On était embarqués… sinon, on allait se noyer. »
C’est une image. Mais c’est aussi une vérité de musicien : la scène est une prise de risque collective.
Un rendez-vous annoncé : le 4 avril, une autre formation
Brahim Tayeb a profité de l’élan de cette soirée pour projeter la suite. Une date importante, parisienne, annoncée sans ambiguïté :
« Le 4 avril. Au Théâtre de la Tour Eiffel… dans le 7e arrondissement. »
Il annonce une autre formation musicale, plus ample, avec cordes, vents, percussions… et surtout des “surprises”.
« Lors du concert, on aura des cordes. Des percussions. Des instruments à vent… plein de belles surprises. »
Mais ce qui ressort, au-delà de l’annonce, c’est son souci de transmission : associer des jeunes au projet, leur ouvrir un espace, leur donner une scène.
« Ce sera la façon pour moi de transmettre le flambeau de la chanson à la jeunesse. »
l’art comme compagnon
Dans son message final, Brahim Tayeb quitte l’événementiel pour revenir à une idée plus profonde. Pour lui, la musique n’a de sens que si elle sert, si elle accompagne, si elle soulage.
« C’est ça l’art. C’est un accompagnateur. »
Il parle d’amour, de soutien, d’une musique qui tient la main des gens, dans leurs angoisses comme dans leurs joies. Et il conclut, presque comme une sentence, qui dit l’exigence de sa démarche :
« Malheur à celui que la musique n’y peut rien. »


